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Robert Solé présente son dernier roman

14 Janvier 2016 3:13 pm

 
 
Présentant son nouveau roman dimanche 10 janvier à l’Institut français de Mounira, la rencontre a pris la forme d’un entretien avec Mme Amal El Sabban, secrétaire générale du Conseil suprême de la Culture, suivi d’un échange avec le public et une séance de dédicaces.
 
 
Robert Solé, né en Égypte, longtemps journaliste au Monde, a consacré nombre d’ouvrages à son pays d’origine. Hôtel Mahrajane est son sixième roman.  Nous introduisant dans les coulisses à la fois de cet hôtel de charme l’un des joyaux de Nari, une ville de la Méditerranée, une “Alexandrie imaginaire”, où se côtoient différentes communautés et de son roman, Robert Solé a présenté la genèse de ce nouvel ouvrage.

Mais cet hôtel de charme peut-il résister aux bouleversements politiques et religieux qui affectent la région ? Il connaîtra des transformations successives, jusqu’au feu d’artifice final…
À force de fréquenter l’hôtel Mahrajane, Robert Solé a fini par se demander s’il existait vraiment… Cependant, c’est un hôtel imaginaire, comme d’ailleurs Nari, ce petit port arabe de la Méditerranée dont il est l’un des joyaux. Mais il y pense depuis trop longtemps pour admettre que ce bâtiment blanc aux volets lavande, entouré d’un parc magnifique, n’a pas existé. Il a eu le temps d’en explorer les moindres recoins, de la buanderie au bar de la piscine, en passant par le salon anglais et les cuisines. Pour tout dire, les premières lignes de ce roman ont été écrites il y a près… d’un demi-siècle. En août 1966 précisément. Il avait 19 ans. Une douzaine d’années plus tard, il a repris cette ébauche et rédigé quelques chapitres. Mais ils ne le satisfaisaient pas, et le manuscrit est resté dans un tiroir. Par la suite, c’est en décidant de choisir comme cadre une Égypte bien concrète qu’il a pu écrire “Le Tarbouche”. Avec “Hôtel Mahrajane”, il a fait le chemin inverse : il est passé d’un cadre précis à une ville imaginaire, sur mesure, qui lui permettait de parler plus librement et de tout dire.

L’ayant relu il y a quelques années, il l’a beaucoup touché. Il a alors tout repris, depuis le début, en donnant à cette histoire une autre dimension, même si certains personnages ont conservé leur nom et parfois leurs manies. Autrement dit, ce sixième roman – après “Le Tarbouche”, “Le Sémaphore d’Alexandrie”, “La Mamelouka”, “Mazag” et “Une soirée au Caire” – est en quelque sorte son premier roman.

Nari est une petite Alexandrie. C’est une ville cosmopolite, au bord de la Méditerranée, séparée de la capitale par un désert. Musulmans, chrétiens et juifs y cohabitent paisiblement à tous les étages de la société, mais avec des limites. Les amours entre personnes de communautés différentes ne vont pas jusqu’au mariage, sauf à provoquer des drames. La mixité s’arrête au pied du lit conjugal.

Le pouvoir politique est incarné par un gouverneur tout-puissant, auquel toute entreprise d’une certaine importance doit graisser la patte. Le Mahrajane n’y échappe pas. 

Cet hôtel est d’abord né de ses souvenirs d’enfant et d’adolescent en Égypte. Il l’a ensuite “repeint”, en fonction de ses expériences d’adulte. C’est un hôtel de charme, aux murs blancs et aux volets lavande, doté d’une plage privée, qui a contribué à la notoriété de la ville. On prête ce mot à une vieille habituée : “Je ne viens pas au Mahrajane pour visiter Nari, je viens à Nari pour loger au Mahrajane.” Depuis la mort du fondateur, c’est son gendre, Haïm Lévy-Hannour, qui dirige l’établissement, aux côtés de sa séduisante épouse, Nissa. La bonne société de Nari en a fait une sorte de club. Le Mahrajane accueille en été des bourgeois de la capitale, qui viennent se réfugier au bord de la mer pour fuir la canicule. Le reste de l’année, les chambres sont surtout occupées par des touristes étrangers qui font généralement deux haltes à Nari : la première, à leur descente de bateau, avant de visiter les sites archéologiques du pays ; la seconde, plus longue, à la fin de leur séjour, pour se reposer les jambes et les yeux avant de regagner l’Europe ou l’Amérique. 

À défaut de monuments, Nari bénéficie d’une alchimie particulière que les visiteurs perçoivent sans pouvoir la définir. Faute de mieux, la ville est qualifiée de “petit Paris”.
La famille du narrateur vit au rythme des déjeuners dominicaux, autour de quatre tantes célibataires, dans un décor d’un autre siècle. L’une d’elles, Zouzou, n’en finit pas de raconter son bref voyage en France, en 1937, le grand événement de sa vie, un récit qui embellit au fil des versions successives. La famille est divisée entre ceux qui ont les moyens de fréquenter le Mahrajane et les autres. L’oncle Louca, lui, y a ses entrées par la porte de service. Il livre des boissons à l’hôtel, en attendant de créer sa propre eau gazeuse, qualifiée de révolutionnaire. 
Le dimanche, à table, au milieu des rires et des cris, ce personnage fantasque, adoré des enfants, révèle une partie des secrets de l’hôtel. 
Le narrateur, à son tour, en découvrira d’autres, avant d’y faire une rencontre bouleversante. 

Le Mahrajane a été fondé en 1909. Son livre d’or porte les signatures de quelques vedettes, comme Joséphine Baker, ou quelques futures célébrités comme Tino Rossi qui n’avait pas encore enflammé la Méditerranée avec “Tchi-Tchi”. Mais la page la plus précieuse est manquante… Une Buick Special, modèle 1936, a remplacé le fiacre des origines pour aller chercher les clients au port ou à la gare ferroviaire. Plusieurs employés font partie de la légende de l’hôtel, comme Ahmad La Gazelle, le coursier, ou M. Alex, le réceptionniste en chef, qui a réponse à tout. Le Mahrajane compte des habitués, sûrs de retrouver la même chambre avec un décor de leur choix, et même un client à demeure, qui y loge avec chien et canari. Les premiers souvenirs du narrateur remontent au milieu des années 50. Cet éden interdit deviendra pour lui un terrain de jeux, puis le cadre de ses premières amours. 

Le Mahrajane est tributaire des bouleversements politiques et religieux qui affectent la région. Il connaîtra des transformations successives, jusqu’au feu d’artifice final… En perdant une partie de ses habitants, Nari perd une partie de son âme. Ceux qui restent s’adaptent plus ou moins bien aux événements. On verra, entre autres, le gouverneur, ce grand amateur de whisky, bien en chair, ne plus jurer que par le Coran et se livrer à d’innombrables pèlerinages, jeûnes et prières, pour suivre le vent qui a tourné. Son homme à tout faire, l’inquiétant “docteur” Ezzedine, prendra la fuite lors d’une révolution aux lendemains incertains.