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Al-Sissi promet aux Egyptiens une amélioration “d’ici deux ans”

Karim Felli

16 Mai 2014 11:18 am


A partir de jeudi dernier et pendant 4 jours, les Egyptiens à l’étranger ont voté aux élections présidentielles. Deux candidats sont en lice. Le coup d##envoi pour le scrutin à l##étranger pour les expatriés égyptiens a été lancé dans plus de 140 bureaux de vote ouverts jeudi.

La Haute Commission électorale présidentielle avait exhorté les Egyptiens à l’étranger de participer au vote, qui voit l’ancien chef de l’armée Abdel Fattah Al-Sissi et le leader de gauche Hamdeen Sabbahi se concurrencer pour le plus haut poste du pays.
La commission a indiqué dans une déclaration télévisée mercredi que les bureaux de vote ont été ouverts dans les pays ayant le plus grand nombre d’expatriés égyptiens.
Environ 6 à 8 millions d’Egyptiens vivent à l’étranger, selon les chiffres officiels. Mais seulement 600.000 expatriés se sont inscrits pour voter dans les élections présidentielles.
La plus grande communauté égyptienne expatriée est basée en Arabie saoudite.
Les électeurs sont tenus d’enregistrer leurs noms dans les listes électorales à l’aide de leur carte d’identité ou un passeport national, a dit le comité.
Les élections représentent une étape importante dans la feuille de route politique fixée suite à l’éviction du président Mohamed Morsi en juillet dernier.
 
 
Choix crucial
Pour le politologue Gamal Abdel Gawad, “l’Egypte est aujourd’hui à un carrefour: achever la révolte de 2011″ dont le slogan était “pain, dignité humaine et justice sociale” ou “se tourner vers plus de stabilité”. Dans un pays à l’économie exsangue, le maréchal à la retraite Al-Sissi incarne pour une importante partie de la population hostile aux islamistes l’homme à poigne qui fera revenir stabilité, touristes et investisseurs.
Hamdeen Sabbahi apparaît comme un outsider dont les chances de gagner sont minimes, pour ne pas dire nulles. Nassérien, il est soutenu par une majorité de partis de gauche qui sont nés après la révolution de janvier 2011. Il était arrivé troisième lors de l’élection présidentielle de 2012. Par ailleurs, à deux semaines du scrutin présidentiel en Egypte, le candidat Abdel Fattah Al-Sissi a dévoilé son programme. L’ex-maréchal, assuré de remporter l’élection, prévoit 100 milliards d’euros pour donner une nouvelle image à l’Egypte. Le militaire à la retraite entend créer de nouvelles provinces par le biais d’une extension des provinces existantes qui iront de l’ouest du Nil à la mer Rouge. Al-Sissi souhaite bonifier 2 millions d’hectares, soit près de la moitié de la superficie actuellement cultivée. Le système d’irrigation sera modernisé, l’eau proviendra des nappes phréatiques. Un plan pour la production de l’énergie solaire, de 10.000 mégawatts, est aussi à l’ordre du jour.
Abdel Fattah Al-Sissi a déclaré qu’il quitterait le pouvoir si des manifestations de masse réclamaient son départ après la présidentielle des 26 et 27 mai, tout en s’engageant à résoudre les problèmes des Égyptiens “en deux ans”. Le projet devrait être financé par les 8 à 9 millions d’Egyptiens de la diaspora et par les donations des pays du Golfe.
“L’état de l’économie est l’un des obstacles les plus sérieux qu’affronte la société, et tous les autres problèmes y sont liés”, a dit M. Al-Sissi. “Améliorer le système de sécurité nécessite d’importantes ressources économiques”, a ajouté le maréchal à la retraite.
L’économie égyptienne est exsangue, en raison d’une baisse des investissements et du tourisme.
Le budget de l’Etat est par ailleurs grevé par un système de subventions publiques aux produits de base, qui se révèle de plus en plus coûteux. Mais une réduction de ces subventions, qui entraînerait une hausse des prix, pourrait provoquer de nouveaux troubles, selon des responsables.
 
 
Indépendance des juges
 
L’actuel homme fort d’Egypte a promis que les militaires ne joueront aucun rôle au pouvoir, s’il est élu à la Présidentielle. Le grand favori à la Présidentielle a indiqué, lors d’une interview télévisée, que rien ne ressemblera à la politique des Frères musulmans sous sa présidence.
Depuis qu’il a annoncé l’éviction de l’ex-président Mohamed Morsi en juillet 2013, le parti des frères musulmans a été interdit, la confrérie dont il est issu étant accusée de terrorisme. Il y a quelques semaines, des centaines d’islamistes appartenant à cette confrérie ont été condamnés à mort par la justice égyptienne. Face à ces critiques, Al-Sissi a souligné “l’indépendance des juges” égyptiens. “Nous convoquons des modèles de démocraties occidentales qui sont en place depuis des siècles. Ici, ça pourrait prendre vingt à vingt-cinq ans avant que nous n’atteignions un niveau complet de démocratie” a encore insisté Al-Sissi. Il a en outre révélé qu’il a été la cible de deux tentatives d’assassinat
 
Libertés et réformes démocratiques
 
Dans ce contexte, c’est donc en position de force qu’Al-Sissi s’est adressé à une vingtaine de rédacteurs en chef, quatre heures durant. Usant d’un ton paternaliste, il les a enjoints à ne pas faire de la question des libertés fondamentales et des réformes démocratiques une priorité, brandissant le risque d’une déstabilisation de la sécurité nationale. ”Vous écrivez dans les journaux : “Aucune voix n’est plus forte que la liberté d’expression.” Qu’est-ce que cela signifie? Des millions d’Egyptiens ne peuvent pas gagner leur vie à cause des manifestations. C’est un facteur d’instabilité.” Le candidat est allé plus loin, invitant les journalistes à ne pas nourrir des ”demandes idéalistes”. ”Nous convoquons des modèles de démocraties occidentales qui sont en place depuis des siècles. Ici, ça pourrait prendre vingt à vingt-cinq ans avant que nous n’atteignions un niveau complet de démocratie.”
 
Le Sinaï, un nouvel Afghanistan
 
Al-Sissi s’était en outre livré à l’exercice de l’interview télévisée, sa première intervention sur le petit écran en tant que candidat présidentiel. Retransmis en deux parties de deux heures chacune, l’entretien était préenregistré, diffusé sur les chaînes “CBC” et “ONTV” et mené par deux stars des talk-shows égyptiens, Lamis Al-Hadidi et Ibrahim Issa. Al-Sissi s’est montré puissant et tranchant, faisant de la sécurité du pays une question centrale. Affirmant que le président déchu Mohamed Morsi avait fait du Sinaï un nouvel Afghanistan en libérant les djihadistes des prisons, il a assuré : ”Les Frères musulmans n’auront pas lieu d’être sous présidence.”
Al-Sissi a d’autre part assuré qu’il ne recevrait pas le Premier ministre israélien en l’absence de “concessions” dans les négociations de paix avec les Palestiniens.