«La Résurrection» de Piero della Francesca

01-05-2023 05:04 PM


« Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! » Watani Francophone vous adresse ses meilleurs vœux de Pâques et vous invite à méditer à cette occasion la fresque de Piero della Francesca, artiste peintre et mathématicien florentin du XVème siècle, souhaitant qu’elle vous transmette la joie pascale .

Piero a été chargé de peindre la fresque de la résidence de style gothique, la salle de réunion communautaire qui était utilisée uniquement par les conservateurs, les magistrats en chef et les gouverneurs, qui, avant de commencer leurs conseils, priaient devant l’image. « Les significations laïques et spirituelles de la peinture ont toujours été intimement liées. » Placée haut sur le mur intérieur faisant face à l’entrée, la fresque a pour objet une allusion au nom de la ville (qui signifie “Saint Sépulcre”), dérivée de la présence de deux reliques du Saint-Sépulcre portées par deux pèlerins au IXe siècle.

C’est une des œuvres majeures de Piero della Francesca réalisée entre 1463 et 1465, de 2,25 × 2,00 m, «La Résurrection» figure toujours sur le lieu même de sa création : un des murs de ce qui est aujourd’hui le musée municipal de Sansepolcro , l’un des musées de la ville toscane, patrie de Piero della Francesca. Deux de ses œuvres majeures y sont exposées.

Le thème de cette fresque est que Jésus, après sa mort sur la Croix et enseveli, y est vu sortant de son tombeau ou sarcophage, des soldats endormis sont allongés autour, ils peuvent être éveillés et surpris de l’apparition, le mont Golgotha de son supplice peut être visible avec les trois croix. Le Christ apparaît en buste ou s’élève dans les airs arborant sa bannière. La présence d’anges témoins de la scène est possible.

L’œuvre nous montre le Christ triomphant de la mort, à l’aube du troisième jour, alors qu’il sort du tombeau où son corps avait été déposé.
À ses pieds, quatre gardes endormis. L’un d’entre eux nous fait face. Selon la tradition, ce soldat serait un autoportrait de Piero della Francesca. Il est à la rencontre de la verticale de la hampe de la bannière et de l’horizontal du dessus du sarcophage. Le second, à sa gauche, est de profil. Le troisième montre un profil perdu. Tout à droite du tableau, le quatrième a le visage plongé dans ses mains. L’ensemble de la scène est cerné par deux colonnes posées sur un soubassement et qui supportent une poutre. Toute l’action est encadrée.

Le regard du spectateur est ainsi «cadré» et focalisé sur le Christ. Le Christ divise l’espace verticalement. À gauche, nous distinguons un paysage hivernal, des arbres nus, une végétation très pauvre, un ciel pâle et nuageux. À droite, les arbres sont pleins de feuilles, la végétation est vivace, lumineuse, pleine de contrastes.

Le tombeau d’où surgit le Christ marque une limite horizontale. Le Christ, se dressant de son tombeau, est prêt à partir. Il a le corps musclé, bien que marqué par la Passion. La vitalité du Christ se manifeste aussi par la couleur du sang qui sort de son flanc droit. Si le sang coule, c’est que le cœur bat, et que ce corps est vivant. Le drapé très dynamique de son vêtement manifeste aussi cette vie qui palpite.

Au-dessous de l’horizontale du tombeau, nous avons les quatre gardes endormis et saisis dans des postures qui excluent l’action : ils sont couchés, avachis, assommés. Tous ont les yeux clos ou cachés. Ils ne voient pas ce qui se passe!

L’étendard que tient le Christ participe à la fois de la séparation entre la gauche et la droite, mais il marque aussi le lien entre l’espace des gardes et celui du Christ. Posé sur le sol, cet étendard «tire» vers le Christ. Il flotte, animé par un souffle qui vient du côté des spectateurs. L’étendard est marqué de la croix dont triomphe Le Ressuscité.

Ce jeu entre horizontalité et verticalité parcourt tout le tableau: les colonnes et leurs cannelures, les arbres, la lance du soldat endormi sont autant d’éléments qui accentuent la verticalité; l’horizontalité est marquée par le soubassement et les lignes du tombeau, les nuages, les soldats affaissés. Si nous regardons les visages, ceux des gardes expriment des positions de relâchement, de sommeil, de peur. Celui du Christ, à la fois paisible mais avec un regard intense, nous «confronte». Ce regard du Christ attire le spectateur à lui.

Les personnages du premier plan sont vêtus de vert, couleur de ce qui est changeant, de ce qui ne dure pas. En le vert revêt même parfois une connotation négative et passe pour porter malheur. C’est aussi la couleur du diable et des démons. Ces personnages ont aussi des parties de vêtements bruns, le brun étant la couleur de la terre et qui rappelle aussi les feuilles mortes, l’automne, la tristesse. C’est à la fois le symbole de l’humilité et de la pauvreté. Le premier homme porte des chausses rouges, le rouge qui est la couleur de l’argile. La couleur du sang aussi, à la fois signe de vie et de vulnérabilité.

La construction est pyramidale avec, à la base, l’alignement des soldats endormis, et, au sommet, le Christ debout. Dans le cadre, formé sur les côtés par deux colonnes de faux marbre, la composition est divisée en deux zones distinctes. La partie inférieure, où l’artiste a placé les gardes endormis, qui a un point de fuite très bas. En le plaçant à un niveau inférieur, Piero peint ses personnages en raccourcis, les rendant ainsi plus imposants dans leur solidité monumentale.
Au-dessus des sentinelles endormies, Piero a placé le Christ vigilant, non plus vu depuis le point bas, mais parfaitement frontalement. Le Christ ressuscité, dépeint comme un solide paysan, n’en est pas moins un parfait représentant de l’idéal humain de Piero : solide, sobre et hiératique.

Le splendide paysage appartient également au répertoire des images sacrées populaires : Piero a symboliquement représenté la moitié sur la gauche encore plongée dans les froidures de l’hiver, et la moitié droite, dans le sens de la lecture, déjà ramené à la vie, ressuscité par le Christ, printemps de la vie. Symboliquement, le paysage nous montre le passage de l’hiver au printemps, le Christ est donc bien un passage de la mort à la vie. Piero s’appuie sur une structure mathématique rigoureuse pour donner une image parfaite de la réalité naturelle. Mais il va plus loin que le simple rendu de la réalité.

Avec des personnages solennels et impassibles, avec l’utilisation de couleurs claires, tendres et lumineuses, il parvient à rendre sensible l’origine divine de la création. A des personnages solidement ancrés dans le réel, il donne une dimension d’éternité. Piero opère une merveilleuse synthèse entre formes, couleurs et lumière qui permet, au travers d’une humanité assumée, de percevoir le divin.

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