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La chute des islamistes: Essebsi président de la Tunisie

Abdelmasih YOUSUF

24 Décembre 2014 7:48 pm

La Tunisie choisit un anti-islamiste pour la diriger. Au terme d’une campagne difficile qui a duré un mois, Beiji Caïd Essebsi est sorti vainqueur de la première élection présidentielle démocratique qu’ait connue la Tunisie, remportant 55,68 % des suffrages, selon les données officielles communiquées, hier, par l’Instance électorale (ISIE). Le président du parti anti-islamiste Nidaa Tounès l’emporte nettement sur son rival, Moncef Marzouki(44,32 %), le président sortant qui se présentait en indépendant. Pour cette première élection présidentielle libre depuis l’Indépendance, le processus démocratique a pu être mené jusqu’à son terme, sans que le pays ne sombre dans le chaos, ce qui en soi constitue déjà une victoire.

Président “anti” islamistes
Au-delà, les deux campagnes successives -législatives et présidentielle- laissent des traces profondes dans le pays, partagé entre les “pro” et les “anti” islamistes. Entre deux choix de société, les électeurs ont tranché en faveur des “ anti ”.
Ce qui ne sort pas les islamistes du paysage politique, loin de là. Ils constituent désormais la deuxième force politique du pays qui a capté un tiers des voix lors des élections législatives d’octobre. Sensible aux arguments d’Ennahdha, la société n’était pas, pour autant, prête à les voir gouverner.
“ Nous avons évité le pire ”, résumaient, les Tunisiens, conscients qu’en même temps ce nouveau président ne représente pas un idéal. Beaucoup parmi les acteurs de la Révolution de jasmin ne doivent pas se reconnaître dans ce chef d’Etat dont le programme ne laisse que peu de place aux jeunes, aux chômeurs, aux femmes, aux modernistes, tous ceux qui sont descendus dans la rue en 2011. Déjà lors du premier tour, les jeunes se sont peu mobilisés (taux de participation de 53% contre 64,8% lors du premier tour le 23 novembre).
Caïd Essebsi promet d’être “le président de tous les Tunisiens”, “J’assure que je serai, si Dieu le veut, le président de toutes les Tunisiennes et de tous les Tunisiens”, a déclaré le vainqueur de la présidentielle à la télévision nationale. “La campagne électorale est terminée et il faut que nous regardions tous vers l’avenir”, a-t-il ajouté.

Réussir à faire l’unité nationale
Toute la difficulté à présent pour le président de Nidaa Tounès est de réussir à faire l’unité nationale, à réunifier le nord avec le sud, et à gommer les disparités régionales. A lui de lancer des programmes économiques et sociaux suffisamment fédérateurs pour faire oublier que le sud a voté majoritairement pour Ennahdha aux élections législatives d’octobre. A lui également de générer des courants d’investissements dans les régions enclavées. Quitte à contrarier une partie de sa base électorale. C’est un numéro d’équilibriste qui attend le président Essebsi, contraint de tendre la main aux islamistes. Un des premiers tests va venir de la composition du gouvernement.
De par la Constitution adoptée en janvier, le Premier ministre doit être issu de la formation majoritaire au Parlement, donc de Nidaa Tounès. Essebsi peut choisir de nommer un Premier ministre venu de sa formation politique ou décider de maintenir un technocrate comme l’actuel Mehdi Jomaa à la tête du gouvernement. Quant à la répartition des portefeuilles ministériels, la ventilation entre Nidaa Tounès et Ennahdha constituera le vrai signal d’ouverture.
La situation économique va très vite arriver sur le bureau du nouveau président. Car quatre ans après la révolution motivée, alors, par la montée de la pauvreté, le chômage et la misère demeurent endémiques et la croissance atone. Plus de 50 % de l’économie reste informelle, selon la Banque mondiale. L’autre grand chantier touche à la sécurité. Une mouvance jihadiste armée responsable de la mort de nombreux soldats et de deux figures anti-islamistes en 2013 a généré un climat d’insécurité auquel il faut mettre fin.

