Disparition d’un grand homme d’Etat français

27-09-2019 03:09 PM


Jacques Chirac qui avait présidé aux destinées de 60 millions de Français de 1995 à 2007, cinquième président de la Ve République, très affaibli ces dernières années, est décédé jeudi dernier au milieu de ses siens, paisiblement. Dès le décès annoncé, l’Assemblée nationale a observé une minute de silence.

Chef de l’Etat, Premier ministre, ministre, maire de Paris, Jacques Chirac, qui est mort à l’âge de 86 ans, aura occupé les plus hautes fonctions de la République au cours d’une carrière politique d’une durée exceptionnelle, plus de quarante ans.

Avec la disparition de cette figure populaire et incontournable, c’est une page d’un demi-siècle d’histoire politique française qui se tourne. Une page ouverte en 1965 au conseil municipal de Sainte-Féréole, le berceau familial corrézien, premier mandat d’une irrésistible ascension pour ce fringant énarque.

Député, puis président du Conseil général de Corrèze, Chirac gravit rapidement les échelons ministériels avant d’entrer à Matignon en 1974, pour mieux claquer la porte, deux ans plus tard, sur fonds de désaccords avec Valéry Giscard d’Estaing. Il y reviendra en 1986 pour une cohabitation historique avec le président Mitterrand. Entre-temps, Jacques Chirac a fondé et pris la tête du RPR et empoché la mairie de Paris, deux mandats qu’il ne délaissera que pour enfin accéder à l’Elysée, en 1995 après deux échecs, en 1981 et 1988.

Ce sera pour deux mandats, un septennat, puis un quinquennat, du nom de l’une des réformes les plus marquantes de sa présidence avec la fin du service militaire et l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Durant douze ans passés à l’Elysée, dont cinq en cohabitation avec les socialistes, Jacques Chirac aura connu sur le plan intérieur des réussites – sur le plan de la sécurité routière, notamment – mais aussi de profondes crises – les grandes grèves de 1997 ou encore les émeutes en banlieue en 2005. Sur le plan extérieur, on retiendra son opposition à la guerre en Irak, qui a largement assis son autorité internationale, mais également le revers du non des Français à la Constitution européenne en 2005.

Ce passionné d’arts primitifs avait largement œuvré à la création du musée des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, inauguré quai Branly, à Paris, en 2006, et rebaptisé à son nom dix ans plus tard. Il présidait la Fondation Chirac depuis 2008.

Dans les mois qui suivent son départ de l’Élysée, il se rend dans plusieurs pays d’Afrique pour inaugurer des projets d’accès à l’eau, aux médicaments, à l’éducation et à deux reprises en Russie, à l’invitation personnelle de Vladimir Poutine. Toutefois, il refuse de donner des conférences pour lesquelles il est fréquemment sollicité par diverses universités dans le monde. Il accepte l’invitation de Nicolas Sarkozy à se rendre, le 16 juin 2009, aux obsèques nationales du président gabonais Omar Bongo.

Son état de santé, ainsi que ses ennuis judiciaires, le poussent à se mettre en retrait du Conseil constitutionnel, où il ne participe plus aux séances depuis le 9 décembre 2010. Il indique, dans une lettre envoyée en mars 2011 au président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré, qu’il met ses fonctions entre parenthèses « jusqu’à nouvel ordre ». Son indemnité de 11 000 euros par mois est alors suspendue.

À partir d’avril 2009, le baromètre IFOP pour Paris Match le consacre chaque mois « personnalité politique préférée des Français ». En décembre suivant, il atteint la cote inédite, dans l’histoire du baromètre, de 78 % d’opinions positives.

Le premier tome de ses mémoires, consacré à sa vie politique avant la présidence et intitulé «Chaque pas doit être un but», paraît le 5 novembre 2009. Il remporte un certain succès, s’écoulant, selon sa maison d’édition, entre 15 000 et 18 000 exemplaires par jour la première semaine de sa publication. Deux semaines après sa sortie, au 18 novembre, il aurait été réimprimé trois fois pour s’établir à un tirage global de 390 000 exemplaires (contre 260 000 initialement le jour de sa publication).

Jacques Chirac avait épousé en 1956 Bernadette Chodron de Courcel, avec qui il avait eu deux filles et une fille adoptive. Le décès de sa fille aînée Laurence à 58 ans en 2016 avait largement ébranlé le vieil homme, déjà très diminué. Les apparitions publiques de celui qui échappa en 2002 à un assassinat lors du défilé du 14 juillet s’étaient faites extrêmement rares depuis.

