Qui sauvera la Grèce

15-12-2011 09:05 AM


La ministre française de l’économie a soutenu la proposition controversée de son homologue allemand Wolfgang Schäuble de créer un Fonds monétaire européen sur le modèle du FMI. Des discussions sont engagées entre pays membres de la zone euro.
Alors que la Grèce reste dans le collimateur des marchés qui s’interrogent sur sa capacité à honorer sa dette, les Européens réfléchissent à un organisme capable de gérer ce genre  de crise.


Le ministre allemand des finances a proposé la création d’un Fonds monétaire européen, calqué sur le modèle du Fonds monétaire international, qui apporterait un soutien financier aux pays en difficulté mais pourrait également leur imposer des mesures de redressement voire des sanctions, comme la privation de droit de vote lors des Conseils européens.


L’idée a trouvé un écho favorable auprès de la Commission européenne, qui s’est dite prête à faire des propositions en ce sens d’ici fin juin.


C’est une «proposition intéressante qu’on va examiner bien sûr entre Européens», a affirmé pour sa part Christine Lagarde, tout en soulignant que ce n’était «pas la seule piste» envisagée.


Les Européens cherchent en effet à stopper au plus vite les spéculations contre la Grèce et contre l’euro, or le FME nécessitera certainement une révision des traités, ce qui pourrait prendre des mois, voire des années.


En outre, le chef économiste de la Banque centrale européenne, Jürgen Stark, a estimé qu’un tel mécanisme «ne serait pas compatible avec les fondements de l’Union monétaire».


FMI ou FME
Les conseils affluent, depuis quelques semaines, de confier le cas de la Grèce au FMI. La Grèce elle-même brandit cet argument pour convaincre ses partenaires européens de lui accorder l’aide qu’elle croit nécessaire pour mener à bien son programme d’ajustement. Les décideurs de la zone euro s’opposent à un tel recours qui signifierait aux yeux du reste du monde leur incapacité à gérer certaines situations difficiles. Force est cependant de convenir, à la lumière de cette crise, que cette incapacité est réelle et que la gouvernance de la zone euro comporte de sérieuses lacunes
Le déficit primaire du gouvernement grec est actuellement de 7,7 % du PIB. S’y ajoute le paiement d’intérêts sur la dette pour un peu moins de 5 %, mais on peut s’attendre à ce que ce coût augmente au fur et à mesure du refinancement de la dette existante du fait de la prime de risque exigée par les marchés. Dans ces conditions, la Grèce pourra difficilement assainir sa situation financière et faire diminuer la prime de risque sans accès à des ressources financières à faible coût. Les mesures fiscales et budgétaires décidées la semaine dernière sont un premier pas courageux. Le coût social en est élevé. Mais, sauf circonstances ou facilités financières exceptionnelles, elles ne suffiront pas à corriger la dérive de la dette et à ramener le coût de son financement à un niveau raisonnable.


Le Fonds monétaire international peut-il résoudre ce problème ? Il en a fait la preuve en de multiples occasions, bien que, dans le cas présent, des instruments importants manquent à sa panoplie, la dévaluation et la politique monétaire. Des prêts accordés au taux sans risque du marché et déboursés par tranches conditionnellement à l’obtention de résultats précis en matière budgétaire conduisent généralement à l’apaisement des marchés financiers et à l’assainissement progressif de l’économie. Le coût social de ces ajustements est cependant souvent très lourd.
Sans politique budgétaire centralisée et compte tenu des diverses contraintes inscrites dans le traité de Maastricht, l’Europe ne peut offrir qu’un substitut partiel à cette stratégie. Pratiquement, les fortes pressions européennes (via EcoFin) pour l’adoption d’une politique crédible d’ajustement ont débouché sur l’émission d’un emprunt souscrit dans une large mesure par des établissements financiers européens. Cet enchaînement est, d’une certaine façon, équivalent au financement et à la conditionnalité du Fonds. A une grande différence près, cependant, qui est que le financement passe par le marché et impose donc un surcoût susceptible d’affaiblir et même de paralyser le programme d’ajustement. Que se passera-t-il si la Grèce éprouve de nouvelles difficultés et si l’incertitude reparaît ? Des prêts au taux sans risque du marché seraient bien préférables.
Aux USA
Le Premier ministre grec Georges Papandréou a demandé mardi au président américain Barack Obama des actes contre les spéculateurs accusés d’avoir plongé son pays un peu plus dans la crise financière.


Reçu à Washington au moment où la Grèce se débat dans une grave crise sociale, à deux jours d’une deuxième grève générale lancée par les syndicats en quinze jours pour dénoncer le plan de rigueur du gouvernement, M. Papandréou n’a reçu aucune promesse d’aide financière américaine.


Mais il a déclaré que M. Obama avait répondu de manière “très positive” à son plaidoyer contre les spéculateurs.


“Nous avons trouvé une réponse positive” de la part du président Obama, ce qui veut dire que “ce sujet sera à l’ordre du jour de la prochaine réunion du G20”, le groupe de pays avancés et émergents qui doit se réunir fin juin à Toronto, a dit M. Papandréou.


M. Papandréou a indiqué qu’il n’avait pas demandé d’aide financière à Washington et la Maison Blanche a souligné qu’il n’était pas question d’intervenir. “C’est un problème que les Européens peuvent et doivent résoudre”, a déclaré le porte-parole de la présidence américaine Robert Gibbs.


Après sa rencontre à la Maison Blanche, M. Papandréou a rencontré le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, à son ministère.


Selon le Trésor, la discussion a porté sur “les efforts concertés et sans relâche de l’Europe et des Etats-Unis pour faire avancer la réforme financière à l’échelle mondiale, notamment en faveur d’une surveillance accrue des produits dérivés”.



Présent à Washington, le ministre des Finances grec Georges Papaconstantinou a dénoncé mardi sur la télévision CNBC l’opacité de ce marché, plaidant pour “plus de transparence” sur les marchés financiers en général, question qui, selon lui, exige une “réponse mondiale”.


La veille, le Premier ministre grec avait appelé les Etats-Unis et l’Union européenne à dire une fois pour toutes “ça suffit!” à ceux qui profitent de la crise grecque, s’en prenant aux “spéculateurs sans principes” qui “engrangent des milliards chaque jour en pariant sur un défaut de paiement de la Grèce”.


Soumis à la pression de plusieurs gouvernements, la Commission européenne a annoncé mardi qu’elle envisageait d’interdire des opérations hautement spéculatives sur les marchés visant la dette des Etats, à la lumière de la crise grecque.


Le Fonds monétaire international (FMI), qui fournit une assistance technique à Athènes pour y faire face a indiqué mardi qu’un de ses directeurs avait rencontré la veille M. Papaconstantinou pour discuter de cette aide, alors que la Grèce avait assuré qu’aucune réunion n’était prévue avec le Fonds à Washington.


Athènes a annoncé le 3 mars de nouvelles mesures d’austérité fiscale destinées à permettre au pays de tenir son objectif de déficit budgétaire pour 2010. M. Papandréou avait déclaré ce jour-là être prêt à se tourner vers le FMI s’il n’obtenait pas des pays européens le soutien qu’il leur demande.


Rassuré dimanche par la France, il a estimé lundi que la probabilité que la Grèce en appelle à l’aide du Fonds diminuait.


légende
 Le Premier ministre grec Georges Papandréou (g) et le e secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner, le 9 mars 2010 à Washington.

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