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Un troisième front contre l'Etat islamique en Libye?

4 Février 2016 12:29 pm

Après l’Irak et la Syrie, les pays membres de la coalition contre l’EI réunis à Rome évoquent une possible future intervention en Libye, où prospère le groupe jihadiste.

L’Egypte a toutefois émis des réserves concernant les plans de la communauté internationale pour une intervention militaire en Libye, selon ce qu’a affirmé le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukry lundi, ajoutant que “telle est la mission de l’armée libyenne et des peuples”.
Dans une conférence de presse avec son homologue tchèque, Lubomir Zaoralek au Caire, Choukry a déclaré: «L’éradication de la terreur en Libye est la mission de l’armée libyenne nationale et le gouvernement d’unité nationale qui prend les décisions relatives au renforcement de ses capacités.”
Choukry a suggéré que la Libye renforce ses capacités militaires en coopération avec les pays voisins. “Absolument, cela est une question libyenne qui est menée en coopération avec la communauté internationale”, a réitéré Choukry.
“Je suppose que la question la plus importante est la formation du gouvernement libyen afin de prendre les décisions appropriées en conformité avec les intérêts des Libyens eux-mêmes.”
Dans ce contexte, le ministre des Affaires étrangères Sameh Choukry a rencontré, en marge de la réunion ministérielle de la coalition contre Daech tenue à Rome, ses homologues de la Jordanie, l’Australie, la Norvège, l’Allemagne, la France et l’Italie.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Ahmed Abou Zeid a déclaré que les réunions ont porté sur les développements régionaux en Libye, en Syrie, en Palestine et au Yémen, ainsi que sur l’évaluation des efforts de la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme et les efforts de la coalition internationale contre Daech. Choukry a décrit les efforts menés par l’Egypte dans le cadre des groupes œuvrant pour la lutte contre l’idéologie extrémiste, le mouvement de combattants étrangers et le financement du terrorisme. Il a également discuté de la situation sécuritaire et politique en Libye, ses répercussions régionales et internationales, et les efforts pour former un gouvernement de réconciliation nationale libyenne.
D’ailleurs, les pays étrangers l’affirment: il n’y aura pas d’intervention sans accord politique en Libye, et donc sans la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, qui ferait ensuite une demande d’aide.
En attendant, les capitales évaluent les options, qui peuvent aller d’une campagne de frappes aériennes en soutien aux forces libyennes comme en Irak, au déploiement d’une force terrestre. Mais cette dernière semble peu probable. Une intervention ressemblerait à celle en Syrie: des frappes, des drones et quelques forces spéciales sur le terrain.
Les Etats-Unis ont envoyé ces derniers mois des experts pour évaluer la situation, et nouer le contact avec les forces locales. Il s’agit notamment de s’assurer du soutien des nombreuses milices qui se partagent le contrôle du territoire. Le gouvernement reconnu, installé à al-Bayda (est) sollicite, en plus des raids aériens, la levée rapide et sans retarder de l’embargo sur les armes, imposé par l’ONU depuis 2011.
Les forces loyales à ces autorités, qui se présentent comme l’armée nationale libyenne (ANL), affirment être en mesure de renseigner les forces extérieures sur les positions de Daech, un facteur déterminant pour éviter des victimes parmi les civils.
Le soutien des autorités non reconnues internationalement, appuyées par Fajr Libya, une coalition de milices dont certaines islamistes, semble très incertain, surtout si l’accord politique parrainé par l’ONU échoue.
Selon les experts, les frappes étrangères se concentreraient d’abord sur la ville côtière de Syrte et ses alentours, la principale zone contrôlée par Daech. Elles viseraient aussi Derna, à 1.100 km à l’est de Tripoli, où les combattants de Daech sont positionnés à la périphérie de la ville dont ils ont été chassés en juillet par des forces locales.
Les Etats-Unis semblent décidés à participer mais sans forcément prendre la tête d’une éventuelle opération comme ils le font en Irak et en Syrie.
