Le Saint-Sépulcre à Paris

27-04-2019 05:59 PM


culture

L’exposition « Comme pèlerin au Saint-Sépulcre » s’installe à la paroisse Saint-Pierre du Gros Caillou jusqu’au 15 mai. C’est le défi relevé par Terre Sainte Magazine et présenté à Paris .

Pèlerin d’aujourd’hui on pénètre dans le tombeau comme Marie-Madeleine, Pierre et Jean au matin de Pâques pour faire la même expérience : le tombeau est vide car Christ est ressuscité ! Il a vaincu la mort et tout ce qui est mortifère. Le monde est sauvé ! Il n’y aurait pas de message plus urgent à délivrer.

Les premiers panneaux de l’exposition expliquent les couches historiques du lieu, de la colline de pierre à la basilique actuelle. Les organisateurs ont obtenu du National Geographic la cession à titre gracieux des exceptionnelles infographies que le magazine avait réalisées en 2016 à l’occasion des travaux de restauration de l’édicule. C’est évidemment un plus magistral à côtés des photos dont ils disposent.

Une fois l’architecture comprise, l’exposition montre le lieu comme lieu de vie et d’unité. Il ne faut pas écouter ceux qui parlent du Saint-Sépulcre comme le lieu symbole de la division des chrétiens, c’est qu’ils n’ont rien compris. Quelle est celle de leur église, chez eux, qui peut se vanter d’accueillir les chrétiens de tous les continents, de toute langue, nation, culture dans une foi commune : ici c’est le point GPS de la mort et de la résurrection, ici le Christ m’a sauvé.

L’exposition finit sur l’expérience pascale qui s’offre à chacun depuis 2000 ans. 15 panneaux pour découvrir le lieu témoin du Salut du monde.

Comment se présente le Saint-Sépulcre sur le terrain ? En passant par les rues du souk du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, on accède à un parvis de grandes dalles anciennes. Vus de l’extérieur, deux grandes coupoles et un clocher rapprochés donnent à l’église du Saint-Sépulcre une allure compacte, enserrée au milieu des constructions annexes. Cet édifice aux deux lourdes portes en bois n’est autre que l’épicentre de toute la chrétienté : il renferme le tombeau du Christ et le Golgotha, lieu de la crucifixion.

Dans l’atrium de la basilique se trouve la Pierre de l’onction, en mémoire de la piété de Nicodème et de Joseph d’Arimathie qui préparèrent le corps de Jésus pour la sépulture. Objet de vénération pour les orthodoxes, elle est ornée de chandeliers et de lampes. Sur la droite, un escalier escarpé et usé mène au Golgotha. Sous l’autel du calvaire se situe le point où aurait été plantée la croix. En redescendant par un autre escalier se trouvant de l’autre côté de la chapelle, on poursuit son chemin jusqu’à la rotonde de l’Anastasis (« la Résurrection » en grec), qui renferme en son centre la pierre où Jésus fut déposé.

On sait que le lieu où se trouve la basilique était vénéré par les premières communautés chrétiennes, selon une tradition très ancienne et très forte.

Au début du IVe siècle, le tombeau et l’endroit de la crucifixion sont ensevelis sous un forum romain où est dressé un grand temple. En 325, l’empereur Constantin, qui s’est converti au christianisme, devenu religion de l’empire, fait dégager l’emplacement du tombeau et initie la construction de « l’église de la Résurrection ». Dans les années suivantes, une série de bâtiments commémoratifs seront construits, dessinant un parcours à travers lequel les pèlerins peuvent traverser les étapes de la mort et de la résurrection du Christ.

C’est pourquoi les emplacements du Golgotha et du tombeau se retrouvent à faire partie d’un même complexe. Par ailleurs, l’église se trouve à l’intérieur des murailles de Jérusalem.

La magnificence des constructions constantiniennes dura près de trois siècles. En 614, un incendie les ravagea lors du sac de Jérusalem par les troupes perses. Une quinzaine d’années plus tard, l’empereur Héraclius restitua la « vraie croix » qui avait été dérobée dans l’édifice rebâti. Au moment de la conquête arabe, au VIIe siècle, des tremblements de terre et incendies endommagèrent les lieux à plusieurs reprises au fil du temps. L’arrivée des Turcs va déclencher la première Croisade, lancée en 1099.

Débute alors la période des rois de Jérusalem, au cours de laquelle sont instituées plusieurs traditions liées au Sépulcre, dont celle de la Via Dolorosa

À la suite de la reconstruction du xie siècle, l’édicule abritant le tombeau du Christ est remodelé, notamment par les pères franciscains, Boniface de Ragusa en 1555 puis Elzearn Horn en 1728, mais garde sensiblement le même aspect…

La rotonde médiévale est à nouveau détruite par un incendie qui ravage le Saint-Sépulcre en 1808. L’effondrement du dôme brise les décorations extérieures de l’édicule. La Russie obtient la permission des autorités turques de réaliser la restauration au nom de l’Église orthodoxe dont les fidèles financent les travaux. La rotonde et l’extérieur de l’édicule sont reconstruits entre 1809 et 1810 par Nikolaos Komnenos, architecte grec natif de Mytilène, selon un style architectural ottoman baroque. L’Édicule est couvert par un toit plat surmonté d’un dôme central de style moscovite en forme d’oignon soutenu par des colonnes. Les côtés latéraux sont décorés d’inscriptions grecques qui invitent les peuples et les nations à louer le Christ ressuscité. Derrière les chandeliers des différentes communautés, la façade de l’Édicule est entourée par des colonnes torsadées, des guirlandes, des corniches, des inscriptions, des tableaux et des lampes à huile.

Les plaques de marbre rouge posées contre l’édicule par Komnenos se désolidarisent progressivement en raison de l’afflux quotidien de milliers de pèlerins et touristes, dont le souffle augmente l’humidité ambiante et altère les mortiers. Il est notamment soumis aux intempéries à travers un oculus alors ouvert sur le ciel dans le dôme jusqu’en 1868, date à laquelle une nouvelle coupole en fer est achevée et l’oculus couvert.

Suivant les récits d’Eusèbe de Césarée, hagiographe de l’empereur Constantin, et de Socrate le Scolastique, écrivain du ve siècle, l’endroit aurait déjà été considéré comme le lieu de la crucifixion et de sépulture de Jésus de Nazareth avant les fouilles et la construction d’une église (la première datant de 335) entreprise par Constantin. La communauté se serait toujours souvenue du lieu, même lorsque le site fut recouvert par le temple d’Hadrien. La redécouverte miraculeuse du sépulcre par sainte Hélène montre l’existence d’une tradition ancienne fermement conservée par la communauté chrétienne de Jérusalem concernant l’emplacement du tombeau de Jésus.

Eusèbe de Césarée insiste en particulier sur la découverte du tombeau : « Il est offert à tous ceux qui viennent pour en être les témoins visuels, une preuve claire et visible du miracle dont ce lieu a été la scène ». La construction de l’édicule, qui a subi plusieurs destructions et ravages, est en peau d’oignon : une couche historique sur l’autre et la dernière les couvrant toutes. D’où l’hypothèse de l’archéologue Martin Biddle de l’université d’Oxford, que si l’édicule marque l’emplacement du tombeau, cette « preuve claire et visible » pourrait être celle de pèlerins chrétiens qui ont pu y inscrire, avant la construction du temple romain, un graffiti du type « c’est le Tombeau du Christ » (à l’instar des graffiti chrétiens anciens toujours visibles dans les catacombes de Rome).

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