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Centenaire du génocide arménien… des douleurs à l'Eglise des Martyrs

Michael Victor

2 Avril 2015 3:01 pm

L’évêque arménien catholique de l’Egypte dans son entrevue avec «Watani»:

Le 12 avril, le pape préside une messe du centenaire avec les membres du Synode arménien catholique

L’évêque “Mardin” martyr du massacre en 1915 a servi comme prêtre à Alexandrie et a été tué par les Turcs après avoir assisté à la mort de 417 de ses paroissiens

Saad Zaghloul a appelé des orphelins arméniens à vivre en Egypte pour les sauver des massacres et du génocide

 

Interview par: Michael Victor

                    

L’Arménie est l’une des rares petites nations qui ont été en mesure de survivre en dépit des assauts répétés, de la destruction et la persécution. Les Arméniens ont été connus à travers l’histoire d’être capables d’adaptation et de flexibilité, car ils sont caractérisés par l’agressivité et la fermeté. Comment ont-ils pu survivre alors que d’autres Nations plus grandes et plus puissantes ont disparu? Et comment ont-ils été en mesure de fournir des contributions remarquables aux civilisations du monde? C’est l’histoire étonnante du peuple arménien en général et en particulier de l’Eglise arménienne, l’Église arménienne a beaucoup souffert de la persécution et malgré cela elle n’a pas été séparée de son attachement à sa foi et son christianisme et elle a ainsi été appelée l’Église des martyrs, comme le nombre de ses martyrs s’est élevé en 1915 à un million et un demi dans les massacres perpétrés par les Turcs ottomans.

Nous sommes au seuil du premier centenaire de la commémoration des martyrs du génocide arménien célébré par toutes les Églises orthodoxes et catholiques et évangélique arméniennes en avril. “Watani” a rencontré Son Eminence l’Archevêque Krikor Augustin Koussa, évêque d’Alexandrie des Arméniens catholiques après son retour d’une réunion du Saint-Synode de l’Église catholique arménienne qui s’est tenue à Rome et dont les recommandations les plus importantes était la poursuite des travaux préliminaires pour la béatification des martyrs du génocide arménien qui ont été tués pour leur foi et des martyrs arméniens qui ont été tués sur le territoire de l’Europe de l’Est sous le régime communiste, ainsi que les dispositions finales en préparation pour la célébration par le peuple arménien du premier centenaire des massacres arméniens.

Mgr Krikor Augustin Koussa a dit que les Arméniens ont vécu sous les gouvernements successifs de la Turquie dont le plus récent est l’Empire ottoman, et les ottomans ont reconnu tous leurs droits en tant que communauté. Au dix-neuvième siècle, l’Empire ottoman est devenu plus arriéré que les autres pays européens, de sorte qu’il fut surnommé «le vieil homme de l’Europe”  A cette époque beaucoup de peuples ont obtenu leur indépendance de l’Empire ottoman: les Grecs, les Roumains, les Serbes et les Bulgares.

Les mouvements séparatistes ont émergé parmi les populations arabes, arméniennes et bosniaques, ce qui a conduit à des réactions violentes contre eux, et le sultan Abdel Hamid II a été accusé d’être le premier à démarrer la mise en œuvre des massacres d’Arméniens et d’autres chrétiens qui étaient sous la domination de l’Empire ottoman. Sous son règne furent réalisés ces massacres, tuant des centaines de milliers d’Arméniens, de Grecs et d’Assyriens, pour des raisons économiques et religieuses diverses. Ces opérations de liquidation ont commencé entre les années 1894 et 1896, par des massacres connus sous le nom de Hamidiya, et en 1908 il y eut d’autres massacres d’Adana en Cilicie ayant coûté la vie à environ 30.000 Arméniens.

Concernant le génocide des Arméniens en 1915, l’évêque Koussa a déclaré qu’iln’a pas commencé en 1915 pour se terminer dans la même année, mais il a commencé en 1891, lorsque les Turcs ont interdit l’enseignement de la langue arménienne dans les écoles arméniennes, et empêcher la publication des livres culturels, la presse et des magazines arméniens. Ceci était attribué à la jalousie et l’envie pour l’arrivée des Arméniens chaque fonction élevée dans les affaires administratives du gouvernement de la Turquie ottomane. Au fil des années, les Turcs étaient de plus en envieux dans la nuit du 24 avril 1915, une élite de la communauté arménienne, comprenant des évêques, des prêtres et plus de deux cents écrivains, poètes, éditeurs de journaux, enseignants, avocats, membres du parlement et d’autres dirigeants de la communauté arménienne ont été forcés à partir pour Istanbul et ont été expulsés de force de leurs maisons. Des jeunes et des enfants ont été tués, des personnes âgées ont été battues, mutilées puis brûlées, des femmes ont été violées et les embryons ont été arrachés de leur ventre pour les jeter à l’eau, et ils ont crucifié les hommes et les femmes en leur disant: «Vous croyez en Jésus le Sauveur, exhortez-le pour vous sauver”.  Les martyrs criaient comme Jésus hurlait sur la croix et disaient: “Seigneur, pardonne-leur leurs péchés”…

