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Saints sont les Martin

Christine Ibrahim

22 Octobre 2015 4:07 pm

 

Pour la première fois, un couple est canonisé. La cérémonie, célébrée au Vatican le dimanche 18 octobre courant, est doublement historique : Louis et Zélie sont les parents d’une sainte, Thérèse de Lisieux.
La Sainteté est une histoire de famille chez les Martin. Quatre-vingt-dix ans après la canonisation de sainte Thérèse de Lisieux, c’est au tour de ses parents, Louis et Zélie Martin, décédés en 1894 et 1877, de rejoindre la communauté des saints. Ils furent solennellement proclamés lors d’une messe place Saint-Pierre à Rome célébrée par le pape François qui les a honorés à l’occasion du synode sur la famille. C’est historique. Pour la première fois dans la saga millénaire de la chrétienté, un couple a, en effet, été élevé en tant que tel à ce rang spirituel, considéré comme un « modèle exemplaire de vie » pour les fidèles catholiques.
Et dire que la rencontre entre monsieur et madame a failli ne jamais avoir lieu !
Lui, fils d’un militaire, se voyait chanoine mais ses lacunes en latin l’ont contraint à renoncer. Elle, fille d’un gendarme, s’imaginait nonne mais la supérieure du couvent l’en dissuada. Elle décrit son enfance et sa jeunesse « tristes comme un linceul », ayant « beaucoup souffert du cœur » en raison d’une mère « trop sévère ».
Econduits, chacun, dans leurs désirs de se consacrer à Dieu, Louis l’horloger et Zélie la dentellière croisent leurs regards pour la première fois sur le pont Saint-Léonard à Alençon. Un rendez-vous savamment orchestré par la mère de Louis qui craint que son protégé — il a alors 35 ans — demeure un vieux garçon. Elle connaît Zélie avec qui elle a appris l’art du célèbre point d’Alençon.
Les deux Normands s’unissent en 1858. Ils auront neuf enfants, dont quatre mourront en bas âge. Les cinq autres, des filles, deviendront religieuses. Les époux Martin sont très amoureux. « Ta femme qui t’aime plus que sa vie », conclut Zélie dans ses mots doux à son mari. Ils sont aussi très pieux, priant quotidiennement à la messe de 5 h 30. Ils s’engagent dans des associations de piété, invitent à leur table des vagabonds, rendent visite à des vieillards sans le sou. Ils appartiennent à la bourgeoisie. « Ils gagnaient bien leur vie mais ne menaient pas grand train. Louis et Zélie, ce sont les saints de l’ordinaire. Ils voulaient la simplicité. Ils avaient la foi chevillée au corps », résume Laurence Panontin, responsable du service d’accueil du sanctuaire de Lisieux.
Zélie fait travailler une vingtaine d’ouvrières qu’elle considère comme des membres de sa propre famille. « Une femme chef d’entreprise au XIXe siècle, c’était très rare. Elle était féministe avant l’heure. Même quand elle n’avait pas de liquidités, elle payait ses salariées. Elle avait mis en place une sorte d’assurance chômage », admire Guy, 75 ans, paroissien assidu de Lisieux.
La maladie viendra mettre fin à dix-neuf ans de vie commune, de beaucoup de bonheurs et quelques malheurs. A 46 ans, Zélie est emportée par un cancer du sein qui s’est généralisé. Louis rejoint alors son beau-frère à Lisieux, « dans le souvenir de l’épouse regrettée ». Ses enfants répondent à leur vocation religieuse. Il les accompagne dans leurs voeux. « Il allait au parloir rencontrer ses filles cloîtrées », explique Laurence Panontin. Dès 1888, il souffre d’une dégénérescence des artères entraînant une démence sénile qui conduit à son internement à l’hôpital psychiatrique du Bon-Sauveur de Caen. Durant les périodes de rémission, on le voit, selon le mythe, prendre soin des patients qui l’entourent. Paralysé, il est « rendu » à sa famille et meurt à 71 ans. Trois ans plus tard, la petite dernière, Thérèse, foudroyée par une tuberculose à 24 ans, retrouvera au paradis son papa, celui qu’elle surnommait son « Roi chéri ».