Marzouki a reconnu sa défaite
De sa part, le président Marzouki félicite Essebsi. Béji Caïd Essebsi a été élu avec 55,68% des suffrages, devant le président sortant. Le président tunisien Moncef Marzouki a reconnu sa défaite à la présidentielle et félicité le vainqueur Béji Caïd Essebsi, a annoncé lundi son directeur de campagne Adnène Mancer sur sa page Facebook officielle. “Moncef Marzouki a félicité tout à l’heure M. Béji Caïd Essebsi pour sa victoire à l’élection présidentielle”, écrit l’homme de confiance du chef de l’Etat sortant.
L’ex-Premier ministre tunisien Béji Caïd Essebsi, 88 ans, a remporté la présidentielle de dimanche avec 55,68% des voix, devançant Moncef Marzouki qui a réuni 44,32% des suffrages. Béji Caïd Essebsi a servi aussi bien sous Habib Bourguiba, le premier président tunisien, que sous Zine El Abidine Ben Ali, renversé par la révolution de 2011. Il s’apprête à diriger la Tunisie après quatre années de transition mouvementée à la suite de la révolution de janvier 2011.

Le monde entier félicite Essebsi
François Hollande a félicité Béji Caïd Essebsi et lui a souhaité “le plein succès dans sa mission au service du peuple tunisien”, dont il a salué “le sens des responsabilités”. Il salue également “la détermination, le sens des responsabilités et l’esprit de compromis que le peuple tunisien et ses représentants ont montrés pour faire aboutir la transition démocratique dans le respect des aspirations de la révolution de 2011”. François Hollande “exprime à nouveau son attachement à l’amitié franco-tunisienne et confirme la volonté de la France de coopérer avec la Tunisie dans tous les domaines”, a aussi déclaré le président.

Obama félicite Essebsi
Barack Obama a félicité le vainqueur de ce scrutin qui constitue, selon lui, une”étape cruciale” dans la transition vers la démocratie. “Les Etats-Unis ont hâte de travailler étroitement avec le président élu Béji Caïd Essebsi et le nouveau gouvernement tandis qu’ils s’emploient à poursuivre les idéaux de la révolution tunisienne et à répondre aux aspirations des Tunisiens en matière de sécurité, d’opportunités économiques et de dignité”, a indiqué le porte-parole de la Maison Blanche Josh Earnest, dans un communiqué.
Obama a félicité Essebsi et le peuple tunisien “pour le succès de la première élection présidentielle organisée en vertu de la nouvelle constitution, une étape cruciale vers l’achèvement de la transition historique de la Tunisie vers la démocratie”, a-t-il poursuivi, soulignant que les Etats-Unis avaient l’intention de renforcer et d’étendre leur partenariat stratégique avec la Tunisie. “Le solide engagement des dirigeants de la Tunisie et du peuple tunisien en faveur d’un dialogue politique complet, de la construction d’un consensus et des valeurs démocratiques a été crucial au succès de la transition politique et sera tout aussi important dans la prochaine phase de l’histoire” du pays.
De son côté, le secrétaire d’Etat John Kerry a salué dans un communiqué “l’exemple éclatant” donné par la Tunisie à ses voisins et au monde entier “de ce qui peut être accompli en se dévouant à la démocratie, au consensus et à un processus politique complet”.

L’Union européenne: une page historique
L’Union européenne a estimé que les Tunisiens “ont écrit une page historique dans la transition démocratique du pays”. “Tout au long du processus électoral, le peuple tunisien a transmis un message d’espoir à tous les peuples qui, comme lui, aspirent à un avenir plus pacifique, démocratique et prospère”, a déclaré dans un communiqué la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini. “L’Union européenne demeure déterminée à travailler avec les nouvelles autorités tunisiennes, et toutes les composantes de la société, pour contribuer à la consolidation des acquis démocratiques prévus par la nouvelle Constitution ainsi que pour accompagner la mise en œuvre des réformes nécessaires à la transition économique et sociale au profit de tous les Tunisiens”, a-t-elle ajouté.
“Le partenariat privilégié qui associe la Tunisie à l’Union européenne offre le cadre approprié pour le renforcement de nos relations bilatérales. L’UE reste déterminée à en utiliser toutes les potentialités dans l’intérêt partagé de nos citoyens”, promet Federica Mogherini. Rappelant que l’Union européenne avait déployé une mission d’observation électorale dans le cadre de son soutien au processus électoral, elle indique que cette mission “poursuivra son travail en Tunisie et observera toutes les étapes du processus électoral jusqu’à son terme”.