L’archevêque parlait comme si la scène du génocide était devant lui. Ils ont vraiment commis des crimes inimaginables et ont eu recours à toutes les formes de tyrannie qui ne peuvent être conçus. Ils ont commis des actes d’exil et des massacres et brûlé des bébés vivants après avoir versé sur eux du pétrole et violé des femmes et des filles devant leurs familles dont les jambes et les mains étaient ligotées et saisi des mobiliers et immobiliers du peuple arménien. Les Arméniens ont été expulsés vers la Mésopotamie et le désert syrien (désert de Deir el-Zour) dans un état de misère. Ils ont été insultés et persécutés sur la voie brutalement d’une façon indescriptible. L’assassinat s’est étendu aux patriarches et évêques jusqu’à ce qu’en 1915, on arriva à la mort d’un million et demi dans les massacres perpétrés par les Turcs ottomans. C’est ainsi que le génocide arménien est commémoré le 24 avril chaque année par le peuple arménien. De nos jours encore, les Turcs combattent les Arméniens, spécialement les écrivains, ce qui a conduit à l’assassinat du journaliste Herant Dink il y a quelques années.

Mgr Koussa a poursuivi en disant que les Turcs ottomans ont exigé publiquement qu’ils sont disposés à accorder la liberté aux Arméniens et leur assurer la vie sauve, à condition qu’ils embrassent la religion islamique et officiellement appelé Mgr Ignace Maloyan évêque de Mardin, en Arménie, à recevoir la grande médaille accordée par l’Empire turc ottoman. Ce à quoi il a répondu: “Je sais ce qui vient après cette décoration”. En effet, lors de la remise de la médaille on lui a présenté l’invitation à embrasser l’Islam, mais il a refusé et a dit: “Mon peuple et moi sommes prêts au martyre et mon Eglise attend de rencontrer le Christ”. Le 11 juin 1915, l’évêque a célébré l’Eucharistie et après la cérémonie, on l’a arrêté et l’a emprisonné et tué devant lui  417 martyrs, et de temps en temps on lui disait: «Préférez-vous le martyre ou vous convertir à l’islam?” Sa réponse était toujours: “Je ne vais pas abandonner. Je vis pour le Christ et je vais mourir pour le Christ”, jusqu’à ce qu’il a été exécuté par les Turcs.

L’archevêque Krikor a indiqué que Son Eminence Mgr Ignatius était à l’âge de 46 ans, et a servi comme prêtre de l’Eglise arménienne à Alexandrie pendant plusieurs années jusqu’à ce qu’il a été élu évêque de Mardin et parlait couramment l’arabe, l’arménien, le latin, le français, l’italien, le turc et l’espagnol.

Il a signalé que les massacres des Arméniens est l’un des premiers génocides de l’histoire moderne, les chercheurs soulignent que la méthodologie de l’organisation des meurtres visait l’élimination des Arméniens et sont considérés comme la seconde plus grande tragédie après l’Holocauste et le mot génocide a été inventé pour décrire ces événements. Il a ajouté que 24 pays ont officiellement reconnu les massacres d’Arméniens comme un génocide, et en raison de ces massacres, les Arméniens ont immigré dans de nombreux pays à travers le monde, y compris l’Egypte, la Syrie, le Liban, l’Irak, la Jordanie, et la Terre Sainte, soulignant qu’après le génocide, le Roi d’Arabie saoudite a appelé les pays arabes à accueillir le peuple arménien opprimé et en Egypte, El-Azhar et Saad Zaghloul ont invité en 1917 les orphelins arméniens à vivre aux côtés des Egyptiens en toute sécurité sur le territoire avec leurs frères arméniens venus avant le génocide.

