Festival d’El Gouna .. le cinéma malgré la covid

02-11-2020 07:56 AM


La cérémonie d’ouverture de la 4ème édition du Festival du Film d’El Gouna (GFF), qui s’est déroulée jusqu’au 31 octobre 2020, a eu lieu le 23 octobre. Cette édition était prévue comme chaque année, pour le mois de septembre, mais elle avait dû être reportée à cause de la pandémie de la Covid 19.

La mission du Festival du film d’El Gouna est de présenter une sélection de films variés à un public passionné et averti et de favoriser une meilleure communication entre les différentes cultures grâce à l’art du cinéma. Son but est de mettre en contact les cinéastes de la région avec leurs homologues internationaux dans un esprit de coopération et d’échange culturel par la présentation des meilleures productions cinématographiques récentes. Le Festival s’engage à découvrir de nouvelles voix et s’efforce d’être un catalyseur pour le développement du cinéma dans le monde arabe, en particulier à travers son segment industriel,

Pour cette édition, il y a eu une très grande collaboration entre le Ministère de la Santé égyptien et le Festival du Film d’El Gouna pour établir un protocole permettant aux festivaliers de participer aux diverses projections et évènements dans de bonnes conditions sanitaires.

Quelques jours avant l’ouverture, le Ministère de la Santé publique avait inspecté les lieux et les avait désinfectés. Il avait également imposé des normes aux divers hôtels et restaurants accueillant les festivaliers, comme par exemple une capacité maximale de 50%. Pareil pour les salles de projections et de réunions. Du gel hydro alcoolique était disposé un peu partout et des masques étaient distribués à tous. D’ailleurs, il a été recommandé au festival d’utiliser autant que possible les espaces ouverts et de privilégier les évènements en plein air.

Dix ambulances médicalisées ont également été mises à la disposition du festival. Des équipes de médecins étaient prêtes à intervenir au cas où un festivalier se révélerait Covid 19 positif. Tous les hôpitaux de la région ont d’ailleurs été préparés pour faire face. Dix-sept points ou stands médicaux ont été installés un peu partout pour les besoins des festivaliers, comme pour prendre la tension ou la température, ou effectuer des tests PCR, en particulier lors des départs, pour répondre aux exigences des divers pays et compagnies aériennes.

Il faut dire que l’enjeu de la réussite de cette édition du GFF était très important : l’Egypte voulait envoyer au monde un message rassurant pour encourager le retour des touristes. Ce qui d’ailleurs a été dit à plusieurs reprises par plusieurs organisateurs du festival, qui depuis sa création avait pour but, grâce au cinéma, de promouvoir la ville d’El Gouna et même de toute la destination Egypte.

Pour Naguib Sawiris, cofondateur du festival, le GFF a fait connaitre la ville d’El Gouna dans le monde entier, et a montré que les Egyptiens peuvent et savent très bien organiser de grands évènements. Ce qui a d’ailleurs permis cette année de pouvoir attirer beaucoup d’invités, malgré les difficultés du voyage et la peur de la pandémie : « Celui qui vient une fois à El Gouna veut y revenir. Surtout que nos invités connaissent nos compétences d’organisation et notre sérieux, ils nous font donc confiance. Par ailleurs, nous avons tous besoin de joie dans ces circonstances et le Festival du Film d’El Gouna arrive à point pour cela».

Son frère Samih Sawiris, également cofondateur du festival, a précisé qu’à un moment, les organisateurs ne savaient pas s’il fallait ou pas maintenir cette 4ème édition, mais qu’ils avaient fini par se dire que si les festivals de Venise (Italie) et de San Sébastien (Espagne) pouvaient y arriver, le GFF le pouvait aussi, surtout que les conditions sanitaires sont meilleures en Egypte qu’en Europe. Il a ajouté qu’avec 250 invités cette année, la promotion du festival était assurée, ne serait-ce qu’avec les partages sur les réseaux sociaux. Ce qui fait une très belle publicité de par le monde et encourage donc à visiter l’Egypte.

Interrogé lors de son passage sur le tapis rouge, juste avant la cérémonie d’ouverture, Intishal Al Timimi, le directeur du GFF a affirmé qu’organiser cette 4ème édition a été un très grand défi, surtout sur les plans de la logistique et de la sélection des films. Pour lui, le plus dur à gérer a été l’incertitude. A tout instant, tout pouvait basculer. Toute l’équipe travaillait sans savoir ce qu’il pourrait se passer. En juin, il a fallu faire un choix entre trois possibilités : soit organiser le festival comme prévu, soit basculer vers une édition sur internet, soit carrément annuler. Mais une fois la décision prise, il a fallu avancer, tout en sachant qu’à tout moment, tout pouvait s’arrêter. Cela met une pression terrible sur tous.

