Claudine raconte le dernier voyage de Champollion

13-10-2022 04:24 PM

Claudine raconte le dernier voyage de Champollion


Le mercredi 14 septembre 2022 marquait le 200e anniversaire du déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion. Claudine le Tourneur d’Ison raconte son dernier voyage. Un anniversaire que n’a pas laissé passer la grande reporter et écrivaine vivant à l’ancienne abbaye de Bellebranche à Saint-Brice (Mayenne). «Champollion, le dernier voyage», est sorti le 18 août dernier.
A noter que pour Claudine Le Tourneur d’Ison, l’Egypte est une fascination qui a commencé à l’école. Au collège, alors qu’elle étudiait les civilisations grecques et égyptiennes, elle se focalisait sur la civilisation égyptienne qui lui paraissait être un univers étrange et mystérieux. Durant toute son adolescence elle rêvait de faire des études d’égyptologie. Une fois son bac en poche, elle est partie à Paris pour s’inscrire à l’Ecole du Louvre d’une part et rejoindre le département de Lettres de la Sorbonne.

Journaliste spécialisée en égyptologie, réalisatrice de multiples reportages et documentaires, Claudine le Tourneur d’Ison est l’auteure de plusieurs biographies d’égyptologues, dont Jean-Philippe Lauer en 2000 « Je suis né en Égypte il y a 4700 ans » ou encore, la même année, «Mariette-Pacha», qui obtient le Prix d’Histoire de l’Académie française. Elle a réalisé des documentaires pour la télévision. Ses voyages répétés depuis des années en Égypte, ses innombrables lectures sur la civilisation égyptienne et la littérature contemporaine lui ont forgé son regard singulier où passé et présent sont intimement liés.
Claudine Le Tourneur d’Ison a sorti deux ouvrages retraçant la vie de grands égyptologues en moins d’un an. Le premier a été édité en mai dernier. L’écrivaine y retrace la vie de Christiane Desroches Noblecourt. Le second, sur Champollion, édité le 18 août dernier.
Dans ce dernier, l’écrivaine se plonge dans la vie de Champollion. Pas question d’écrire ce qui l’a déjà été. Claudine Le Tourneur d’Ison se concentre sur un épisode particulier.
Champollion ne s’est rendu en Egypte que six ans après sa découverte. Il parvient à monter une mission franco-toscane en 1828. En se basant sur ses lettres, ses journaux et ceux de ses compagnons, Rosellini, L’Hôte, Lenormant, l’écrivaine raconte par le menu son voyage, un périple de deux ans au fil du Nil et de ses méandres durant lequel « il met son rêve au défi ».
De la déception « de la tragique détérioration des monuments antiques » à l’arrivée à Abou Simbel où « il se sent pris par l’atmosphère d’éternité », des aléas du voyage, à ses lourds problèmes de santé, le voyage est à la fois une épreuve et le rêve d’une vie pour Champollion.
Elle dit que son face-à-face avec les pierres et leur caractère sacré est l’épreuve la plus radicale, sur laquelle il a fondé toute sa vie, celle qui lui apporte le bonheur le plus incommensurable tout en le laissant à jamais détruit.

L’auteure raconte qu’au IVe siècle, en Égypte, fut signé l’arrêt de mort de la mère des civilisations. Ses 4000 ans d’histoire sont anéantis sous le fléau de l’intolérance. L’élimination de cette culture fondamentale entraîne la disparition de sa langue qui se perd et s’éteint avec les derniers prêtres de l’Antiquité pharaonique. Plus personne au monde n’est capable de la déchiffrer ni même d’en comprendre le principe.

Lorsqu’il pose le pied à Alexandrie, le 18 août 1828, l’Égypte ignore qu’elle ne sera jamais plus la même. L’homme de trente-sept ans qui débarque de France, possède le pouvoir de faire parler les murs restés muets depuis tant de siècles. Il est le premier et s’est préparé toute sa vie à cette révélation.

Pour parvenir à pousser la porte des temples, à franchir le seuil des tombeaux et en ressortir muni des paroles arrachées à l’origine d’un monde disparu, Jean-François Champollion a su utiliser sa mémoire sémantique en étudiant puis en s’appropriant un réseau de langues avec lesquelles il n’a cessé de jouer, les triturant, les comparant, les mélangeant, les amalgamant, les inversant, les dédoublant, les intervertissant. Cette vie d’étude l’a conduit à développer des capacités d’analyse multifactorielle hors du commun lui permettant d’avancer vers son objectif. Dans ce sens, il s’inscrit dans la lignée de génies comme Pythagore, Archimède, Kepler, Galilée ou Newton qui ne se contentèrent pas de regarder le monde mais s’acharnèrent à le comprendre.

Grâce à son éblouissante intelligence logique, Champollion va atteindre la vraie nature de la langue égyptienne, en dépassant les théories et les méthodologies liées à la pensée dominante de son époque. La puissance analytique avec laquelle il a porté son travail dans les détails, la patience dans la réunion de la documentation la plus vaste et la plus magistralement ordonnée de son temps, a créé une véritable base de données qui préfigure le développement des bases de données au XXe siècle. Sa phénoménale capacité de réflexion associée à l’ensemble de ces informations, vont lui permettre d’aboutir à ce moment décisif, la clé qui ouvre tout et va extraire l’Égypte pharaonique d’un mutisme de deux mille ans. Sous son regard, les bas-reliefs vont commencer à parler, la mémoire à traverser le temps.

En inaugurant cette lignée des grands chercheurs des sciences du langage, il a rendu l’écriture hiéroglyphique compréhensible et, avec elle, toute l’histoire des rois, des dieux, du peuple. Il fait remonter de la nuit des tombeaux, la voix de l’Être divin, le chant de l’Œil du Monde, la musique de la Lumière Céleste, le murmure du Flux Primordial. À travers la valse multicolore des divinités et leur ronde mystique autour du Soleil, se révèlent à lui tous les mystères de la création, l’invisible lui apparaît avec une telle violence qu’il en tombe, terrassé. Quelle foudroyante victoire que celle de ce décryptage, faisant de Champollion le précurseur d’Alan Turing, ce génial mathématicien qui, en 1940, déchiffre Enigma, le code secret allemand. Ces deux esprits prodiges ont, chacun à leur manière, poser les bases de l’univers informatique.

Poème épique, le voyage en Égypte de Champollion, c’est la traversée du Voyant sur son bateau ivre, et la nuée qui se déchire devant ses yeux met son rêve au défi. Cette vie d’étude l’a conduit à développer des capacités d’analyse multifactorielle hors du commun lui permettant d’avancer vers son objectif.
Jean-François Champollion meurt deux ans après son retour, à l’âge de 46 ans.
Un « Dernier voyage » pour découvrir l’Egypte, son soleil brûlant, son Nil tortueux et ses édifices fabuleux, dans les pas de celui qui a su faire parler ses monuments.
Une fresque colorée qui nous entraîne, d’un pas allègre, sur les traces de l’immense savant français sans lequel l’Égypte, comme le Sphinx, nous serait restée muette.

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