Concernant la réconciliation et le retour des Arméniens à leur terre et l’ouverture de leurs églises afin de pratiquer leurs rituels, Son Eminence l’Archevêque Krikor a dit: “Le gouvernement turc rejette totalement le mot massacres arméniens et dit que pour la réconciliation avec les Arméniens il ne faut pas parler des massacres de 1915, et la Turquie a fait du 24 avril, supposé être la commémoration des martyrs, la Fête de l’enfance, supprimant les massacres des livres scolaires et historiques.

Enfin, en octobre 2009, il y avait un accord pour la réconciliation et la paix, et lors de la signature, le côté turc s’est retiré en raison de son refus de parler de génocide. Mgr Krikor a indiqué que Son Eminence, participant à l’époque au Synode spécial pour l’Afrique à Rome, sous la présidence du pape Benoît XVI, pape honorifique, a prononcé un discours sur la Convention prévue y déclarant: «Nous, comme nous avons l’esprit de pardon et de réconciliation, conformément aux enseignements de la Bible, mais nous réclamons nos droits et déclarons la Justice dans nos causes arméniennes vu les massacres qui ont été commis, nous désirons revenir à notre pays, récupérer nos églises, et rouvrir nos monastères en Turquie, et récupérer nos écoles et universités, ainsi que tous nos biens qui nous ont été usurpés par la force”.

Après l’échec de la Convention pour la non-reconnaissance de l’Etat de la Turquie de ce massacre, son Eminence l’Archevêque Krikor a reçu en Egypte trois délégués de l’ambassade de Turquie. Mgr Krikor a poursuivi en disant: “Les délégués m’ont demandé de poursuivre le parcours de la paix et que l’ambassadeur de la Turquie à l’Egypte veut me rendre visite. Je leur ai dit que le Patriarcat est la maison de Dieu et l’Église s’ouvre chaque jour et sans rendez-vous, et ils m’ont demandé de parler de la paix avec l’ambassadeur de Turquie, mais sans parler du génocide arménien, et je leur ai répondu que cela ne me dérange pas. Mais à l’entrée du mémorial du Patriarcat aux martyrs arméniens, il suffirait que l’ambassadeur amène une rose rouge et la mette en face du monument par respect du sang des martyrs et leur statut, et, bien sûr, l’ambassadeur n’est pas venu, refusant de reconnaître le génocide”.

Quant à la commémoration du premier centenaire du génocide arménien, Mgr Krikor a déclaré: “Il y a un programme mondial comprenant des séminaires et des expositions, ainsi que des messes dans toutes les éparchies pour que le monde entier puisse savoir ce qui s’est passé il y a cent ans. En Egypte, il est prévu qu’avec l’ambassadeur de la République d’Arménie, M. Armen Melkonian et l’évêque de l’Arménien l’archevêque orthodoxe Ashod Manascanian, M. Berge Tarsian, le Dr Armin Mazloumian, M. Krikor Mikanilian, Dr Kevork Berzenkatzian, M. Mardak Balayan d’organiser une cérémonie pour marquer le centenaire du génocide, en solidarité avec les Arméniens dispersés dans le monde. A cette occasion, une messe pontificale sera présidée par Sa Sainteté le Pape François le 12 avril sur la place Saint Pierre, en mémoire d’un million et demi de martyrs avec tous les Pères synodaux des arméniens catholiques et la participation de toutes les églises arméniennes et le pape François prononcera un message spécial de façon que les gens sachent toute la vérité du génocide subi par le peuple arménien, et son engagement à sa foi et sa croyance, alors que le Vatican est tenu à émettre des timbres poste; le premier portant une représentation de la Croix sculptée dans la pierre, appartenant au patrimoine arménien, le deuxième représentant l’évêque martyr, héros de la foi, Ignatius Maloyan, et le troisième représentant saint Krikor Narikatsi, à l’occasion de sa proclamation Docteur de l’Eglise universelle. Le patriarche Narses Bedros, Patriarche arménien catholique a écrit une lettre patriarcale à être distribuée à tous les rois et dirigeants du monde.

Concernant le lancement de la béatification des martyrs du génocide arménien Mgr Krikor a déclaré que le saint Synode de l’Eglise travaille sur ce dossier et soumet une partie de la béatification des martyrs et des saints au Saint Synode de la foi en charge de la béatification au Vatican afin d’être annoncée au niveau de l’Eglise universelle en mentionnant les noms des martyrs dans toutes les églises pour leur amour de l’Eglise et le sacrifice de leur vie pour le nom du Christ.