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La Russie et l'Occident tentent de trouver une issue en Ukraine

Michael Victor

9 Mars 2014 10:12 am

Moscou, Paris, Washington, Berlin, Londres et l##UE sont finalement tombés d##accord pour poursuivre leurs discussions dans les jours à venir. Sans surprise, aucun accord concret n##avait donc été trouvé mercredi à Paris, au terme d##une intense journée de pourparlers consacrés à la situation en Ukraine

 
 
Autrement dit, les occidentaux et les Russes vont poursuivre leurs négociations sur la crise ukrainienne pour tenter de trouver un plan de sortie de crise alors que l’émissaire spécial de l’ONU en Ukraine, menacé par des hommes armés, a dû mettre fin mercredi à sa mission en Crimée.
 
Si le chef de la diplomatie russe Sergeï Lavrov a rencontré à plusieurs reprises son homologue américain John Kerry, une première depuis la mise sous tutelle russe de la Crimée, république autonome de l’Ukraine, le week-end dernier, il n’a en revanche jamais rencontré son homologue ukrainien Andrii Dechtchitsa.  En parallèle de cette série de rencontres à l’Elysée et au Quai d’Orsay, le président russe Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel ont également discuté mercredi des “scénarios” pouvant permettre une “normalisation” de la situation. Rappelons à cet égard les critiques acerbes du président Poutine lors de sa conférence de presse destinée à justifier la position de son pays.
“Les Américains se servent des pays comme de rats de laboratoire”. Voilà en résumé ce que Poutine pense des États-Unis, un pays qui à ses yeux n’a aucune leçon à donner à personne. En fait, le président russe vient de concrétiser en Ukraine ce qui constitue l’axe majeur de sa politique depuis 15 ans : le retour de la Russie au centre du jeu. Le Kremlin en face à face avec la Maison blanche. Il l’avait dit lors d’une de ses rares interviews : “La chute de l’URSS a été la plus grande catastrophe du XXe siècle”. Il lui aura fallu 15 ans pour réparer l’affront de l’Histoire et présenter l’addition.
Les dettes accumulées, ce sont les affronts subis par la Russie. Les moments où les États-Unis ont décidé contre l’avis des Russes, à une époque où le Kremlin était trop faible pour bloquer la Maison blanche. Vingt ans, grosso modo de 1990 à 2010. Le mur de Berlin est tombé, l’URSS s’est effondrée et à Moscou, on cherche surtout à maintenir le bateau à flot. La Russie est invitée au G7. Les pitreries de Boris Eltsine, ivre mort, amusent Clinton et personne ne conteste le leadership aux Américains. 
Clinton puis Bush donnent le tempo du monde
Kosovo, Afghanistan, Irak… Les États-Unis interviendront sans l’aval de l’ONU. Pas grave, ils se contentent d’une coalition élargie et du drapeau de l’OTAN. En Serbie, si chère à Moscou, Milosevic est renversé et les Russes mesurent leur impuissance. En Libye, la Russie accepte de jouer le jeu. La résolution est votée pour empêcher Kadhafi de massacrer sa population à Benghazi. Dans l’idée des Russes, il s’agit de lui donner une leçon, pas de le renverser. À Moscou, on n’apprécie pas de voir le dictateur de Tripoli tomber. Depuis, Poutine considère comme une folie de parier sur un islamisme modéré et jure qu’on ne l’y reprendra plus.
Vladimir Poutine face aux journalistes
Lors d’une conférence de presse donnée mardi 4 mars depuis sa résidence dans la banlieue de Moscou, le président russe a dénoncé “un coup d’État anticonstitutionnel” en Ukraine.
Aujourd’hui, le président russe est droit dans ses bottes. À Obama, il dit : “Pas de leçon de morale de la part d’un pays qui suit l’ONU quand ça l’arrange” ; “pas de soutien à une révolution qui renverse un président élu”. Ce n’est pas que Poutine aime Ianoukovicth. Il l’a toujours méprisé et quand il parle de lui, c’est tout son mépris qui s’abat. “Il n’a pas écouté mes conseils. Il a semé le chaos dans son pays. Il a fallu lui tenir la main, sans nous il serait mort. Il n’a pas d’avenir politique”. Ça claque comme les balles d’une exécution.
Mais malgré tout, il ne fallait pas y toucher. Pourquoi ? Parce que cela va à l’encontre d’un principe fondamental de la politique étrangère russe, principe bien plus ancien que Poutine : “Chacun est patron chez soi”. Pour la Russie, l’ONU n’a pas la légitimité de se mêler des affaires des autres et de renverser les dirigeants. Si la Russie est à l’ONU c’est pour protéger ses intérêts, pas par adhésion au principe du droit d’ingérence international. Pour les Russes, la morale n’a pas sa place dans les affaires entre États : il n’y a que les intérêts bien compris de chacun. La paix ou la guerre. Dans ce monde à la russe, il y a de grands ensembles, des empires et des leaders forts qui assument leur rôle. Et c’est parce qu’Obama refuse aujourd’hui d’être le leader fort du monde occidental que Poutine a un boulevard devant lui.
Dans la soirée, le département américain s’est fendu d’une charge très agressive contre Vladimir Poutine, réfutant point par point ses “10 affirmations erronées” et évoquant un “roman” du président russe.
 
Accords conclus
A Paris, Lavrov a affirmé, après sa rencontre avec son homologue américain, John Kerry, que tous les deux étaient “d’accord pour aider les Ukrainiens à mettre en œuvre les accords conclus. Ces accords prévoient la constitution d’un gouvernement d’union et le retour à la Constitution de parlementaires de 2004 ainsi qu’à l’organisation d’une élection présidentielle anticipée. Selon un diplomate américain, John Kerry a demandé à Sergueï Lavrov que la Russie et l’Ukraine aient des “entretiens directs” alors que Vladimir Poutine refuse de reconnaître tout autre président ukrainien que Viktor Ianoukovitch déchu le 22 février. Kerry et Lavrov, rompus aux discussions sensibles et qui ont appris à se connaître lors de négociations difficiles -de la guerre en Syrie au dossier du nucléaire iranien -, cherchent des solutions alors que la situation s’enlise sur le terrain…