Macron en visite surprise au château de François 1er

13-09-2018 11:36 AM


Emmanuel Macron a effectué le vendredi 7 septembre une visite surprise à Villers-Cotterêts (Aisne), où il s’était rendu pendant la campagne présidentielle et où il avait plaidé pour la réhabilitation du château de François Ier autour de l’idée de francophonie.

“Il a visité le château pendant deux heures, accompagné de la ministre de la Culture Françoise Nyssen et d’Eric Lombard, directeur général de la Caisse des dépôts, notamment la chapelle où François Ier a signé l’ordonnance de 1539 (acte fondateur de la primauté de la langue française dans toute la France).

A noter que le nom actuel, Villers-Cotterêts, est une déformation de la « villa à côté de Retz ». De fait, il se trouve en bordure de la giboyeuse et belle forêt de Retz.

La région relève au Moyen Âge du comté de Valois. Celui-ci tire son nom de son ancienne capitale, Vadum ou Vez, aujourd’hui Crépy-en-Valois. Le comté tombe dans le domaine royal en 1214, sous le règne de Philippe-Auguste. En 1284, le roi Philippe III le Hardi cède le Valois en apanage à son fils cadet, Charles.

Longtemps après, en 1498, le roi Louis XII donne le Valois à son jeune cousin et futur gendre, François d’Angoulême, alors âgé de 5 ans. Celui-ci découvrira les charmes du lieu en y venant chasser quelques années plus tard.

Roi sous le nom de François 1er, il fait ériger le château actuel à son retour de captivité, après la défaite de Pavie, de 1532 à 1540. Il fait de fréquents séjours dans ce château qu’il surnomme « Mon Plaisir ».

Il est bon de savoir que François 1er a œuvré à renforcer et à étendre le pouvoir royal. En réglementant les procédures judiciaires, l’ordonnance de Villers-Cotterêts, promulguée le 10 août 1539, participe efficacement à cette consolidation de la monarchie. Mais l’une des mesures principales de ce texte réside dans l’obligation de remplacer le latin par le français dans tous les actes officiels.

En août 1539, François 1er chasse dans le Valois. C’est là, à Villers-Cotterêts, qu’il rend l’ordonnance portant le nom de cette localité, mais qu’on appelle parfois aussi “ordonnance guilhelmine”, du nom de Guillaume Poyet, le chancelier qui l’a établie à la demande du roi.

Par ce texte très détaillé, qui comporte pas moins de 192 articles fixant les procédures judiciaires et le droit des personnes, le souverain entend consolider et étendre le pouvoir monarchique. Il crée l’état civil, en rendant obligatoire la tenue par les prêtres de registres de baptême et d’inhumation, qui doivent en outre être signés par un notaire. Mais, comme il l’indique, il a également voulu cette ordonnance “pour aucunement pourvoir au bien de la justice, abréviation des procès et soulagement de ses sujets”. Son objectif est de mettre le droit davantage à la portée de la population et de faciliter les rapports entre les particuliers et la justice.
Les procédures judiciaires doivent donc être simplifiées afin que les administrés puissent plus aisément aller en justice, disposer de leurs biens, faire reconnaître et exercer leurs droits. Mais tout ceci ne peut se faire que si tous les actes ayant un caractère officiel sont compréhensibles pour l’usager. Qu’ils émanent des prêtres, comme les actes d’état civil, des représentants de la puissance publique, tels que les administrateurs et les magistrats, tous ces documents, décisions administratives, actes judiciaires et notariés, devront désormais être rédigés en français et non plus en latin.

Cette disposition peut paraître étonnante dans le contexte de la Renaissance, alors que François 1er a entrepris de promouvoir les progrès de la culture en organisant l’enseignement des langues de l’Antiquité. Si le latin est considéré comme la langue des diplomates, des juristes et des religieux, le souverain entend également tenir compte des intérêts de ses sujets : il s’attache donc à répandre et même à imposer l’usage du français grâce aux moyens dont il dispose, dont la réglementation juridique fait partie.

L’ordonnance de Villers-Cotterêts est d’autant plus importante qu’à la différence de la plupart des autres nations européennes (Angleterre, Allemagne, Espagne….), la France est une construction politique sans unité linguistique à l’origine.