Les politiciens et les dirigeants mondiaux ont profité des médias sociaux pour rendre hommage à l’ancien président français Jacques Chirac.

Dans un discours prononcé à l’Elysée, le président Emmanuel Macron a déclaré que M. Chirac était “un visage familier, que nous partagions ou non ses idées”, et qui avait rapproché le pays.

“C’est avec beaucoup de tristesse et d’émotion que je m’adresse à vous ce soir. Nous, Français, nous perdons un homme d’État que nous aimions autant qu’il nous aimait”, a commencé Emmanuel Macron.

Une référence limpide à cette célèbre citation de Jacques Chirac, prononcée lors de son dernier discours en tant que président de la République: “Cette France que j’aime autant que je vous aime”. Au-delà de cette allusion, le président de la République a placé son discours dans un champ lexical chiraquien, insistant sur l’empathie de celui “qui attirait la sympathie de l’agriculteur et du capitaine d’industrie”.

Ce Jacques Chirac, “amoureux de notre terre” qui “aimait profondément les gens”. Ce “visage familier” qui a “courageusement protégé la France contre les extrêmes et la haine”. Une référence, là encore, à sa dernière allocution, au cours de laquelle l’ancien président de la République mettait en garde contre “l’extrémisme”, ce “poison” qui “détruit”.

“Nous avons pour Jacques Chirac ce soir de la reconnaissance. Il fit tant pour notre Nation, nos valeurs, la fraternité et la tolérance”, a poursuivi Emmanuel Macron, pour qui l’ancien maire de Paris “portait en lui l’amour de la France et des Français”. Derrière son bureau, sur lequel trônait un cadeau reçu de la part de Jacques Chirac -un cadre en bronze dans lequel figure un portrait du général De Gaulle-, Emmanuel Macron a salué le “destin français” de l’ancien président de droite.

“Il aimait les Français. Pour les saluer, leur parler, leur sourire, les embrasser. Les plus humbles, les plus fragiles, les plus faibles furent sa grande cause”, a souligné le locataire de l’Élysée, se souvenant que Jacques Chirac avait de son temps eu “des mots lumineux” pour rendre hommage à son prédécesseur, le président Mitterand. Comme s’il s’agissait pour l’actuel chef de l’État de se mettre au niveau de cette oraison funèbre restée célèbre.

“Nous nous souvenons avec émotion et affection de sa liberté et de sa personnalité, de ce talent qu’il eut de réconcilier simplicité et grandeur, proximité et dignité, amour de la patrie et ouverture à l’universel”, a continué Emmanuel Macron, invitant les Français à demeurer “conscients de notre dette à son égard et forts de ce qu’il nous a légué”.

Un certain nombre d’anciens dirigeants mondiaux, dont Jean-Claude Juncker, Guy Verhofstadt et Anders Fogh Rasmussen, se sont également rendus sur Twitter pour exprimer leurs sentiments. Le président de la Commission européenne, Juncker, a déclaré qu’il avait perdu “un ami fidèle”.

Dans une déclaration sur Twitter, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, qui s’était affronté avec Jacques Chirac à propos de la guerre en Irak en 2003, a décrit ce dernier comme «indéfectiblement gentil, généreux et favorable».

Des hommages ont été rendus de l’ensemble du spectre politique français, y compris de son adversaire et successeur à la présidence, Nicolas Sarkozy.

Les lumières de la Tour Eiffel ont été éteintes jeudi en souvenir. A Paris, la maire Anne Hidalgo a rendu rapidement hommage à l’ancien premier édile de la ville. «Pour nous les Parisiennes et les Parisiens, il sera à jamais notre Maire, aimant passionnément sa ville et ses habitants. J’adresse mes plus sincères condoléances à son épouse Bernadette, à sa fille Claude, à son petit-fils Martin, à sa famille et à ses proches » a-t-elle déclaré. Un hommage à la mémoire de l’ex-président a été rendu spécifiquement dans la capitale.

En hommage à sa mémoire, les drapeaux de tous les équipements municipaux ont été mis en berne. Des registres ont été ouverts à l’Hôtel de Ville et dans toutes les mairies d’arrondissement pour permettre aux Parisiennes et aux Parisiens de témoigner leur affection.

Afin de laisser la possibilité aux Français de se recueillir, un hommage populaire est organisé ce dimanche aux Invalides.

L’ancien président sera inhumé demain lundi auprès de sa fille Laurence, au cimetière du Montparnasse, dans un cadre strictement privé, selon le souhait de Bernadette Chirac.

Une journée de deuil national a été décrétée lundi, et un service solennel sera rendu ce jour-là à midi dans l’église Saint-Sulpice à Paris.

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