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Restaurée et rénovée, l'église “suspendue” retrouve sa splendeur

Michael Victor

28 Août 2014 9:58 am

 

Le ministre des Antiquités égyptien a annoncé la réouverture de l’église “suspendue” (“al-Mu’allaqa), ou “église de la Vierge”, dans le Vieux Caire, pour le mois d’octobre prochain, au terme de quatre années de restauration et rénovation.

C’est en 1997 que la décision avait été prise, par le Conseil suprême des antiquités, de lancer un projet de restauration complète pour préserver le sanctuaire et lui redonner sa splendeur originelle. Comme d’autres monuments situés dans des quartiers très peuplés, l’église était en effet fortement endommagée par la pollution de l’air, ainsi que par un niveau d’eau élevé dans le sous-sol, un fort taux d’humidité, des fuites d’eau et la proximité d’égouts dans un état délabré. Les décorations du plafond en bois de l’église étaient noircies par la fumée, et ses murs et fondations avaient été endommagés par le tremblement de terre de 1992.

Cette église se situe dans le Vieux-Caire, au dessus du portail Sud de la citadelle de Babylone, à une hauteur de treize mètres, d’où son surnom d’ « église suspendue ». Edifiée au Ve ou au VIe siècle à côté d’une église plus ancienne (IIIe ou IVe siècle), elle fut détruite à plusieurs reprises, notamment au IXe siècle lors d’un conflit entre le gouverneur de l’Égypte et le patriarche copte. Reconstruite vers 975, elle accueillit à partir du XIe siècle le siège du patriarcat copte, transféré d’Alexandrie par le patriarche Christodule (1047 – 1077). Durant deux siècles, l’édifice fut donc au cœur de l’Église copte ; il devint un centre d’études théologiques, philosophiques, juridiques et scientifiques. Plusieurs légendes sont rattachées à l’église suspendue. Selon l’une d’elles, la Sainte Famille s’y serait arrêtée durant la fuite en Égypte. Les sources donnent parfois Balthazar, l’un des rois mages, comme fondateur ; elles citent aussi souvent les richesses que contenait l’église : des objets d’art, des tissus en fils d’or, des habits sacerdotaux en soie, des encensoirs en or et argent.

L’accès à l’édifice se fait par un grand escalier, situé dans une cour intérieure. La façade, à l’Ouest, s’ordonne sur deux niveaux : une colonnade en bois surplombée d’une balustrade, surmontée d’un niveau légèrement en retrait ouvert par trois fenêtres en arc brisé ; un fronton triangulaire marqué d’un oculus surmonte la fenêtre centrale. Avant que l’entrée ne soit déplacée sur la façade sud, le fidèle traversait un large narthex entouré de deux cages d’escalier avant d’entrer dans l’espace de culte. Celui-ci suit un plan basilical à quatre nefs, une ayant été ajoutée aux trois autres tardivement, lors de la restauration d’Ubayd Abî Khuzâm en 1775. Les nefs sont séparées par des colonnes de marbre blanc, sauf une en basalte noir, toutes surmontées de chapiteaux corinthiens de remploi. Chacune des trois nefs anciennes mène à un autel situé devant une abside semi-circulaire ; le principal, au centre, est dédié à la Vierge, et ceux des côtés, à saint Jean-Baptiste et à saint Georges. Sur le côté sud s’ouvre l’église primitive, transformée en chapelle dédiée à un saint éthiopien, Takla Haymanut.

Le décor utilise principalement le bois et le marbre. À l’extérieur, des moucharabiehs emplissent les fenêtres et constituent la balustrade qui surplombe la colonnade. La façade sous le porche est ornée d’incrustations de marbres colorés. A l’intérieur, le bois est utilisé pour l’iconostase, faite d’ébène et d’ivoire, qui présente des motifs de croix et des éléments géométriques. La cloison séparant la chapelle de Takla Haymanut, datée du Xe siècle, est quant à elle réalisée en bois et en nacre. D’autres panneaux de bois, dont le linteau de la porte, sculpté de scènes de la vie du Christ et d’une inscription en grec, sont déposés au musée copte du Caire. Des peintures devaient revêtir les colonnes et les murs de l’édifice, mais peu de traces nous sont parvenues. Sur l’une des colonnes, on peut encore voir un saint. Dans la chapelle, par contre, on trouve une représentation du Christ au milieu des apôtres ou des vieillards de l’Apocalypse, et une Vierge à l’Enfant, mise au jour récemment. Il faut enfin signaler la chaire en marbre, qui prend place au centre de l’église et repose sur quinze colonnes.

Dans un quartier qui renferme également la synagogue Ben Ezra, fondée en 1115, l’église Saint-Serge construite à la fin du IVe siècle au-dessus d’une crypte où la sainte Famille se serait réfugiée lors de sa fuite en Égypte, et l’église Sainte-Barbara (reconstruite au XIe siècle), du nom d’une jeune fille martyrisée pour avoir essayé de convertir son père au christianisme, la “Mu’allaqa” est l’un des hauts lieux du Caire copte et, plus globalement, de l’histoire monumentale de l’Égypte.