Mohamed Naguib: J’étais président de l’Égypte

15-12-2011 10:12 AM

Nader Shoukry



 


 


Le petit enfant s’est approché de son père et lui a présenté un livre en pleurant. Tout étonné, il demanda à son père : « N’étais-tu pas président de l’Égypte ? ».
Alors le père a souri en répondant : « Si, mon fils, mais c’était il y a longtemps… pourquoi demandes-tu » ?
Alors le petit lui a lu à haute voix : Gamal Abdel Nasser est le premier président de
 la république d’Egypte.
Mohamed Naguib, le père, était choqué de la tentative de falsification de l’histoire en constatant que son nom a été supprimé dans tous les livres.
Une longue période de temps s’est écoulée sans mentionner le nom de Mohamed Naguib dans les livres de l’histoire ou les médias, en tant que commandant de la révolution de juillet.
Chaque année à la fête de la révolution de juillet 1952, on parle de Abdel Nasser et Sadate sans se souvenir de Naguib qui était le vrai héros de la révolution. C’est lui qui
a écrit le communiqué de la révolution et qui a donné le feu vert pour commencer le déplacement des chars.
Personne n`a songé un jour à mettre un bouquet de fleurs sur son tombeau pour l’honorer, raison pour laquelle Watani a ouvert le dossier de l’ancien beau temps pour rendre hommage à ce leader à la commémoration de la révolution de
juillet à travers des interviews et rencontres avec la famille du défunt président.
L`histoire de Naguib est racontée par le Général Hassan Mohamed Salem, assistant du directeur des recherches des opérations militaires et neveu du défunt président. Il était témoin de la vie de Mohamed Naguib. Elle est aussi racontée par le Dr Refaat Younan, chercheur dans l’histoire qui a présenté sa thèse sur le sujet unique se rapportant au président Naguib. Aussi sa famille se prépare-t-elle pour diffuser un feuilleton à la télévision qui raconte sa vie, dont le scénario est préparé par le journaliste Mohamed Sarwat et cela pour faire justice à cette grande personnalité.


Biographie de Naguib


 Naguib est né à Khartoum au Soudan le 19 février 1901. Son père égyptien, M. Youssef Naguib, était sergent dans l’armée égyptienne au Soudan. Sa mère aussi était égyptienne et s’appelait Zahra. Elle n’était pas soudanaise comme racontaient les livres de l’histoire. Elle est la fille de l’amiral Mohamed Beck Osman de Mahalla El Kobra. Il était lui aussi un officier dans l’armée égyptienne.   
Le sergent Youssef Naguib était marié avec une soudanaise avant Mme Zahra et a eu d’elle un fils unique qui s’appelait Abbas. Ce dernier est mort très jeune.
De Mme Zahra il a eu 3 fils et 6 filles qui sont : Le Général Mohamed Naguib, le Général Ali qui était commandant du poste de commandement du Caire durant la révolution. Après la réussite de la révolution, il fut nommé ambassadeur d’Egypte en Syrie jusqu’à sa retraite obligatoire en 1954. Le troisième fils est le Dr Mahmoud, professeur à la faculté de médecine vétérinaire à l’université du Caire. Quant aux filles, elles étaient Dawlat, Zakiya, Saniya, Hamida, Neimat, Naguiya. Leur père est décédé quand Mohamed Naguib avait 13 ans.
Mohamed Naguib s`est joint au collège de Ghordona à Khartoum en 1913.
On raconte que Naguib a été lapidé 3 fois en raison de sa protestation contre le professeur d’anglais qui a fait une dictée notant que l’Egypte était sous le règne du Royaume-Uni. Cependant, Naguib avait dit que l’Egypte était occupée par les Britanniques alors que c’est un pays indépendant qui faisait partie de l`empire ottoman.
Il était en cela influencé par les écrits de Moustafa Kamel contre les Anglais. Après sa promotion de l’université ils ont refusé de le nommer au poste de professeur à cause de sa tendance patriotique et sa haine contre le colonialisme. Il a travaillé comme simple employé sur la dactylo avec un maigre salaire mensuel. Il touchait en plus 2 livres et 30 piastres montant de la retraite de son père.
Il décida de se joindre à l`école militaire. En demandant l’avis de son ami Ibrahim Orabi, fils d’Ahmed Orabi Pacha, celui-ci lui a dit que le militaire dans un pays occupé n’est qu’un sous-traitant d’ouvriers de chemins de fer. On lui a fait l’examen d’apparence et d`allure mais il a été refusé à cause de sa petite taille inférieure d’un centimètre à celle qui est requise. Il a toutefois défendu son droit avec enthousiasme et quand il s`est joint à la 5ème troupe il a pu facilement être promu à la 4ème troupe grâce à ses vastes connaissances.
Il  s`est joint à l’armée et y a suivi une formation militaire. Il a commencé des études de Droit et a pu décrocher une licence en mai 1927. Ensuite, il a décroché  un diplôme d`études supérieures en économie et sciences politiques. On disait que Naguib el Helali était assis près de lui à l’examen d’économie. Naguib el Helali était le Premier ministre au moment de la révolution de juillet 1952, alors que Naguib devait le renverser plus tard…    
Mohamed Naguib s`est déplacé de Khartoum au Caire pour soutenir la révolution de 1919. Alors il  a appelé sa famille pour le retrouver en Egypte.