Les responsables américains lorgnent du côté de l’Italie, l’ancienne puissance coloniale, qui semble être prête, sous conditions, à diriger une opération internationale, avec probablement l’implication de la France et du Royaume-Uni et peut être de pays arabes.
Comme en Irak et en Syrie, le bien-fondé d’une intervention fait débat. 
Etablissant un parallèle avec la Syrie, on ne pense pas qu’une intervention puisse changer réellement la donne, sans la présence de solides partenaires au sol. Elle pourrait avoir un impact positif en limitant l’expansion de Daech, en épuisant ses ressources et en rendant plus difficiles ses tentatives d’incursion ou de destruction des installations pétrolières à l’est de Syrte.
A noter qu’une opération à grande échelle serait susceptible de creuser les divisions politiques existantes. C’est pour cela qu’il est important d’obtenir le soutien des Libyens des différentes parties.
L’implantation croissante de l’Etat islamique (EI) en Libye, notamment autour de la ville de Syrte, à 450 kilomètres à l’est de Tripoli, inquiète de plus en plus les pays occidentaux. Réunis à Rome pour faire le point de la situation en Irak et en Syrie, les 23 pays de la coalition contre l’EI ont évoqué aussi de possibles futures opérations sur ce nouveau terrain même si à en croire le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, «il n’est pas question que nous intervenions en Libye». En fait, la condition préalable reste la formation en Libye d’un gouvernement légitime d’union nationale accepté aussi bien par le pouvoir de Tobrouk que par celui de Tripoli à même de demander formellement une telle intervention et de lui donner ainsi un cadre légal. Il y a urgence car le péril jihadiste se précise et de nouveaux volontaires arrivent, y compris des pays occidentaux, pour renforcer les quelque 3 000 à 5 000 combattants de l’EI déjà présents.
«Ils sont là sur près de 300 kilomètres de côtes et ils se répandent. Ils sont à 350 kilomètres à peine de l’ile italienne de Lampedusa et lorsque le beau temps va arriver il y a des risques réels de passages de combattants», relevait le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Le chaos libyen, avec deux Parlements, deux gouvernements et les milices faisant régner leur loi un peu partout dans le pays est un terreau fertile pour le mouvement jihadiste.
L’EI avait tenté dans un premier temps de s’implanter à l’est, dans la région de Derna, longtemps fief islamiste, avant d’en être chassé en juillet par les troupes du général Haftar proche du pouvoir de Tobrouk. L’organisation a alors a jeté son dévolu sur la ville de Syrte, le dernier bastion de la résistance kadhafiste, où les tribus sont avides de revanche aussi bien sur les Occidentaux que sur les milices voisines, notamment celle de Misrata, qui eurent un rôle clé dans l’insurrection de 2011. C’est un emplacement stratégique car il menace les principales zones pétrolières du pays et il contrôle une bonne portion de littoral. La crainte d’une «grande Somalie au bord de la Méditerranée» avancée par Rome inquiète d’un effondrement du régime au moment où l’Otan se décidait à intervenir est en train de devenir réalité. «Nous ne laisserons pas la situation se dégrader comme en Syrie ou en Irak», assurait déjà fin janvier Ashton Carter, le secrétaire d’Etat américain à la Défense. Mais s’ils semblent décidés à pousser pour un «troisième front» contre l’Etat islamique, les Américains veulent cette fois rester en retrait même si des hommes de leurs forces spéciales sont déjà en reconnaissance sur le terrain. Il en est de même pour les Français et les Britanniques. Une future intervention serait probablement avant tout aérienne, voire avec des drones, mais il devrait y avoir aussi en appui des commandos au sol y compris pour aider les forces libyennes. Les Italiens, l’ancienne puissance coloniale, comptent bien en revanche jouer un rôle clé en coordonnant voire en assurant le commandement d’une opération en Libye, pays stratégique au carrefour du Maghreb et du Sahel qui, en devenant un fief de l’EI, déstabilise encore un peu plus une région déjà hautement explosive.