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La diplomatie économique de Hollande au Moyen-Orient

Karim Felli

2 Janvier 2014 3:11 pm

Diplomatiquement, François Hollande avait commencé son année 2013 par un voyage aux Émirats arabes unis. Il l##a clôturée par une visite officielle en Arabie saoudite. Le message est clair: la France va continuer à s##investir politiquement dans le Golfe, à un moment où les États-Unis semblent vouloir se dégager partiellement d##un Moyen-Orient devenu,

pour eux, lassant à force d’être compliqué. Depuis le pacte du Quincy, l’Amérique s’est imposée comme le grand frère et l’allié privilégié de la dynastie saoudienne.
François Hollande était pendant deux jours en Arabie Saoudite. Hollande a parlé de la Syrie et du Liban, mais aussi de contrats commerciaux. Il réserve d’ailleurs de plus en plus de temps dans son agenda à l’international. Un terrain où il n’est pas confronté aux mêmes problèmes qu’à Paris.
Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a souligné lors d’un entretien dimanche avec François Hollande la “convergence” des positions des deux pays sur la Syrie, l’Iran et les autres crises régionales, a-t-on indiqué dans l’entourage du président français.
 
 
Question régionales
“Le roi Abdallah a manifesté son inquiétude, voire son anxiété à propos des crises régionales -l’Iran, la Syrie, le Liban et l’Egypte- et a salué la position courageuse de la France sur ces principaux dossiers”, a-t-on ajouté dans l’entourage de François Hollande. Le souverain saoudien a souligné “les positions convergentes” des deux pays sur ces différents dossiers, a-t-on précisé de même source. Le roi Abdallah, dont le pays est l’un des principaux soutiens à l’opposition syrienne, a accusé au cours de l’entretien le président syrien Bachar Al-Assad d’avoir “détruit son pays”, affirmant qu’il avait attiré les “extrémistes islamistes”, toujours selon l’entourage de François Hollande.
Le chef de l’Etat français est arrivé le 29 décembre dernier, en Arabie saoudite pour une visite officielle, pour deux jours, dominée par la perspective d’enjeux commerciaux alléchants ainsi que les crises qui secouent le Moyen-Orient. Il a été accueilli par le prince héritier Salmane ben Abdel Aziz avant d’être reçu par le roi dans son luxueux palais de Rawdat Khurayim, au nord-est de Ryad. Le président français a également rencontré l’ex-Premier ministre libanais Saad Hariri, dont un proche a été tué dans un attentat à la voiture piégée vendredi à Beyrouth, et le chef de l’opposition syrienne Ahmed Jarba au premier jour de sa visite dans le royaume, selon son entourage.
Sur le Liban, l’Arabie saoudite souhaite une plus grande implication de la France, afin de renforcer l’armée libanaise, dernière institution à incarner un minimum d’unité nationale au pays du Cèdre. Le président Hollande s’est refusé, par respect pour la souveraineté, à évoquer plus en détail cette affaire dans sa conférence de presse, mais on dit que Riyad serait prêt à financer pour 3 milliards de dollars un réarmement, par Paris, de l’armée libanaise.
 
Crise française interne
En effet, c’est une évolution frappante. Juste un rappel: avant d’arriver au pouvoir, Hollande était un responsable politique qui ne prenait jamais, ou presque, l’avion. Il quittait la France le moins possible. Son quotidien, c’était d’aller de villes en villes pour voir les militants socialistes. Eh bien, deux ans plus tard, c’est l’inverse. Le Président ne se déplace quasiment plus en province. Plus le moindre bain de foule. Ce qu’il préfère, c’est aller à l’étranger, selon radio France Inter. Il a truffé son agenda de visites. On est au-delà d’un programme classique d’un chef d’Etat. Cet hiver, il a fait un déplacement par semaine. Il a même trouvé du temps, entre Noël et le Nouvel an, pour s’arrêter pendant deux jours en Arabie saoudite.
 
D’abord, il y a des crises internationales, qui nécessitent ces déplacements. Mais il ne faut pas négliger une autre raison: partir, c’est aussi -pour Holland- fuir son impopularité. On va le dire crument: vous avez moins de chances de vous faire siffler à Brasilia, qu’à Saint-Nazaire ou à Toulon. En termes d’images, ce n’est pas négligeable. Ensuite, Hollande s’est découvert une certaine aptitude dans les affaires internationales. Il est à l’aise avec les Grands de ce monde. Il est reconnu. Sur les dossiers chauds, il sait prendre des décisions rapides, tranchantes. Reprenons juste l’année 2013: il a déclenché une intervention éclair au Mali. Il était à deux doigts de vouloir bombarder la Syrie. Il intervient maintenant en Centrafrique.
 
Action franco-américaine
En politique française, c’est l’opposé: il consulte, il attend, il tergiverse. C’est comme s’il y avait deux François Hollande. En fait, il est très contrasté. Au Mali, il a clairement arrêté l’offensive islamiste. Mais en Syrie, la France s’est retrouvée très isolée. Elle a été lâchée par les Américains. Sur le dossier iranien, cela a été l’humiliation suprême: on a découvert que les Etats-Unis avaient négocié avec Téhéran pendant 6 mois, sans rien dire. Quant à la Centrafrique, cette opération devait être une intervention courte et facile. C’est ce qu’on nous assurait. L’Elysée explique maintenant que c’est plus compliqué, que la région est complexe, que le désarmement des milices, c’est long.
 
Rencontrer des investisseurs
La diplomatie permet vraiment de faciliter certains contrats commerciaux. D’ailleurs, Hollande a baptisé cela la “diplomatie économique”. C’est une autre évolution notable: plus le temps passe, et plus le Président joue les VRP de façon décomplexée, ce qu’au début il rechignait à faire. Il emmène maintenant avec lui dans les visites d’Etat entre 30 et 60 PDG (présidents directeurs généraux) dans son avion.
En Arabie Saoudite, il a rencontré des investisseurs locaux et leur a dit, sans tourner autour du pot: “Ce que vous souhaitez, nous pouvons vous le fournir”. Le message était clair: achetez, achetez français. Pour l’instant, il y a bien eu quelques petits contrats, mais rien de mirobolant. Mais Hollande ne se décourage pas. Il s’apprête à reprendre l’avion. Son programme l’amènera ces prochaines semaines au Pays-Bas, aux USA et sans doute en Turquie.