Le Scribe accroupi rejoint le Louvre-Lens

27-02-2022 10:41 AM


À l’occasion des 10 ans du Louvre-Lens et du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion, le musée du Louvre a prêté exceptionnellement son célèbre Scribe accroupi. Il est une étape incontournable pour de nombreux visiteurs du Louvre et un des chefs-d’œuvre favoris des objets exposés du musée. Le Scribe accroupi, emblème du département des Antiquités égyptiennes, a quitté l’aile Sully et mis les voiles vers le nord. Le chef-d’œuvre de la statuaire de l’Ancien Empire (2700-2200 avant J.-C.), doit être exposé jusqu’au 16 janvier 2023. Il a été dévoilé pour la première fois mercredi 2 février dans la Galerie du Temps, puis dans le Pavillon de verre, lors du déplacement du Président de la République au Louvre-Lens, soit la première visite d’Emmanuel Macron durant son quinquennat.

Le Scribe n’avait pas quitté le Louvre depuis 1999 [date à laquelle il avait été prêté au Grand Palais pour l’exposition « L’art égyptien au temps des pyramides »], c’est une des œuvres iconiques du musée. Avec tout le mystère et la fascination qui l’entourent, le Scribe continue d’envoûter petits et grands. Il est le meilleur ambassadeur pour faire vivre le message d’universalisme que le Louvre et le Louvre-Lens portent ensemble. Représentant un lettré, prêt à écrire sur un papyrus posé sur ses genoux, le Scribe a été découvert par l’archéologue boulonnais Auguste Mariette (1821-1881), digne successeur de Champollion, savant et promoteur du patrimoine archéologique de l’Égypte, envoyé au Caire en mission par le Louvre. Ses couleurs vives et son intense regard fixe, formé d’un cône de cristal de roche poli où se reflète la lumière, le rendent particulièrement vivant, proche de la réalité et populaire auprès des visiteurs.

Le Scribe a été mis au jour sur le site de Saqqarah en 1850 par Auguste Mariette lorsque celui-ci dégage le Sérapéum, l’ancienne nécropole d’Apis (nécropole des taureaux sacrés qui donne aujourd’hui accès à la chronologie de l’Égypte ancienne) et de nombreuses sépultures de particuliers.

En 1854, la statue est offerte par l’Égypte au titre du partage de fouille, qui permet alors au découvreur de bénéficier de la moitié des trouvailles faites.
Si l’identité précise n’est pas connue, les égyptologues affirment que ce scribe anonyme a certainement été un homme influent de la IVe dynastie (2600-2350 avant J.-C.) et a dû occuper un poste important dans un temple ou auprès d’un haut dignitaire pour avoir le privilège de se faire enterrer aux pieds de la pyramide à degrés de Saqqarah, tombe du roi Djoser.

C’est une grande fierté pour le musée du Louvre-Lens et ses visiteurs d’accueillir cette fascinante sculpture aux yeux de cristal. Le séjour lensois du Scribe fait également écho à la future exposition du Louvre-Lens intitulée « Champollion. La voie des hiéroglyphes » qui se déroulera du 28 septembre 2022 au 16 janvier 2023. À travers Champollion, figure de l’égyptologie et du musée du Louvre, l’événement propose une découverte de la civilisation égyptienne et de son système d’écriture.

Il est bon de savoir que le scribe ou sesh présent dans tous les secteurs d’activité, exploitations agricoles, ateliers, armée, administration des temples ou institution de l’Etat, appartient à une classe bien définie et assez fermée. Le scribe était un être privilégié dans la société égyptienne, et respecté, dans la mesure où il était lettré, dans un pays où seulement 1 à 4% de la population pharaonique savait lire. Les scribes formaient une caste de lettrés, représentant la bureaucratie. Ils servaient à tous les étages de l’administration jusqu’au scribe royal.

Ainsi le Sesh pouvait partager ses talents d’homme lettré, grâce à sa connaissance des secrets de l’écriture et de la lecture, vu comme un privilège et même un mystère, avec les souverains et les dieux.

Les scribes de l’Égypte antique étaient chargés de répertorier, classer, recopier en utilisant l’hiératique, une écriture à la plume permettant d’écrire rapidement à l’aide d’un calame sur du papyrus ou des ostraca. Les scribes étaient également en charge de rédiger des registres d’entrées et de sorties d’aliments de la cour ou dans les greniers à blé des grands sanctuaires, mais aussi devant recouvrer les impôts des différentes provinces du royaume.

Bien que tout Égyptien puisse théoriquement progresser socialement en devenant scribe, les postes se transmettaient généralement de père en fils, le célèbre texte dit “de l’enseignement de Khéti” en fait un métier noble.

Avant d’écrire, les scribes récitaient une prière à Thot – dieu sage, savant, l’assistant et le secrétaire-archiviste des dieux -, qui est leur patron.

Le scribe royal domine l’administration centrale. Les scribes supérieurs font partie de la cour du pharaon, ils ne paient pas d’impôts et n’ont pas d’obligations militaires.

Après le pharaon, les scribes sont les personnages les plus représentés dans la statuaire ou la peinture. Des chefs-d’œuvre de l’art égyptien que l’on retrouve au Musée du Caire, au Musée du Louvre ou au Neues Museum (Berlin), montrent l’importance historique et symbolique des scribes dans l’Égypte pharaonique.

Le scribe accroupi du Louvre a été réalisé durant les IVe et Ve dynasties. C’est à cette époque que l’Ancien Empire est au sommet de sa gloire. Lors de la IVe dynastie, la construction des pyramides, occupant les paysans durant les crues du Nil, seraient alors une nécessité économique et politique ; créant ainsi un État centralisé.
À la Ve dynastie, on abandonne les pyramides monumentales pour privilégier des tailles plus modestes. Les arts se développent, les tombes sont de plus en plus complexes, l’architecture se développe dans les temples, les décorations des temples sont mises en avant et retracent toute la vie du défunt et souvent d’un règne.

Le scribe accroupi est fait de calcaire, de cristal de roche, de cuivre et de magnésie. Placée dans la chapelle de culte d’une tombe, la statue participait aux cérémonies et recevait les offrandes pour le défunt. Sa fonction avait donc un caractère funéraire. Le scribe est assis et est représenté en train d’écrire sur un rouleau de papyrus, il tient à la main droite un pinceau ou un roseau qui aujourd’hui n’est pas apparent. Il porte un pagne comme seul vêtement, qui est le support de ce rouleau.
Son visage est attentif et son regard est vif ; cette partie du corps est très réaliste, les os du visage ressortent : surtout ses pommettes et ses joues creuses, les yeux présentent beaucoup de détails. Les mains sont sculptées avec un certain souci du détail. Sa posture est un peu hiératique, son attitude est raide. Il présente beaucoup de formes, au niveau du ventre, qui font ressortir son obésité. Sa bonne conservation permet de voir la polychromie antique ; l’application des différentes couleurs de la statue.
La sculpture à l’Ancien Empire était caractérisée par une attitude assez hiératique. Les détails sont très développés au niveau du visage ; mais il n’est pas idéalisé, vu son obésité ce qui est assez rare à cette époque. Il est en activité ce qui est rare également. Souci du réalisme, les yeux sont très développés et détaillés.

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