« Mais nous avons continué » a-t-il ajouté. « D’ailleurs le slogan de cette édition est Stay Dreaming (Continue à rêver). Pour cette année 2020, avec toutes ses difficultés, le rêve est le seul moyen de sortir de cette réalité effrayante. A travers ce slogan nous voulons dire que nous rêvons, que l’humanité ne s’arrête pas, que les films ne s’arrêtent pas. Il y a volonté de continuité. Il faut continuer de rêver et de vivre normalement ».

De sa part, le réalisateur Amir Ramsès, membre de la commission artistique, a confirmé qu’il a été difficile d’avoir une plus grande sélection de films, à cause de la pandémie certains films ayant dû retarder leurs sorties ou même n’ayant pas pu être terminés, mais qu’il était fier que les films programmés soient parmi les meilleurs de la saison, et que certains aient été sélectionnés par de grands festivals ou aient remporté des prix aux festivals de Venise ou de San Sébastien.

Lors de cette cérémonie d’ouverture, qui s’est déroulée dans le nouveau théâtre en plein air, des hommages divers ont été rendus, aussi bien à des artistes vivants et présents, qu’à des artistes qui ont tiré leur révérence en 2020.

Un prix pour récompenser l’ensemble de son œuvre a été décerné à l’acteur français Gérard Depardieu. Lors de son mot de remerciement, Gérard Depardieu a mis l’accent sur le rôle d’aide aux jeunes cinéastes du GFF à travers la plateforme CinéGouna, qui donne de l’argent, contrairement aux autres festivals dont celui de Cannes dont il a dit : « Cannes c’est beaucoup de bruit pour rien. Mais ici, on donne aussi de l’argent aux jeunes, comme à Kiev ».

Le Prix Omar Sharif a été décerné à l’acteur franco-marocain Saïd Taghmaoui, également pour l’ensemble de son œuvre. Dans son mot de remerciement, il a dit à quel point il était touché, Omar Sharif étant l’acteur dont il rêvait lorsqu’il était enfant et dont il était devenu l’ami. C’est d’ailleurs Omar Sharif qui lui avait fait découvrir l’Egypte et le Festival International du Film du Caire.

Deux prix ont également été donnés à deux artistes égyptiens : l’acteur Khaled Al Sawy, qui excelle dans tous ses rôles. Qui pourrait par exemple oublier son personnage de journaliste dans le film « Immeuble Yacoubian » réalisé par Marwan Hamed en 2006 ?
ainsi que le décorateur Onsi Abou Seif, qui a travaillé avec les plus grands réalisateurs égyptiens, à l’instar de Youssef Chahine, Daoud Abdel Sayed ou Yousry Nasrallah et dont les décors évoluent bien au-delà des simples lieux d’un film, vers des dimensions essentielles de l’histoire.

L’actrice Shereen Reda est montée sur scène pour parler de son père Mahmoud Reda, acteur, danseur et cofondateur de la troupe de danse Reda, et décédé en juillet 2020. Avec des larmes aux yeux, elle a parlé de son vœu de la voir devenir danseuse et de partager avec lui sa passion de la danse, de son travail si difficile et si précis, de danseur, où chaque pas doit être fait au millimètre près et chaque réplique doit être dite à la seconde près. Pour elle, son père est la personne qui a le plus aimé la danse en Egypte, et qui à travers sa troupe avait voulu promouvoir la danse populaire et l’élever à un très haut niveau.

C’est d’ailleurs sur un tableau de danse de cette même Troupe Reda que s’est achevée la cérémonie.

“L’homme qui a vendu sa peau”, réalisé par le Tunisien Kaouther Ben Hania, a ouvert le festival. Le film évoque le parcours d’un réfugié syrien au Liban, qui accepte de se faire tatouer intégralement par un artiste contemporain, en échange d’un ticket pour l’Europe.

“Du point de vue du personnage, il n’est pas un réfugié, on lui a donné cette étiquette de réfugié et c’est quelque chose qu’il doit affronter. Cela fait partie de l’ingéniosité de Kaouther pour ce film”, raconte l’acteur Yahya Mahayni.

Avec le slogan “La culture des rêves”, le Festival a présenté pendant 9 jours 63 films, dans l’espoir d’inspirer ceux qui rêvent, même dans les circonstances les plus difficiles.

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