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La prison scelle l'inversion spectaculaire de la fortune

Rafik Baracat

23 Avril 2015 3:00 pm

Le président déchu Mohamed Morsi rêvait de créer une «renaissance égyptienne avec une fondation islamique». Cela semblait plus inaccessible que jamais mardi après qu’un juge l’a condamné à 20 années de prison pour violence, enlèvements et torture.

La Fratrie n’avait jamais imaginé qu’elle pourrait gouverner l’Egypte – jusqu’à ce que le soulèvement de 2011 qui a renversé l’autocrate vétéran Hosni Moubarak a ouvert la voie à Morsi d’être déclaré président de l’Egypte. Certains soutiennent que la décision de briguer la présidence était une erreur de calcul.

Alors que la Fratrie était souterraine mais efficace, elle semblait submergée par le défi de la gestion d’environ 90 millions d’Egyptiens qui ont fait les mêmes exigences qui ont conduit à la chute de Moubarak après trois décennies au pouvoir.

Morsi était le visage public de cet échec.

L’ex-président islamiste égyptien Mohamed Morsi, évincé en 2013, a été condamné mardi à 20 ans de prison pour des violences mais a échappé dans un premier procès à la peine de mort que beaucoup prédisaient à l’aune de l’implacable campagne visant son mouvement.

Avec 12 co-accusés, essentiellement des responsables de sa confrérie des Frères musulmans et de son gouvernement d’alors, il a été reconnu coupable d’avoir “usé de la violence, fait arrêter et torturer des manifestants” en marge d’une manifestation le 5 décembre 2012 devant un palais présidentiel du Caire. Deux autres accusés ont écopé de 10 ans de prison.

Mais les 15 ont tous été acquittés des chefs d’incitation au meurtre d’un journaliste et de deux manifestants lors de la dispersion de cette manifestation, qui avait fait au moins dix morts, dont des pro-Morsi.

Ce verdict apparaît comme relativement clément au regard des peines capitales prononcées systématiquement dans d’autres procès contre les principaux dirigeants de la confrérie islamiste de M. Morsi, laquelle avait remporté toutes les élections entre la chute de Hosni Moubarak en 2011 et celle du président islamiste en 2013–, mais aussi contre des centaines de ses partisans.

Les avocats de la plupart des accusés ont annoncé qu’ils feraient appel, précisant que, pour le cas de M. Morsi, ils lui demanderaient d’abord son avis. En effet, l’ex-président destitué et arrêté le 3 juillet a toujours refusé de prendre un avocat et, se proclamant “seul président de l’Egypte” durant toutes les audiences, il a récusé la légitimité de ses juges.

Mais l’ex-président encourt la peine de mort dans trois des quatre autres procès qui lui sont intentés, dont deux pour “espionnage” et un pour son évasion de prison durant la révolte de 2011.

Dans son uniforme blanc de détenu dans un box grillagé doublé d’une vitre épaisse le rendant inaudible, M. Morsi s’est levé et a levé les deux poings à l’énoncé du verdict, dans la salle de ce tribunal tapi au cœur de l’académie de police du Caire, entouré d’un imposant dispositif de sécurité. Les autres accusés étaient massés dans un autre box grillagé et insonorisé.

L’acquittement des chefs d’incitation au meurtre de deux manifestants et d’un journaliste le 5 décembre 2012 “est une surprise, nous ne nous y attendions pas, nous pensions qu’ils seraient condamnés” au moins à la prison à vie, a déclaré à la sortie du tribunal Ramy Ghanem, un avocat des familles des victimes.

Des centaines, dont le Guide suprême des Frères musulmans Mohamed Badie et d’autres dirigeants, ont été condamnés à mort dans des procès de masse.

 

Le syndicat de la presse de l’Egypte a envoyé un mémo urgent au procureur général, lui demandant de faire appel contre le verdict de mardi de 20 ans de prison contre Mohamed Morsi.

La violence avait conduit à la mort de dix personnes lors d’affrontements à l’extérieur du palais présidentiel al-Ittihadiya en décembre 2012, dont le journaliste El-Husseini Abou-Deif.

Quelques heures après la décision de mardi, le syndicat de la presse a dit qu’il chercherait un appel par le biais de son conseiller juridique, en coordination avec l’équipe de la défense d’Abou-Deif afin de châtier les responsables de sa mort.