Le Liban fait ses adieux au patriarche de la souveraineté et de l’indépendance

17-05-2019 11:20 AM


Le Liban fait ses adieux au patriarche de la souveraineté et de l’indépendance

Les obsèques nationales de la Figure de l’Église libanaise, le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, qui a laissé une empreinte profonde dans l’histoire du pays ont été célébrées jeudi dernier à Bkerké, siège du patriarcat maronite. Deux journées de deuil officiel ont été décrétées mercredi et jeudi suite au décès dans la nuit de samedi à dimanche du 76e patriarche de l’Église maronite, figure engagée de l’histoire du Liban moderne et fer de lance de l’opposition à l’occupation syrienne (1990-2005).

Le jour des funérailles du patriarche émérite, était chômé dans les administrations publiques, les municipalités et les organisations publiques et privées. Lors des deux jours de deuil, les drapeaux ont été mis en berne dans toutes les administrations. Le secrétaire général des écoles catholiques, le père Boutros Azar, a également décrété la fermeture des établissements scolaires catholiques le même jour.
A cet égard, le Pape François a rendu hommage au défunt cardinal Nasrallah Boutros Sfeir, dans un télégramme adressé au successeur de celui-ci comme patriarche d’Antioche, Mgr Béchara Raï. « Ardent défenseur de la souveraineté et de l’indépendance de son pays, il restera une grande figure de l’histoire du Liban », a souligné le Pape en rendant hommage au défunt cardinal.

D’autre part, dans un communiqué, l’Élysée a présenté ses condoléances au cardinal Béchara Boutros Raï et à tous les fidèles de l’Église maronite, qualifiant le cardinal Nasrallah Boutros Sfeir de “patriote exemplaire et valeureux, qui a joué un rôle éminent pour mettre fin à la guerre dans son pays.”
“Ami sincère de la France, francophone et francophile, il a eu à cœur de maintenir les liens étroits établis de longue date entre notre pays, les communautés chrétiennes et les peuples du Proche-Orient dans toute leur diversité” ajoute le communiqué. “Il a marqué son temps d’une empreinte profonde.”

L’annonce de la mort du patriarche émérite a provoqué une pluie d’hommages de la part des responsables libanais. Premier à réagir, le président de la République, Michel Aoun, a affirmé que le patriarche Sfeir avait été “un des patriarches les plus importants du Liban, qui a laissé une empreinte lumineuse sur le pays”. “Avec la mort du cardinal Sfeir, le Liban perd un homme qui savait faire preuve de raison dans ses prises de position nationales, qui a toujours défendu la souveraineté, l’indépendance du Liban et la dignité de son peuple”.

