Pierre de Coubertin intronisé au Musée Grévin
Souvent considéré comme le « père de l’olympisme », le baron Pierre de Coubertin a fait son entrée au musée Grévin, à quelques semaines de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024. Une statue de cire au Musée Grévin de Paris en l’honneur de celui qui a fait renaître les Jeux olympiques. Alors que Paris s’apprêtait à vivre les Jeux Olympiques, comment ne pas célébrer le baron Pierre de Coubertin (1863-1937), grâce à qui ces compétitions sportives internationales apparues en Grèce Antique, ont repris vie en 1896 sur leur terre d’origine.
Il s’agit d’une statue inspirée d’une photo datant de 1894. Un double réalisé à partir d’une photo unique. Sculpté par l’Allemand Claus Velte, le natif du 7e arrondissement y est immortalisé à l’âge de 31 ans, âge qu’il avait le 23 juin 1894 lorsqu’il fonda le « Comité international olympique » (CIO), au cours d’une cérémonie à l’université de la Sorbonne.
Pour ce faire, l’artiste a eu besoin de près de six mois de travail et s’est appuyé sur une unique photo. Le tout, sous le regard attentif de membres de l’Association familiale Pierre de Coubertin. L’œuvre a rejoint la célèbre collection de personnalités en cire le 18 juin 2024. Plus de 600 lieux en France et 40 lieux dans le monde portent aujourd’hui le nom de Pierre de Coubertin.
Qui était Pierre de Coubertin, considéré comme le père des Jeux olympiques modernes ? Père de l’olympisme dans sa forme moderne et fondateur du CIO, il divise encore aujourd’hui par ses prises de parole parfois polémiques. Pierre de Coubertin est une figure à qui l’on doit beaucoup, mais qui a aussi ses polémiques. C’est à lui que l’on doit en grande partie les Jeux olympiques tels qu’on les connaît aujourd’hui. Et pour cause, Pierre de Coubertin, pédagogue et historien de profession, a longtemps milité pour l’introduction du sport dans les établissements scolaires. Cette année encore, année olympique, qui plus est en France, son ombre plane sur les JO de Paris 2024.
Mais rien ne le prédestinait à épouser une carrière dans le sport, au contraire. Après des études en sciences politiques, il quitte la France pour le Royaume-Uni à partir de 1883. Il y fera plusieurs séjours. C’est Outre-Manche qu’il découvrira les sports anglo-saxons en vogue à cette période. Ainsi, il pratique l’aviron, la boxe, l’équitation ou encore l’escrime et le rugby, discipline pour laquelle il se passionne. Il juge le système scolaire anglo-saxon adéquat pour la France .De retour de ses séjours britanniques et après avoir largement étudié le système de formation au Royaume-Uni, et notamment les établissements scolaires, il essaye de le mettre en place dans l’Hexagone, convaincu de ses vertus.
Mais au-delà du système scolaire et social, Pierre de Coubertin a des convictions. Notamment celle de rendre le sport plus populaire en l’internationalisant. C’est dans cet esprit qu’il restaure les Jeux olympiques avec bien plus de réussite que ses prédécesseurs, qui s’y étaient tous cassé les dents. Ainsi, il fonde puis devient président du Comité International Olympique (CIO) de 1894 à 1896. Son souhait était d’organiser les Jeux olympiques de 1900 à Paris à l’occasion de l’exposition universelle, mais elle aura finalement lieu à Athènes. Et les premiers Jeux olympiques modernes étaient nés, sous l’impulsion de Pierre de Coubertin.
Il est également à l’origine de rites olympiques qui perdurent encore aujourd’hui. Le drapeau olympique, le serment olympique ou encore la devise « Plus vite, plus haut, plus fort » , c’est à lui qu’on les doit. L’esprit Coubertin demeure encore aujourd’hui .Aussi, il a participé à rendre ultra-célèbre la phrase, « l’important, c’est de participer », à l’occasion d’un discours en 1908. Si cette phrase est issue d’une maxime de l’évêque anglican de Pennsylvanie : « L’important dans ces olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part », c’est là encore le baron de Coubertin qui a fait sa renommée, à tel point que l’on l’utilise encore aujourd’hui sans forcément en connaître l’histoire.
Homme attiré par le pouvoir, il assouvit son désir le plus cher, après plus de vingt ans d’attente, en réussissant à organiser les Jeux olympiques à Paris en 1924. Si l’on retient encore aujourd’hui tout ce qu’il a fait de bien et l’héritage qu’il a laissé sur l’univers olympique, il faut aussi rappeler qu’il ne s’est pas fait que des amis. Lors d’une soirée anniversaire de la renaissance des Jeux olympiques organisée à la Sorbonne, le 23 juin, Thomas Bach, actuel président du CIO disait : « La France peut être fière de Pierre de Coubertin et de son héritage : chaque être humain a le droit d’être jugé seulement et simplement sur les circonstances de son époque », faisant probablement référence à ses opinions controversées.
Ses relations avec le cercle sportif français se tendent dès les années 1900. C’est alors que ses prises de position et décisions commencent à diviser. Le natif de Paris lance des « journées anthropologiques », réservées « aux représentants des tribus sauvages et non civilisées », ce qui fait éclater les premiers scandales, comme rappelle le Comité Pierre de Coubertin. Le baron de Coubertin, un homme noble qui n’a jamais fait l’unanimité. À tel point que ce n’est presque plus son image de rénovateur des Jeux olympiques qui reste dans l’esprit des gens. Cent cinquante ans après sa naissance, l’image de Pierre de Coubertin s’est écornée à la découverte d’écrits, de mots et de visions aux connotations sexistes, racistes, colonialistes.
« Les races sont de valeur différente, et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance », justifie celui qui est issu de la noblesse. Toujours opposé à la participation des femmes aux Jeux olympiques, il écrit également qu’ils « doivent être réservés aux hommes » et qu’une « olympiade femelle serait inintéressante, inesthétique ». Des valeurs forcément conspuées aujourd’hui, mais qu’il faut mettre en relief vis-à-vis des mœurs de l’époque. Son soutien au régime nazi lui sera aussi reproché à l’occasion des Jeux olympiques de Berlin en 1936.
Au-delà des polémiques, l’engagement de Coubertin envers les Jeux olympiques reste indéniable. Son dernier souhait était que son cœur soit enterré à Olympie, site des jeux antiques, où il repose aujourd’hui. Ce geste symbolique témoigne de la dévotion d’un homme (qui aura mis en jeu jusqu’à sa propre fortune) pour l’avancée du sport et des pensées humanistes de son époque.
La figure de Coubertin continue d’influencer le mouvement olympique moderne. Les valeurs qu’il a promues, telles que le respect de l’adversaire et l’universalité, sont toujours au cœur de l’esprit olympique. Son inclusion au musée Grévin rappelle que l’histoire est souvent plus nuancée qu’une simple vision manichéenne : l’homme mérite sans nul doute les hommages qui lui sont rendus, sans pour autant “oublier” le revers de la médaille.
C’est d’ailleurs à l’international qu’il est le plus reconnu par son implication dans le monde sportif et politique. Tout en sachant qu’il s’est fait des ennemis partout où il est passé au cours de sa vie, pour un but, marquer l’histoire. À l’heure où l’on nous promet des Jeux Olympiques « historiques » en 2024, il est peut-être temps d’avouer que c’est réussi.
