Vives réactions contre la Turquie

19-07-2020 08:02 AM


Les juges ont conforté la volonté politique de Recep Tayyip Erdogan. Le président turc voulait refaire du musée d’Istanbul une mosquée. Une décision qui suscite une vague d’émotion en Turquie et plus largement dans le monde chrétien.

La directrice générale de l’UNESCO, Audrey Azoulay, a dit vivement regretter la décision des autorités turques, prise sans dialogue préalable. L’UNESCO estime que cette reconversion pourrait porter atteinte à la valeur universelle du site.

Sainte-Sophie est un chef-d’œuvre architectural et un témoignage unique de la rencontre de l’Europe et de l’Asie au cours des siècles. Son statut de musée reflète l’universalité de son héritage et en fait un puissant symbole de dialogue, a déclaré Mme Azoulay dans un communiqué de presse.

Par ailleurs, le pape François s’est dit « très peiné » dimanche par la conversion décidée par la Turquie de l’ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée, à l’issue de la prière de l’Angélus. « Ma pensée va à Istanbul, je pense à Sainte-Sophie. Je suis très peiné », a dit brièvement le pape argentin, sortant du discours prévu. Les paroles du saint-père représentent la première prise de position officielle du Vatican et de l’Église catholique après la décision turque.

Suite à la signature par le président turc Recep Tayyip Erdogan de la décision de la Cour suprême turque de transformer l’église Sainte-Sophie en mosquée, le Conseil des Églises du Moyen-Orient a publié une déclaration par l’intermédiaire de son secrétariat général, considérant que cette décision constitue une atteinte à la liberté religieuse, liberté qui est devenue la pierre angulaire de la conscience internationale et qui est protégée par les lois internationales.

Par conséquent, le Conseil appelle les Nations unies et la Ligue des États arabes à adopter une position décisive en faisant appel de la décision de la Cour suprême turque de trouver une justice fondée sur les principes de la liberté religieuse, ainsi qu’en préservant le symbolisme historique représenté par l’Église de “Sainte-Sophie”.

Le Secrétariat général ajoute : “L’élément le plus dangereux est que cette décision sort du contexte du parcours de la coexistence entre chrétiens et musulmans, dont la manifestation la plus marquante a été le 4 février 2019 dans “Le document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence”, qui s’est conclue par la rencontre historique entre le pape François et le cheikh d’Al-Azhar Ahmed Al-Tayeb, ainsi que toutes les initiatives œcuméniques et les dialogues interconfessionnels des trois dernières décennies, ce qui rend cette décision plus que suffisante pour aller au-delà d’un pur processus de convergence sur le bien commun et la paix face au radicalisme et à l’extrémisme”.

La déclaration conclut : “Par cette décision, le monde entier est appelé à se tenir ensemble et consciencieusement, et appelle les autorités sociétales et religieuses vivant en Turquie à se mobiliser à tous les niveaux pour mettre fin à cette agression et à cette transgression d’une manière qui préserve le vrai sens de la coexistence dans toute sa profondeur”.

De nombreux gouvernements ont réagi à l’annonce des autorités turques. La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, dit «déplorer» cette décision qui remet en cause «l’un des actes les plus symboliques de la Turquie moderne et laïque».

Les mises en garde inquiètes se sont en effet multipliées ces derniers jours, émanant du monde orthodoxe – patriarcat œcuménique de Constantinople, patriarcat de Jérusalem- mais aussi des chancelleries occidentales.

Dans la mémoire collective russe, Istanbul est avant tout Constantinople. Capitale de l’empire byzantin et chantre de la culture orthodoxe. La Russie s’est tout au long de son histoire positionnée comme l’héritière légitime de cette puissance disparue.

La Grèce, comme la Russie, se considère comme le principal héritier de l’Eglise de Constantinople.

Sainte Sophie est vénérée dans l’église orthodoxe copte le 5 Tout. Ce jour-là, Sainte-Sophie, a été martyrisée. Elle allait à l’église avec ses voisins chrétiens, elle est donc devenue croyante du Seigneur Christ. Désireuse de devenir chrétienne, elle se rendit chez l’évêque de Memphis. Il la baptisa au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Elle fut alors accusée d’être devenue chrétienne devant Claudius, le gouverneur. Ce dernier l’a amenée et l’a interrogée. Elle a avoué et n’a pas renié sa foi. Il l’a torturée à plusieurs reprises. Il l’a fouettée, puis a brûlé ses articulations ; cependant, elle a continué à crier en disant : “Je suis chrétienne”. Le gouverneur a ordonné de lui couper la langue et l’a ensuite renvoyée en prison. Il lui envoya sa femme pour la dissuader et lui promit de nombreuses récompenses. Lorsqu’elle ne s’est pas laissée dissuader, il a ordonné qu’on lui coupe la tête. Elle fit une longue prière et demanda à Dieu de pardonner au gouverneur et à ses soldats pour ce qu’ils lui avaient fait. Puis elle a baissé la tête et le bourreau lui a coupé le cou.

