Le cri de la paix lancé par la communauté de Sant’Egidio

11-11-2022 03:14 PM


Intitulée « Le cri de la paix. Religions et cultures en dialogue », la 36ème rencontre de dialogue interreligieux dans l’esprit d’Assise a été inaugurée le 23 octobre au centre de congrès La Nuvola à Rome, en présence du président de la République française. Emmanuel Macron, s’est rendu en visite d’Etat en Italie et a pris part, pour la première fois, au rassemblement organisé par la communauté de Sant’Egidio. Il était ainsi présent lors de l’inauguration, aux côtés du président de la République italienne Sergio Mattarella et du président du Niger Mohamed Bazoum.
Dans son discours inaugural, le président français a d’emblée estimé que « rien ne justifie », que « rien n’explique » le conflit russo-ukrainien, qu’il a présenté comme une guerre mettant aux prises « un peuple attaqué » et un agresseur qui chercherait à « humilier » un autre peuple.
Dans cette situation, « on ne peut pas rester neutre », a estimé Emmanuel Macron. « Ce serait acter un ordre international ou la loi du plus fort serait la loi générale ».

« Une paix sera possible quand l’Ukraine le décidera », a-t-il par ailleurs expliqué. « La paix se bâtira avec l’ennemi d’aujourd’hui autour d’une table ».
Il a toutefois indiqué que « la paix ne saurait être un cessez-le-feu qui entérinerait un état de fait. Ne laissons pas la paix être aujourd’hui en quelque sorte capturée par le pouvoir russe ».

Emmanuel Macron a ensuite élargi son propos à l’ensemble des sociétés européennes, qui « ne sont pas forcément en guerre mais qui vivent le retour de la violence ».
Il a décrit ces sociétés comme subissant le « retour des colères et des grandes peurs » et « doutant des vérités » qui permettent de bâtir un avenir commun. « J’arrive devant vous inquiet », a-t-il enfin lancé.
Le président de la République a indiqué voir également « les ferments de la guerre » se diffuser en Europe, notamment « le nationalisme fermé » et « les rêves de pureté ».
Il a terminé sa prise de parole en plaidant pour l’universalisme et en indiquant que, face à la montée de ses peurs et périls, les religions avaient « un devoir de résistance ».
Par ailleurs, au Colisée, le Pape a lancé un appel à la paix, un don à «accueillir et cultiver». Accompagné de responsables religieux du monde entier, le Pape François s’est rendu le mardi 25 octobre en fin d’après-midi à la cérémonie de clôture de la 36ème rencontre internationale interreligieuse organisée à Rome par la communauté de Sant’Egidio.
Cette année, la rencontre a été dominée par la guerre en Ukraine. Comme le précise le Pape François dès les premières lignes de son discours depuis le Colisée, «aujourd’hui la paix est gravement violée, blessée, foulée aux pieds: et cela en Europe, c’est-à-dire sur le continent qui, au siècle dernier, a connu les tragédies des deux guerres mondiales».
«La paix est au cœur des religions, dans leurs écritures et dans leur message.», a rappelé le Souverain pontife, «le cri de la paix est souvent étouffé non seulement par la rhétorique de la guerre, mais aussi par l’indifférence. Il est réduit au silence par la haine qui grandit en combattant.»
Ce cri de la paix, qui ne doit pas être réduit au silence, «s’élève du cœur des mères, il est inscrit sur le visage des réfugiés, des familles en fuite, des blessés ou des mourants.», a poursuivi le Pontife.
Il y a exactement 60 ans aujourd’hui, au moment de la crise des missiles de Cuba, Jean XXIII appelait les responsables du monde entier à éviter l’utilisation de la bombe nucléaire. Ce mardi, le Pape François réitère cet appel, «Aujourd’hui, en effet, ce que nous craignions et ne voulions jamais entendre se produire: l’utilisation d’armes atomiques, qui ont continué à être produites et testées de manière coupable après Hiroshima et Nagasaki, est maintenant ouvertement une menace.» Les paroles de Jean XXIII sont «d’une actualité frappante», a estimé SS François.
Ainsi, le don de la paix «doit être accueilli et cultivé par nous, hommes et femmes, et surtout par nous, les croyants. Ne nous laissons pas contaminer par la logique perverse de la guerre, ne tombons pas dans le piège de la haine de l’ennemi.», a continué l’évêque de Rome, après avoir entendu les témoignages d’une réfugiée Argentine et d’une réfugiée du Niger, passée par l’enfer des prisons libyennes.
«Remettons la paix au cœur de notre vision de l’avenir, comme objectif central de notre action personnelle, sociale et politique, à tous les niveaux. Désamorçons les conflits avec l’arme du dialogue.», a ainsi exhorté l’évêque de Rome.
SS François a tenu à terminer son discours sur une note positive, saluant les progrès de la fraternité entre les religions. En effet, il y a un an, lors de cette même occasion, les religions du monde entier avaient lancé un appel qui résonne aujourd’hui de nouveau entre les murs du Colisée: «les religions ne peuvent être utilisées pour la guerre. Seule la paix est sainte et que personne n’utilise le nom de Dieu pour bénir la terreur et la violence. Si vous voyez des guerres autour de vous, ne vous résignez pas! Les gens veulent la paix».
«Ne nous résignons pas à la guerre, cultivons les graines de la réconciliation; et aujourd’hui élevons vers le Ciel le cri de la paix, une fois de plus avec les mots de Saint Jean XXIII: “Que tous les peuples de la terre soient unis et que la paix la plus désirée fleurisse en eux et règne toujours”», a poursuivi le Pape François.
Pour conclure cette cérémonie, Elissar, une jeune syrienne réfugiée à Rome, actuellement étudiante, a ensuite lu l’appel pour la paix rédigé à l’issue de la rencontre interreligieuse de Sant’Egidio. Un appel signé ensuite par le Pape François et les délégués des autres religions présents au Colisée.
À noter que le président français avait été reçu lundi 24 octobre pour la troisième fois par le Saint-Père au Vatican, sur fond de guerre en Ukraine.
« Je prie pour vous tous les jours », a assuré d’une voix douce Brigitte Macron, tout de noir vêtue, au Souverain Pontife. Elle venait de rejoindre son mari à l’issue des 55 minutes d’audience en tête-à-tête accordées par le Saint-Père au président français pour cette rencontre entre les deux hommes, qui s’apprécient et se tutoient. « Je t’offre toujours des livres », a souri Emmanuel Macron en remettant à son hôte une édition datant de 1796 du « Traité pour la paix perpétuelle » du philosophe Emmanuel Kant. Le Pape a de sa part offert au président français une médaille en bronze représentant la place Saint-Pierre.
La paix, et les moyens d’y parvenir, c’est bien ce qui a occupé l’essentiel de cette conversation « de chef d’État à chef d’État », selon l’Élysée, qui a rappelé que le Pape « est acteur de la scène internationale » et que l’Église, « qui parle à d’autres Églises », peut à ce titre jouer un rôle de « levier de dialogue ». De fait, les catholiques, et notamment la communauté Sant’Egidio devant laquelle Macron avait tenu un discours dimanche 23 octobre, s’efforcent de renouer le dialogue entre les chrétiens orthodoxes de Russie et d’Ukraine.
Contrairement à nombre de dirigeants européens et à l’Américain Biden, le Pape François et le président Macron partagent la conviction qu’il faut maintenir le dialogue avec la Russie pour faire revenir un jour Poutine « à la table des discussions ».

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