En avent vers Noël

04-12-2024 08:09 AM


Samaan et le miracle de la montagne du Mokattam

Le jeûne de Noël dans la tradition copte orthodoxe dure 43 jours, du 16 Hathour (25 novembre) au 7 janvier (29 Kiahk) . Ces 43 jours comprennent les 40 jours que Moïse jeûna dans le désert avant de recevoir la parole de Dieu et les 3 autres jours correspondent aux 3 jours de jeûne à l’époque du Pape Abraham Ibn Zaraa le Syrien en raison du miracle du déplacement de la montagne du Mokattam au Caire par l’intermédiaire de Saint Samaan le cordonnier. En ce temps de l‘Avent, nous nous retrouverons chaque dimanche jusqu’à la célébration de la naissance de Jésus à Bethléem. En ce premier dimanche, nous relatons le récit du miracle du déplacement de la montagne du Mokattam:

Sous le règne d’Al-Muizz, qui fut le premier souverain fatimide d’Égypte, le gouvernement était ambivalent dans son traitement des coptes (les chrétiens d’Égypte, dont l’Église a été fondée à Alexandrie par l’apôtre saint Marc), alternant à leur égard sympathie et tolérance, ou atrocités et brutalités.

À cette époque, le siège de saint Marc à Alexandrie était vacant depuis environ deux ans. Finalement, les évêques et les responsables de la communauté copte se réunirent dans l’église Saint-Serge afin de choisir d’éventuels candidats. Pendant qu’ils se réunissaient, Abraham le Syrien, un homme dévoué à la religion et à la piété, entra dans l’église et ils décidèrent à l’unanimité de l’élire. Ils l’emmenèrent à Alexandrie où il fut consacré 62e patriarche. Abraham était syrien de naissance. C’était un riche marchand qui visita l’Égypte plusieurs fois et y resta finalement. Il était connu pour sa bonté, sa dévotion et son amour des pauvres.

Après son ordination, il distribua la moitié de sa richesse aux nécessiteux et utilisa l’autre moitié pour construire des églises dans toute l’Égypte. Quant à Al-Muizz, il était connu pour sa tolérance et son intérêt pour les débats sur les questions religieuses. Il avait un ministre juif appelé Jacob Ibn Killis qui l’informa qu’il est écrit dans le Nouveau Testament des chrétiens que « si vous avez la foi comme une graine de moutarde, vous diriez à la montagne de se déplacer et elle se déplacerait. » (Matthieu 17, 20 et Marc 11 :23). Il montra ce verset au calife et le persuada de défier le pape d’ordonner à la colline du Mokkattam, à l’est du Caire, de se soulever, s’il avait la foi au moins aussi grande qu’une graine de moutarde.

Après avoir entendu Ibn Killis, le calife demanda au patriarche copte Abraham : « Que dites-vous de cette parole ? Est-elle dans votre Évangile, oui ou non ? » Le patriarche répondit : « Oui, elle est bien dans l’Évangile. » Le calife exigea alors que ce miracle soit effectué par Abraham, sinon lui et tous les coptes seraient tués par l’épée.

La situation était critique, la vie de tous les fidèles était en jeu. Le patriarche demanda trois jours pour réaliser le miracle. Abraham rassembla moines, prêtres et anciens. Il leur dit de rester dans l’église durant trois jours pour faire pénitence et prier. Le matin du troisième jour, Abraham était en prière quand il vit Marie, mère de Jésus qui lui dit d’aller au grand marché : « Tu trouveras un homme borgne portant sur l’épaule un vase rempli d’eau ; appelle-le, car c’est par lui que le miracle se réalisera. »

Abraham écouta Marie et se rendit au marché ; il y rencontra l’homme dont la Sainte Vierge lui avait parlé. C’était Samaan le tanneur (qui travaillait le cuir). Celui-ci s’était arraché un œil à cause d’un passage de la Bible : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le. Il est préférable pour toi de perdre une partie de ton corps que ton corps entier d’être jeté dans la géhenne. » (Matthieu 5,29-30.) En effet, un jour, une femme était entrée dans son atelier et, l’ayant vue, il avait été traversé par une pensée de luxure. Il avait alors préféré appliquer à la lettre le texte de l’évangile.

Le patriarche demanda à Samaan ce qu’il faisait à cette heure matinale. À quoi il répondit qu’il portait de l’eau aux malades et aux vieillards qui ne pouvaient pas aller chercher de l’eau pour eux-mêmes. Il a dit que c’était sa pratique tous les matins — porter sur son dos un sac d’eau pour les nécessiteux — avant d’aller travailler dans une tannerie de cuir. Lorsque le patriarche expliqua le but de sa visite, Samaan fut d’abord réticent, mais lorsqu’il fut informé de la vision qu’Abraham eut de la Vierge Marie, il se mit à sa disposition.

Les deux prirent la tête d’un grand cortège de fidèles et marchèrent vers la montagne du Mokattam. À côté d’eux se trouvaient le calife et son ministre qui avaient déjà soulevé beaucoup de gens contre les coptes. Abraham célébra la messe et, sur la recommandation de Samaan le Tanneur, la multitude chanta après lui Kyrie Eleison, implorant la miséricorde de Dieu. Ils s’agenouillèrent trois fois pendant que le patriarche faisait le signe de la croix avec un geste large, s’étendant d’un bout à l’autre de la montagne.

La montagne trembla violemment comme si un fort séisme avait frappé la terre. Puis elle commença à s’élever. Chaque fois que les fidèles, qui étaient à genoux, se levaient, la montagne s’élevait. Quand ils s’agenouillaient, la montagne retombait avec un grand fracas. Cela se produisit trois fois, et chaque fois que la montagne s’élevait, les rayons du soleil, qui étaient derrière elle, balayaient l’espace séparant la terre de la montagne et devenaient clairement visibles pour la foule assemblée.

À ce spectacle impressionnant, le calife Al-Muizz proclama : « Dieu est grand ! » Se tournant vers le pape Abraham, le calife lui dit : « Ô Patriarche, j’ai reconnu le bien-fondé de votre foi, cela suffit pour prouver que votre foi est vraie. » Naturellement, cet événement miraculeux provoqua un tumulte parmi la foule. Lorsque l’ordre fut rétabli, Abraham chercha Samaan, qui s’était tenu caché derrière le patriarche pendant toute la prière, mais il était introuvable.

Après le déplacement de la montagne, le Calife, qui tremblait encore de peur, embrassa chaleureusement le patriarche copte, et cela marqua le début d’une longue amitié entre les deux. Le calife demanda au patriarche de déterminer quelle serait sa récompense. Après quelques hésitations, le pape demanda l’autorisation de reconstruire ou de rénover certaines églises.

Le pape copte décréta que la période de grâce de trois jours qu’il avait demandée au calife, et que lui, les évêques et les prêtres avaient passée en prière et en jeûne pour obtenir le miracle, devienne une période de jeûne à observer par tous les coptes chaque année.

(Visited 31 times, 1 visits today)

commentaires

commentaires