Annonçant tôt le matin le décès de son prédécesseur, le patriarche Béchara Raï a proclamé “L’Église maronite orpheline, le Liban en deuil” et appelé les églises du pays à sonner le glas à 10h et à prier pour l’âme du cardinal Sfeir lors des messes de dimanche dernier. Lors de la messe dominicale au siège du patriarcat maronite à Bkerké, à laquelle assistait la famille du défunt, le patriarche Raï a affirmé qu’avec la mort de Nasrallah Sfeir, l’Église qu’il dirigeait a “perdu une icône, mais nous avons tous gagné un saint patron au ciel”.
Le Premier ministre, Saad Hariri, qui a présenté ses condoléances à l’Église maronite “en son nom, celui de sa famille et du gouvernement”, a de son côté estimé que “le patriarche Sfeir a écrit une page lumineuse de l’histoire du Liban”. “Il restera vivant dans les consciences de ceux qui l’ont connu”, a-t-il ajouté dans un communiqué, soulignant que l’on doit au cardinal Sfeir d’avoir “amené le Liban à la paix après les conflits sanglants et destructeurs”.
Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a affirmé sur son compte Twitter que les personnalités comme Mgr Sfeir “ne meurent pas”.
“Le patriarche Sfeir a laissé une rare leçon en résistance et constance dans les principes, il n’a jamais fait de compromis. Il a su répondre, avec des arguments, à ceux qui tentaient de le mener là où il refusait d’aller”, a ensuite dit M. Geagea,.
Le leader druze Walid Joumblatt a dit un dernier adieu au “patriarche de l’indépendance, de la réconciliation, de la charité et de la paix”, en référence notamment à la réconciliation entre druzes et chrétiens dans la Montagne libanaise, à laquelle avait travaillé d’arrache-pied le cardinal Sfeir, jusqu’à ce qu’elle soit scellée, en 2001.
Le président du Conseil supérieur chiite, le cheikh Abdel Amir Kabalan, a affirmé que “toutes les communautés spirituelles du Liban ont perdu une personne engagée et un homme qui aimait son pays”. “Le défunt a contribué à renforcer le vivre-ensemble et à protéger le Liban”, a-t-il ajouté.
Le mufti de la république, le cheikh Abdellatif Deriane a, lui, salué “un grand symbole religieux et national”. “Le patriarche Sfeir était un exemple de justice, d’ouverture, de dialogue, de charité et de vivre-ensemble pour les musulmans et les chrétiens, il défendait les causes de tous les Libanais, sans faire de différence”.
Le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, a exprimé “sa grande tristesse pour la perte d’un des grands patriarches de l’Église maronite”. Le vice-président du Conseil, Ghassan Hasbani, a de son côté rendu hommage au “patriarche de la souveraineté du Liban”. “Nous nous souviendrons de lui pour toujours”, a-t-il ajouté sur les réseaux sociaux.
La ministre d’État pour la Réforme administrative, May Chidiac, a quant à elle rendu hommage “au patriarche qui a résisté contre toutes sortes d’occupations, qui nous a rassurés sur la résurrection prochaine du Liban”. “Nous disons à très bientôt au symbole de la fierté du Liban et des chrétiens d’Antioche et de tout l’Orient”.
Présent à Bkerké, l’ancien président de la République Amine Gemayel a déclaré : “Nous ne pouvons que contempler les accomplissements du patriarche Sfeir. Aujourd’hui, nous récoltons ce qu’il a semé”. “Comme vous allez nous manquer ! Votre sourire, votre sagesse et votre fermeté restent gravés dans nos cœurs”, a posté de son côté le chef des Kataëb, Samy Gemayel.
Le leader chrétien du Liban-Nord (mouvement des Marada), Sleimane Frangié, a salué la mémoire “d’un grand homme, qui a fermement cru jusqu’à ses derniers instants dans ses principes et n’a jamais renié ses convictions”.
A noter que la dernière apparition publique du cardinal datait du 20 avril lorsqu’il a reçu, en compagnie de son successeur, Mgr Béchara Raï, le chef de l’État, Michel Aoun, à l’occasion de la messe de Pâques à Bkerké. Quelques jours plus tard, le 26 avril, le patriarche émérite avait été admis à l’hôpital Hôtel-Dieu de Beyrouth pour une congestion pulmonaire.
Né le 15 mai 1920 à Reyfoun dans le Kesrouan, Nasrallah Sfeir s’est longtemps illustré par des prises de positions fortes alors que le Liban traversait des moments déterminants de son histoire. De son opposition farouche à la présence syrienne au Liban à son engagement pour la réconciliation entre druzes et chrétiens, les positions et réalisations de Mgr Sfeir ont souvent fait l’unanimité au niveau local et international.
Ordonné prêtre le 7 mai 1950, Mgr Sfeir enseigne, pendant les années 50, la littérature, la philosophie, et la traduction au collège des sœurs Mariamites de Jounieh. Il gravit les échelons de l’Église pour enfin être élu, le 19 avril 1986, Patriarche des maronites d’Antioche et de tout l’Orient, en pleine guerre civile, notamment entre milices chrétiennes. Le 26 novembre 1994, il est nommé cardinal par le Pape Jean-Paul II.

Trois ans après sa prise de fonction, Mgr Sfeir sera l’un des artisans de l’accord de Taëf qui mit fin à la guerre au Liban en 1989. Il réussit à rassembler les pôles chrétiens autour de l’accord . Onze ans après la fin de la guerre, le cardinal maronite s’attaque à la présence syrienne au Liban. C’est en 2001 que, sous son patronage, le Rassemblement de Kornet Chehwane voit le jour dans le village du même nom du caza du Metn. Formé de personnalités chrétiennes, le rassemblement appelle à mettre un terme à l’occupation syrienne au Liban, en écho à l’appel de Bkerké lancé un an auparavant. Le retrait syrien aura lieu quatre ans plus tard, après l’assassinat de l’ancien-Premier ministre Rafic Hariri.

Avec la mort de son patriarche émérite Nasrallah Boutros Sfeir, quelques jours avant de fêter son 99ème anniversaire, l’Eglise maronite libanaise perd une figure majeure de son histoire et de l’histoire du Liban.

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