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Projet du musée subaquatique pour relancer le tourisme en Egypte 

14 Janvier 2016 3:14 pm

Le Louvre, le MET et l’Ermitage ont-ils du souci à se faire quant à leur statut de “plus beaux musées du monde” ? On peut se poser la question avec le nouveau joyau dont pourrait bientôt disposer l’Egypte : un projet à l’ambition “pharaonique. En effet, le futur musée d’archéologie d’Alexandrie ne ressemblera à rien de connu. Situé à 7 mètres de profondeur dans la baie de la ville, il proposera, sans tuba ni bouteilles, d’admirer des trésors enfouis sous l’eau depuis plus de 1000 ans.
Le projet est dans les tuyaux depuis plusieurs années. Des responsables égyptiens avaient ainsi évoqué cet ambitieux musée dès 1996.
Mais le tourbillon politique est passé par là : entre printemps arabe et révolution égyptienne, le projet a disparu, happé par les tensions régionales. Mais depuis quelques mois, le plan renaît de ses cendres. En septembre dernier, le ministre égyptien des Antiquités a annoncé que le pays était prêt à redémarrer ce projet, que l’Unesco soutient avec enthousiasme.
Il faut dire que le scénario reste alléchant. Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand en 331 avant JC,  possède un passé des plus glorieux. C’est dans cette ville située à l’ouest du delta du Nil, que se trouvaient notamment le palais royal de Cléopâtre VII, et la bibliothèque d’Alexandrie, la plus importante du monde antique. Le “comptoir du monde”, comme la surnommait le géographe Strabon, disposait également d’une des 7 merveilles du monde antique : Jacques Rougerie, qui est aux manettes du projet. Cet architecte-océanographe, qui a travaillé sur l’Océanopolis de Brest ou sur la rénovation de la piscine Molitor à Paris, a eu vent du projet en 2008 et a contacté les autorités égyptiennes pour se porter candidat.
L’espace sera composé de deux parties : une au-dessus de la surface de la mer où les visiteurs pourront découvrir les vestiges d’Alexandrie. L’autre sera sous-marine. Concrètement, quatre bâtiments sous-marins en forme de bateaux du Nil seront connectés les uns aux autres sur une superficie de 22.000 mètres carrés. Des milliers de reliques, vestiges d’anciens temples et de palais, seront alors visibles. Certaines de ces ruines pourraient bien avoir appartenu aux fameux Phare d’Alexandrie.
Mais au-delà du coût faramineux, le musée n’est pas sans poser des défis techniques de taille. Le premier d’entre eux concerne la transparence de l’eau. Un rapport de l’Unesco montre que l’eau de la baie est particulièrement polluée. Comment la rendre assez claire pour que les visiteurs puisent admirer les œuvres? Un système de filtre serait présent dans le plan du musée. Enfin, les ingénieurs planchent également sur la façon de rendre stable la structure malgré la puissance des courants marins.
Par ailleurs, aucune date n’est encore avancée. Il faudra patienter encore un peu pour admirer les mystères engloutis de la baie d’Alexandrie.
L’ambition de découvrir les antiquités submergées remonte au début du XXe siècle. En 1910, l’ingénieur français Jondet était chargé des travaux d’élargissement du Port Ouest d’Alexandrie, où il a repéré à l’Ouest de l’île de Pharos des constructions sous-marines ressemblant à des quais. Quant au premier site sous-marin exploré en Egypte, il est situé à la Baie d’Aboukir à l’Est de la ville d’Alexandrie ; et a été par hasard découvert en 1933 par un aviateur de l’armée britannique. Ce dernier en a informé le Prince Omar Toussoun, membre du Conseil d’administration de l’Association Royale d’Archéologie en ce moment. Connu par sa passion pour l’archéologie, Prince Omar a donné l’ordre de financer les fouilles ayant réussi par la suite à repêcher une tête en marbre d’Alexandre le Grand – actuellement exposée au Musée Gréco-romain d’Alexandrie.
Dans les années 1960, Kamal Aboul Saadat, plongeur et archéologue amateur alexandrin, a établi deux plans des fonds sous-marins : un pour le Port Est et l’autre pour la baie d’Aboukir. Il a également participé avec les forces marines au repêchage de quelques-unes des trouvailles découvertes au site du Phare en avril et novembre 1962. Les tentatives ont été couronnées par la grande opération des années 1980, quand la marine française, en coopération avec le Conseil Suprême des Antiquités Egyptiennes, est parvenue à étudier le site archéologique de la flotte de Bonaparte ; à en retirer quelques vestiges ; et à localiser l’emplacement du navire « Patriote ».
Dès le début des années 1990, les missions étrangères intéressées par les antiquités englouties se sont affluées et ont mené les recherches et les fouilles sous-marines. Le site du Fort Qaitbay est considéré comme l’un des sites archéologiques les plus importants, dont la superficie s’étend sur 22 500 m2 et renferme plus de 3 000 éléments architecturaux.
En 1992, la première exploration exhaustive du patrimoine archéologique a été dirigée par l’Institut Européen d’Archéologie Sous-Marine au Port Est, grâce à laquelle a été établi un plan topographique précis pour les fonds sous-marins du Port Est. Les travaux de prospection et les fouilles ont également confirmé la présence de nombreux ports submergés à l’emplacement du Port Est de la ville d’Alexandrie.
En 2000, une collection importante des trésors engloutis d’Egypte a été repêchée par le navigateur et l’archéologue sous-marin français de renom Franck Goddio aussi bien du site d’Héracléion que celui de Canope-Est – partiellement dépisté par le Prince Omar Toussoun en 1934 et redécouvert bien après par l’Institut Européen d’Archéologie Sous-marine.
En 1966, Aboul Saadat a localisé l’endroit de sept navires ayant appartenu à la flotte française de Napoléon Ier reposée au fond de la baie d’Aboukir, et ce à proximité de l’île Neslon. Présidée par Jacques Dumas, la mission française « Bonaparte » a rejoint Aboul Saadat en 1938 ; et en collaboration avec les deux marines française et égyptienne, elle est parvenue à renflouer une grande partie des épaves de la flotte.