Adieu au « Grand » Père Henri Boulad

24-06-2023 07:28 AM


Les milieux intellectuels, religieux et scolastiques ont fait leurs adieux jeudi dernier au Collège de la Sainte-Famille à un grand homme qui a marqué la spiritualité et l’éducation en Egypte et dans de nombreux pays du monde. Mgr Claudio Lurati, le vicaire apostolique d’Alexandrie, a présidé les funérailles du Père Henri Boulad qui s’est éteint mardi dernier dans un hôpital du Caire. L’absoute a été donnée par Mgr Jean-Marie Chami, vicaire patriarcal grec catholique.

Henri Boulad est né à Alexandrie en 1930. Par son père, il est issu d’une famille syrienne chrétienne de rite grec-melkite catholique originaire de Damas mais installée en Égypte dès les années 1860. La famille Boulad appartient à la vieille bourgeoisie damascène, longtemps spécialisée dans la fabrication et le négoce de la soie, elle a donné de nombreux hommes d’Église dont le Père Abdel Messih Boulad (Damas) et le Père Antoune Boulad SB (Monastère basilien du Saint-Sauveur, Liban).
En 1950, Henri Boulad entre au noviciat des jésuites à Bikfaya, au Liban. De 1952 à 1954, il étudie au juvénat de Laval (France), puis, de 1954 à 1957, il étudie la philosophie au scolasticat jésuite de Chantilly, toujours en France. Il enseigne deux ans au Collège de la Sainte-Famille, au Caire. Après un cycle d’études théologiques (de 1959 à 1963 au Liban), il est ordonné prêtre en 1963 selon le rite melkite. En 1965, il participe à un programme de formation des Jésuites à Pomfret, au Connecticut, et obtient un doctorat en psychologie scolaire de l’Université de Chicago.

Père Henri Boulad a assumé tout au long de sa vie de nombreuses responsabilités. Directeur du Collège de la Sainte Famille (CSF) au Caire puis directeur du Centre culturel des Jésuites à Alexandrie et directeur de Caritas-Egypte, l’homme a été salué à plusieurs reprises pour son action. En France, il a obtenu le Grade d’officier et Commandant de l’ordre du mérite, et il a reçu au Liban l’ordre national du Cèdre. Deux distinctions citées à titre d’exemples, car la liste des décorations est bien plus longue, reflétant la richesse de l’action du Père Boulad.
Dès son plus jeune âge, il a profondément cru au principe de la racine. Soit l’on a tout, soit l’on n’a rien du tout ! Et il a toujours voulu vivre pleinement, plein d’énergie et d’aspiration pour changer le monde moralement, spirituellement et socialement. Boulad était dans une guerre permanente contre le retard, le sous-développement et la pauvreté … Son combat n’aurait jamais été possible en dehors de sa vie religieuse. Certes l’homme vit pour la réalisation de soi au contact de l’œuvre de Dieu, mais est toujours resté ouvert sur le monde, sur les hommes.

Père Henri Boulad a parcouru le monde tout au long de sa vie et s’est nourri de ces voyages pour agir au mieux. Il a visité plus de 50 pays et a écrit environ 30 livres, traduits en 15 langues. Il a écrit sur tous les sujets qui pourraient intéresser les jeunes, notamment la sexualité. Dans un ouvrage intitulé « Les Dimensions de l’amour » (1996), le religieux aborde cette thématique, tout simplement parce qu’il est un être humain et qu’il trouvait qu’il avait des choses à dire à ce sujet. Il a aussi donné des centaines de conférences et des dizaines d’interviews pour les télévisions du monde. Dans l’une d’entre elles, il confie : « Peu importe que je vive ou que je meure. Il suffit que mes pensées restent dans l’esprit de ceux qui étudient ma vision et ma philosophie, pour mener à bien la tâche du changement».

Remarquable éducateur, le Père Boulad se rappelle : « Quand j’étais directeur du Collège et que je punissais les élèves, on me disait Merci mon père, car les élèves ressentaient mon amour et mon respect ». C’était cela les valeurs que le religieux tenait à enseigner partout où il travaillait. Il a été le chef qui souhaitait combiner les décisions de l’esprit avec les sentiments du cœur, de sorte qu’elles soient toujours les plus justes.

Le but du collège est de mettre en valeur le potentiel de chacun et de développer au mieux ses dons. Il vise à former tout l’homme, et tout homme, en lui permettant de s’accomplir en tant qu’homme sur tous les plans : physique, affectif, intellectuel, religieux et spirituel, a expliqué le Père Boulad. La formation intellectuelle contribue, elle, à développer chez l’élève la réflexion critique, l’esprit d’analyse et de créativité, ce qui l’aide à s’épanouir, à forger sa personnalité et à développer sa culture générale en même temps que son jugement. « Peu de gens s’intéressent à étudier la nature de ce peuple, et peu se sont intéressés à étudier la carte de son comportement et à en faire un plan d’action ». Pour Boulad, « la clé réside dans les deux mots : l’enseignement et l’éducation ».

Par ailleurs, parce qu’elle semble faire échec à cet élan vital inscrit au plus intime de nous-mêmes, la mort nous est inacceptable. D’où notre question scandalisée : pourquoi mourons-nous ? Henri Boulad offre une réponse apaisante et lumineuse à cette interrogation : nous mourons parce que nous ne sommes pas encore advenus à nous-mêmes, aux autres, au monde, et à Dieu. Ces quatre aspects de la mort cachent quatre visages de la naissance. Dans sa réalité la plus profonde, notre mort sera l’avènement de notre moi véritable, l’accomplissement plénier de nos relations humaines, une expérience cosmique dont nous portons le désir secret, et l’heure de connaître ce Dieu qui nous demeure voilé.

Sa réflexion longuement mûrie nous convainc que nous n’avons pas à redouter la mort, que nous n’y perdrons rien de ce qui fait le meilleur de nous-mêmes. Au contraire, nous pourrons dire avec Thérèse de Lisieux : je ne meurs pas, j’entre dans la Vie.

En souvenir de l’hymne du CSF de notre cher Père Boulad récitons :
« Vers la demeure paternelle qui nous attend là-bas.
Vers le ciel, demeure éternelle, marchons d’un même pas.
Sur notre front le soleil brille.
Mais il fait les déserts brûlants.
Auprès de vous Sainte-Famille, nous ranimons nos pas trop lents.
Vous qui veillez sur ce Collège où l’on songe à notre avenir, que votre amour nous protège tous.
Demain quand nous devrons partir. Nous n’aurons pas peur de la peine.
Et pour Vous nous saurons souffrir car le désir qui nous entraîne c’est celui de nous réunir ! »

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