“La tentation du Christ au désert”, Mosaïque vénitienne

06-03-2023 01:26 PM


La tentation du Christ au désert est un thème évoqué dans l’art chrétien. Ce deuxième dimanche du carême, on évoque comment Jésus fut tenté par le diable trois fois quand il était dans le désert. Nous lisons dans l’évangile de Matthieu 4: 1-11: “Jésus a été tenté par le diable trois fois, où le diable attaquait à la fois son âme et son corps”. On nous apprend à toujours nous rappeler comment sournois et rusé le diable peut être, et aussi qu’il est le père du mensonge.

Beaucoup de choses montrent que les promesses du diable sont des mensonges, principalement du fait qu’il n’a pas le pouvoir, et que c’est notre Seigneur qui a tout pouvoir.
Nous devons toujours nous rappeler que le diable nous attaque sur notre corps et âme, comme il l’a fait avec Jésus. On nous apprend à ignorer le diable, car il est toujours en train de nous éloigner de Dieu.

A cet égard, Matthieu fait de cette tentation un épisode dramatique divisé en trois actes, avec trois scènes différentes : le désert, le Temple de Jérusalem et le sommet d’une montagne.

Représentent-elles trois moments et lieux différents dans lesquels Jésus a fortement perçu la tentation démoniaque ? Ou bien trois sphères différentes dans lesquelles Jésus pouvait apporter une aide concrète et immédiate à ses compatriotes : un messianisme social symbolisé par la pierre changée en pain, un messianisme politique symbolisé par le pouvoir sur les royaumes de la terre, un messianisme thaumaturgique symbolisé par le pinacle du Temple. Mais sa mission s’arrête à l’intérieur de l’histoire juive… Il est le Verbe incarné…. devenu pour donner le salut à tous les hommes !

L’œuvre d’art qui symbolise bien cette triade se trouve dans la mosaïque qui orne la cathédrale Saint-Marc de Venise. Le mosaïste a représenté, comme les images d’un film, les tentations de Jésus, afin que le spectateur puisse s’attarder sur l’ensemble du récit évangélique pour en saisir le message unique.

En contemplant la Mosaïque de la tentation de la basilique Saint-Marc de Venise, on peut voir sur le plâtre humide qui recouvre la maçonnerie une esquisse en couleurs de la scène prévue. Puis les tesselles sont découpées une à une et pressées aux deux tiers de leur hauteur dans le mortier. Les tesselles d’or et d’argent sont constituées de verre transparent enserrant des feuilles des métaux précieux. Elles sont posées selon un angle différent, afin de varier les jeux de lumière.

Le mosaïste a choisi l’évangile selon saint Matthieu. Après son baptême, Jésus entre au désert où il est tenté trois fois par Satan. Ici, quatre petits diables, donc quatre scènes successives, où les personnages, à quelques détails près, sont représentés de façon identique.

En lisant la mosaïque de gauche à droite de façon linéaire, nous assistons d’abord à la première tentation : le Christ, auréolé, est assis de profil sur un rocher. En face de lui, le tentateur. Il a l’apparence d’un homme à la peau sombre, mais il porte des cornes sur sa tête et des ailes. Les ailes dénoncent sa nature non terrestre. Les Écritures disent de lui qu’il est un être spirituel, une créature de Dieu, un ange déchu. Les cornes sont un attribut diabolique. Le tentateur présente à Jésus des pierres : “Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains” (Mat. 4,3). Mais Jésus, qui tient dans sa main gauche un rouleau «la Parole de Dieu», fait le geste de repousser Satan et lui dit : ” Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu” (Mat. 4,4).

Dans la deuxième scène, Jésus est debout, les pieds sur la coupole du Temple entouré d’une muraille. C’est la Ville Sainte, Jérusalem. “Alors le diable l’emmène dans la Ville Sainte, le place sur le faîte du temple et lui dit : “Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas” (Mat.4,5-6). Mais Jésus le repousse à nouveau. D’ailleurs le mosaïste l’a représenté deux fois plus grand que le tentateur. Sa puissance est visible. “Tu ne mettras pas à l’épreuve le seigneur ton Dieu” (Mat. 4,7).

Dans la troisième scène, troisième tentation, le Christ est encore debout, les pieds posés sur la montagne et les royaumes que lui offre le diable. “Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m’adores” (Mat. 4, 9). Jésus repousse encore le diable, comme chaque fois, en citant un passage du Deutéronome.

Dans la quatrième scène, “Alors le diable le laisse, et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient” (Mat. 4,11). Derrière le diable, se tiennent trois anges, prêts à servir Jésus, et, à leurs pieds — et c’est la dernière scène — le diable s’enfuyant, nu.

La mosaïque vénitienne exprime ce concept par la couleur des vêtements portés par Jésus : la tunique dorée souligne sa nature divine, le manteau bleu son dévouement total à la mission divine : en tant qu’homme, pour sauver l’homme ! Lui, vrai dieu et vrai homme, est celui qui a vaincu, avec force et sérénité, le diable en restant fidèle à la volonté de son Père céleste, et voici que des anges s’approchent de lui et le servent. En respectant le verset évangélique, la scène de la mosaïque se termine par l’arrivée des anges mais anticipe plutôt la chute finale de Satan.

Héritage de l’iconographie byzantine, cette mosaïque de Saint-Marc en reprend les codes. Les silhouettes stylisées du Diable suffisent à résumer de manière sobre et concise la présence mystérieuse du Mal. En contrepartie, les anges qui sont restés fidèles à Dieu bénéficient d’un traitement plus sophistiqué. Leur taille est celle de Jésus. On en distingue trois. Leur visage et leurs membres ont la peau claire. Le premier et le second, en retrait, sont représentés dans leurs vêtements traditionnels et les ailes déployées montrent des coloris variés.

Nous sommes amenés à méditer sur cet épisode du Christ au désert et à réfléchir à la signification de cette période de Carême.
Le but de Satan est de détourner le croyant de Dieu ou de la voie de l’obéissance à Dieu. À cette fin, il cherche constamment à insinuer en nous le doute et à nous entraîner à la rébellion. Il cherche toujours à pousser à la défaite celui qu’ il attaque et, pour mieux y parvenir, “il se déguise même en ange de lumière” (2 Cor. 11,14).

Dieu permet la tentation car elle constitue une épreuve de la foi destinée à fortifier le croyant. Mais, en même temps, il donne à l’homme la possibilité d’en triompher. La requête du Notre Père, “Ne nous laisse pas entrer en tentation”, signifie littéralement “Préserve-nous d’entrer dans les vues du tentateur”. La tentation place l’homme devant un choix qui appelle une décision. La tentation n’est pas le péché ; c’est le fait de choisir la proposition de Satan qui donne naissance au péché.

Le Christ comprend nos faiblesses, ayant lui-même subi la tentation, mais sans jamais y céder, et il peut secourir ceux qui sont tentés. Il fait remporter des victoires à ceux qui sont en communion avec lui, comme il a triomphé lui-même de Satan. Dieu a créé l’homme libre et doué de volonté ; la tentation donne l’occasion d’exprimer un choix dont l’homme est responsable. La Parole de Dieu est une arme à la disposition du croyant comme elle l’a été pour Jésus (Mat. 4,4). La prière et la vigilance sont encore deux moyens que le Seigneur donne à celui qui croit en Lui pour lui éviter de tomber dans la tentation (Mat. 26,41).

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