Vie privée


Il s’est marié avec Mme Zeinab Ahmed quand il était Lieutenant. Il a pris un appartement à la rue Manial. Il a eu 2 enfants qui sont morts. Il s’est ensuite marié avec une autre femme qui s’appelait Aicha Labib et qui était d’une grande famille. Il a eu d’elle 3 enfants : Farouk (on lui a changé son nom après la révolution en Salah ), Ali et Youssef. Ils vivaient tous dans une villa à Hadayek el Koba avant de déménager à Helmiyet el Zeitoun.   
Le Général Hassan Salem raconte que Mohamed Naguib était préfet au commissariat du Vieux Caire avant 1948 après qu’on avait viré plusieurs officiers.
Au début de la guerre de Palestine, le Général Naguib est retourné à l’armée en tant que Général de Brigade. Il géra 2 troupes de l’armée grâce à sa compétence.
Après cela, on avait choisi Naguib pour être le commandant de l’organisation des officiers libres pour son expérience et ses compétences. Il a réussi à conduire le mouvement de changement. Même le premier communiqué de la révolution a été diffusé au nom de Mohamed Naguib à 7 heures et demie du matin le 23 juillet 1952, ce qui a assuré la réussite du mouvement révolutionnaire. Naguib se tenait – depuis le début de la révolution du côté de la démocratie et la liberté ainsi que le respect de la constitution, mais malheureusement il a constaté que la plupart de ses collègues ne s`orientaient pas vers le bon chemin et que les victimes de la révolution augmentaient.  Le pouvoir en Egypte se penchait vers la tendance dictatoriale et la décision politique était prise en conséquence d`une manière qui conduisait à une catastrophe.
Comme il ne supportait  pas d`agir contre ses principes, il lutta d`une façon acharnée. Voulant se débarrasser de lui, Abdel Hakim Amer et Hassan Ibrahim lui ont dit, couverts de honte, que le conseil du commandement de la révolution l’avait démis du poste de président de la république.


Détention
Amer lui avait dit que sa résidence dans le palais de Mme Zeinab El Wakil  ne dépassera pas quelques jours et qu`après il retournera à son domicile, mais son placement forcé en résidence a duré près de 29 ans. Naguib était très triste en entrant dans le palais le 14- 11- 1954. Suite à des rumeurs sur l`envoi de parachutistes anglais pour libérer Mohamed Naguib, il a été kidnappé du palais d`El Marg et a été transféré en Haute Egypte. Ceci a eu lieu en novembre 1956.
On raconte qu`il était prévu d’assassiner Naguib si les Britanniques entraient en Egypte pour le reconduire à son poste à la place de Nasser  au moment de l`agression tripartite.
Mohamed Naguib a profité de son transfert en voiture pour écrire une lettre demandant le secours disant : « Nous avons fait une révolution… mais eux il l’ont transformée en infamie.  Nous nous sommes révoltés pour le peuple  alors qu`ils agissaient pour leurs propres intérêts, nous réclamions de redresser le niveau de vie du peuple, alors qu`ils ont fait de leur mieux pour baisser le niveau de la dignité du peuple ».
Il jeta ensuite la lettre par la fenêtre de la voiture. 
Quant à la misère des fils de Naguib, nous rapportons ce que Dr Refaat Younan a raconté en se référant à des documents privés écrits par Naguib lui-même.
Son premier fils Farouk qui étudiait en Allemagne avant la révolution, est retourné en Egypte après la défaite, mais malheureusement on l’a arrêté le jugeant ennemi du régime. Après 6 mois de détention, il est sorti avec une maladie cardiaque.
Le second fils Ali aussi faisait des études en Allemagne, à l`université de Hanovre, il défendait toujours son pays l’Egypte et était toujours opposé à Israël. Il a brûlé le drapeau d’Israël et quelques jours plus tard, on l’a trouvé assassiné dans une  rue en Allemagne.
Le troisième fils Youssef, était handicapé suite à sa chute quand il était très jeune, ce qui a affecté son cerveau et sa concentration.
Enfin, le président a payé le prix de ce mot immortel : « la démocratie ».
Mohamed Naguib est décédé en 1984 en silence, laissant un livre intitulé «  J’étais président de l’Egypte » qui posait de multiples  points d’interrogations sur les sens de la fidélité et de la tyrannie.



Références :
Les documents privés du président Mohamed Naguib (par Adel Hammouda).
L`ère du Général Mohamed Naguib (par le Dr Magued Farag).

(Visited 137 times, 1 visits today)

commentaires

commentaires