Une femme chrétienne a versé beaucoup d’argent aux soldats, elle a pris son corps pur et l’a enveloppé dans des linceuls coûteux. Elle a placé le corps dans sa maison et de nombreux signes se sont manifestés à travers lui. Le jour de sa fête, des lumières très brillantes et de l’encens sortirent de son corps saint et pur.

Lorsque le juste empereur Constantin entendit l’histoire de Sainte Sophie, il la transporta dans la ville de Constantinople. Il a construit une grande cathédrale et y a placé le corps.

Ainsi, la première basilique de l’histoire chrétienne, qui est consacrée à la « Sagesse Divine » a été voulue par l’empereur Constantin en 330, après sa conversion au christianisme. Elle fut probablement érigée sur les ruines d’un ancien temple d’Apollon, sur une colline surplombant la mer de Marmara. C’est l’empereur Constance II qui consacra ce premier édifice, le 15 février 360. C’était alors la plus grande église de la ville, elle était communément appelée « la Grande Église »). Au début du ve siècle, l’empereur Flavius Arcadius ratifia la déposition et l’exil de l’archevêque de Constantinople saint Jean Chrysostome, à la suite d’un bras de fer avec le patriarche Théophile d’Alexandrie que Jean avait été chargé de juger. L’édifice fut alors incendié lors d’une émeute en 404.

Il fut reconstruit en 415 par l’empereur Théodose II. Le bâtiment retrouva un plan basilical classique sous la direction de l’architecte Roufinos. La basilique fut consacrée le 8 octobre 415. Un siècle plus tard, elle subit une nouvelle fois le même sort funeste, le 13 janvier 532 pendant la sédition Nika, qui a embrasé la ville de Constantinople pendant six jours.

Après les émeutes de Nika en 532, l’empereur Justinien entreprend de refonder l’édifice dont il pose lui-même la première pierre. La basilique était alors le siège du christianisme orthodoxe et est restée la plus grande église du monde pendant des siècles.

Sainte-Sophie est restée sous contrôle byzantin jusqu’à ce que la ville soit capturée en 1453 par les forces musulmanes du sultan ottoman, Mehmet le Conquérant, qui l’a convertie en mosquée. Quatre minarets ont été ajoutés à la structure et les icônes chrétiennes ont été recouvertes. Des panneaux célébrant Allah et Mahomet ont été accrochés à l’intérieur du bâtiment.

En 1934, le premier président de la Turquie, Mustafa Kemal Ataturk, qui cherchait à instaurer une république laïque, a décrété qu’il convertissait Sainte-Sophie en musée. C’est ce décret qui a été contesté en cour. Le site est aujourd’hui visité par plus de 3,7 millions de touristes chaque année. Le président Erdogan a annoncé que la première prière musulmane à Sainte Sophie aura lieu le 24 juillet et que le lieu resterait ouvert aux visiteurs.

La vaste structure en forme de dôme surplombait le port de la Corne d’Or et l’entrée du Bosphore depuis le cœur de Constantinople. Sainte-Sophie est le monument le plus important de l’architecture byzantine. Sa somptueuse décoration intérieure de marbre couvrant tous les sols et les murs, ses mosaïques à fond d’or couvrant autrefois toutes les voûtes et coupoles (aujourd’hui en grande partie couvertes sous les enduits ou disparues), ses colonnes monumentales en diverses roches précieuses, son plan complexe et original mais cohérent, sa couverture en coupole et demi-couples qui semble suspendue dans les airs, ses nombreux étages de fenêtres distribuant abondamment la lumière dans tout l’édifice, et surtout l’immensité du volume intérieur qui a pu être dégagé, sont d’une immense valeur autant technique qu’artistique. Justinien a lui-même supervisé l’achèvement de la basilique, la plus grande jamais construite à ce moment, qui devait rester la plus grande église du monde jusqu’à l’achèvement de la cathédrale Notre-Dame du Siège de Séville.

La basilique de Justinien est à la fois le point culminant des réalisations architecturales paléochrétiennes dérivées de l’Antiquité tardive romaine, et le premier chef-d’œuvre de l’architecture byzantine, qui marquera profondément tout le Moyen Âge qu’elle inaugure d’un point de vue architectural. Son influence s’est exercée profondément et de manière durable, sur l’architecture orthodoxe orientale, mais aussi tout autant sur celles de l’Église catholique et du monde musulman, et elle est restée un modèle insurpassé et admiré durant des siècles.

 

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