Les onze « Martyrs de Damas » sont désormais saints. Les noms de huit franciscains de la Custodie de Terre Sainte et de trois laïcs maronites, les frères Massabki, sont maintenant inscrits sur la liste des saints. Leur fête est confirmée au 10 juillet, en mémoire du jour de leur martyre en 1860. Leurs reliques sont exposées à la vénération des fidèles dans la chapelle Saint-Paul de Damas.
La cérémonie de canonisation a eu lieu le dimanche 20 octobre 2024, sous la présidence du Pape François à la basilique Saint-Pierre à Rome, en présence du patriarche Raï et d’une vingtaine d’évêques.Au cours de la messe de canonisation, le Pape François a qualifié les saints de «serviteurs fidèles» qui ont vécu le style de Jésus. «Ils n’ont pas nourri en eux des désirs mondains et des envies de pouvoir mais, au contraire, ils se sont faits servants de leurs frères et sœurs, créatifs dans le bien, fermes dans les difficultés, généreux jusqu’au bout», a déclaré le Saint-Père.
Leur martyre faisait partie de la persécution contre les chrétiens par les druzes chiites qui s’étaient répandus du Liban en Syrie et avaient fait des milliers de victimes.
Dans la nuit du 9 juillet 1860, une foule dirigée par les druzes est entrée dans le couvent franciscain, situé dans le quartier chrétien de Bab-Touma (Saint-Paul) dans la vieille ville de Damas, et a assassiné huit frères : Manuel Ruiz, Carmelo Bolta, Nicanor Ascanio, Nicolás Alberca y Torres, Peter Soler, Engelbert Kolland, Francisco Pinazo Peñalver et Juan Fernández. Tous les frères étaient d’Espagne, à l’exception de Peter Soler qui était d’Autriche, et à 33 ans, le plus jeune des martyrs.
Trois chrétiens du rite maronite, des laïcs qui étaient frères biologiques – Francis, Abdel Moiti et Raphaël Massabki, ont également été tués pour le Christ cette nuit-là dans le couvent. Les frères Massabki étaient issus d’une famille aisée et très chrétienne, de tradition maronite. Fidèles du couvent franciscain, ils s’y rendaient chaque jour pour la messe, suivaient les exercices spirituels du couvent et étaient déjà, avant leur martyre, de véritables exemples de vie chrétienne selon les témoignages du procès de béatification, tant dans leur vie de prière, de pénitence que leur service des pauvres. François Massabki, époux et père de famille, était un commerçant fortuné et influent. Abdel Moiti, époux et père de famille également, était un professeur dans une école chrétienne. Raphaël était un petit commerçant, qui demeura célibataire. La chapelle dédiée à ces trois martyrs se trouve dans l’église maronite de la vieille ville de Damas.
Il ne fait aucun doute qu’il s’agissait d’un martyre car, ils ont refusé de renoncer à leur foi, les onze ont été brutalement tués, certains décapités avec des sabres et des haches, d’autres poignardés ou frappés à mort.
L’annonce de la canonisation des onze martyrs a été faite par le Vatican le 23 mai2024. Cela survient près de cent ans après leur béatification proclamée par Pie XI en 1926. La cause de leur canonisation a été ravivée ces dernières années en raison de leur réputation croissante de sainteté et du nombre de miracles attribués à leur intercession.
La nouvelle de la canonisation était attendue avec impatience à Damas, et lorsqu’elle a été annoncée en mai de cette année, elle a été accueillie avec émotion et espoir pour tous ceux qui ont aspiré à entendre cette nouvelle au couvent franciscain de Bab-Touma. C’est l’endroit réel où le martyre a eu lieu et où les reliques des Bienheureux Franciscains sont conservées.
Cette nouvelle est arrivée à un moment où tout le Moyen-Orient, y compris la Syrie, traverse des moments de drame et de conflit, de guerre et de crise. Ceci ravive l’espoir que la canonisation des martyrs de Damas est aussi un message de dialogue, de paix et d’unité dans le contexte du Moyen-Orient. Ainsi, la canonisation des martyrs de Damas donnera un nouveau coup de pouce à la vie de la petite communauté chrétienne qui a tant souffert des années de guerre civile en Syrie.
L’un des frères tués était Manuel Ruiz López (56 ans), gardien du couvent. Il avait mis les voiles avec ses compagnons franciscains pour la Terre Sainte en 1831 et avait été affecté à la ville de Damas. Il avait un désir et une capacité particuliers à apprendre les langues orientales et n’avait donc aucune difficulté à mener à bien un apostolat zélé, se distinguant par sa charité et sa prudence. Les Arabes l’appelaient familièrement « Père Patience » et cela reflète comment il a pu être très proche du peuple. Il s’est donné chaque jour et entièrement à la mission qui lui avait été confiée.
Alors que la haine pour les chrétiens commençait à augmenter, le père Manuel, dans une lettre écrite le 2 juillet 1860, a déclaré : « Notre foi est menacée par les Druzes et par la Pacha de Damas, qui leur donne les moyens de prendre la vie de tous les chrétiens, sans aucune distinction, qu’ils soient européens ou orientaux. Que la volonté du Seigneur soit faite.» Cette phrase résume son acceptation de son possible martyre. Il montre clairement qu’il comprenait parfaitement le danger, ainsi que sa volonté de donner sa vie pour le Christ.
Quelques jours plus tard, le 9 juillet, la horde anti-chrétienne a envahi le quartier chrétien densément peuplé de Damas et a commencé à piller et à tuer. Plus de 4000 chrétiens ont été tués avant que la violence ne prenne fin.
Lorsque la foule était sur le point d’entrer dans le couvent, le père Manuel a rassemblé les frères, les enfants de l’école franciscaine et certains laïcs de l’église, y compris les trois frères maronites, les Massabkis. Il les a tous exhortés à persévérer jusqu’à la fin et les a invités à recevoir le Corps du Christ.
Au moment de l’effraction, le père Manuel a immédiatement couru vers le tabernacle pour enlever l’Eucharistie et le consommer, afin de ne pas l’exposer au sacrilège. Il a donc été tué au pied de l’autel. Il y a un lien très important entre le Seigneur de l’Eucharistie qui se donne et le Père Manuel qui se donne à l’autel : tout comme le Christ se donne à nous dans Pain de Vie, de même le martyr donne sa vie au nom du Christ.
Cette canonisation sera donc un encouragement pour tous les chrétiens de Syrie, du Liban et du Moyen-Orient à garder la foi vivante et la capacité d’en témoigner. Et puisque les saints sont aussi des intercesseurs, ces nouveaux saints intercéderont pour tout le Moyen-Orient, pour le don de la paix.
Le Moyen-Orient tout entier vit l’un des drames les plus difficiles de ces dernières décennies. La canonisation des martyrs de Damas rappelle que de tels drames ne sont malheureusement pas nouveaux. Mais les martyrs montrent aussi la voie à suivre : rester dans ces situations non pas par la violence, mais en sachant donner sa vie.