Les élites du royaume, conscientes de cette faiblesse, n’ont pas attendu l’ordonnance pour faire leur la langue française, même dans les provinces les plus éloignées, et ainsi se rapprocher du pouvoir central. Ainsi, en 1448, peu après sa création, le Parlement de Toulouse décide de son propre chef qu’il n’emploierait plus que la langue d’oïl dans ses travaux et ses écrits, bien que cette langue fût complètement étrangère aux parlementaires et à leurs concitoyens ; plus étrangère que peut l’être aujourd’hui l’anglais pour les Français ! Notons aussi que le premier acte notarié en français a été rédigé en 1532 (sept ans avant l’ordonnance de Villers-Cotterêts) à Aoste, sur le versant italien des Alpes !

L’ordonnance de Villers-Cotterêts coïncide avec l’éveil, partout en Europe, des langues nationales. C’est ainsi que le 18 août 1492 (année admirable !), l’humaniste Antonio de Nebrija publie une Grammaire castillane. Cette première grammaire de langue vernaculaire (langue courante) éditée en Europe témoigne d’un premier recul du latin.

Le latin va néanmoins demeurer longtemps encore la langue des échanges internationaux. C’est en latin qu’écrivent et communiquent les humanistes du XVIe siècle comme Érasme. C’est aussi en latin que communiquent les hauts représentants de l’Église catholique. Soucieuse de son universalité, celle-ci restera attachée à l’emploi du latin dans les offices jusqu’au concile de Vatican II. Dans les États autrichiens et en Hongrie, où cohabitent des peuples très divers, le latin va demeurer la langue administrative jusqu’au tournant du XIXe siècle, ce qui aura l’avantage d’éviter des querelles de préséance entre les langues vernaculaires (l’anglais joue le même rôle aujourd’hui dans l’Union indienne).

Au bout du compte, la langue française gagne la littérature, en particulier les œuvres dramatiques, qui y puisent une originalité nouvelle. Les pièces tirées des auteurs romains sont assez rapidement traduites, adaptées et transformées et trouvent un style propre et des références contemporaines. Le public s’y reconnaît et assure à ces œuvres un succès qui marque la victoire définitive du français.

Il est à noter que François Ier est assurément l’un des bâtisseurs de l’État moderne en France. Il réorganise les finances de l’État, favorise l’art de la Renaissance, qui s’épanouit dans la construction et la décoration des demeures royales (Blois, Chambord, Fontainebleau), où le Roi attire et fait travaillé des artistes italiens.

Il ramène de ses campagnes en Italie des artistes. Parmi eux le sculpteur Benvenuto Cellini et surtout le vieux Léonard de Vinci, qui meurt à Amboise, au Clos-Lucé en 1519 en laissant les plans du château de Chambord, de ses toitures fantasmagoriques et de son étonnant escalier à double vis.

Guillaume Budé, plus grand humaniste français, écrivain mais aussi bibliothécaire et imprimeur, suggère au roi la fondation d’un Collège des Trois-Langues (latin, grec, hébreu). C’est dans ce contexte que le Roi encourage les traductions des humanistes et fonde le futur Collège de France

L’humaniste ouvre par ailleurs la bibliothèque de Fontainebleau, à l’origine de la Bibliothèque nationale. Il s’enorgueillit d’avoir rouvert les sépulcres de l’Antiquité.

Le roi de France aide les navigateurs et armateurs normands, dont son ami Jean Ango, à explorer la côte nord-américaine. Le 9 août 1534, Jacques Cartier atteint l’embouchure du Saint-Laurent. Il découvre et nomme le Canada, d’après un mot indien qui signifie village.

Lyon, sous le règne de François 1er, devient avec Paris le principal centre de l’imprimerie, assez important pour que les ouvriers se groupent en confrérie. C’est l’embryon du syndicalisme ! La ville surpasse par ailleurs Tours dans la production de soieries.

Rappelons enfin que le château de Villers-Cotterêts, dans l’Aisne, est un symbole. Le président français Emmanuel Macron veut en faire une cité de la Francophonie. Le décret à l’origine de l’état civil, et les origines d’Alexandre Dumas, natif de Villers-Cotterêts, « né d’un père mulâtre, esclave émancipé devenu soldat de la France » justifient bien aux yeux du président de la République le choix de ce château.

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