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Les chrétiens d'Irak victimes d'un crime contre l'humanité

Michael Victor

24 Juillet 2014 10:35 pm

La tragédie des chrétiens d’Irak se poursuit. Mossoul, autrefois capitale du christianisme en Irak, a été vidée de ses chrétiens par ses nouveaux maîtres, les djihadistes de l’Etat islamique. Ces djihadistes ont pris dimanche 20 juillet le contrôle de l’antique monastère Mar Behnam près de la ville chrétienne de Karakosh, dans le nord de l’Irak. «Vous n’avez plus de place ici, vous devez quitter les lieux immédiatement», ont déclaré les miliciens aux moines syro-catholiques.
L’archevêque syro-catholique de Mossoul, Mgr Yohanna Petros Moshe, a confirmé que des émissaires de l’EI ont forcé les trois moines et un certain nombre de familles résidant à l’intérieur du Monastère à quitter les lieux et à leur en laisser les clefs Ce monastère dédié au prince assyrien martyr Behnam et à sa sœur, Sarah, remonte au IV° siècle et se trouve être l’un des lieux de culte les plus anciens et les plus vénérés du Christianisme en Orient.
Toute la communauté des moines se trouve actuellement à Karakosh. Consternée, révoltée, triste et désemparée. Cette communauté laisse derrière elle un haut lieu de spiritualité, un monument historique de toute beauté, une bibliothèque pleine de manuscrits très anciens, des livres liturgiques et un lieu symbolique de la rencontre islamo-chrétienne.
Ce monastère était le havre de paix, de spiritualité et de référence religieuse pour les chrétiens comme pour les musulmans !

L’Etat islamique (EI) avait appelé “les chrétiens à se convertir à l’islam, ou à payer une taxe spéciale ou à défaut à quitter la ville après quoi leurs maisons appartiendraient à l’Etat islamique”, a expliqué le patriarche chaldéen Mgr Sako. Le texte de l’EI les menaçait de mort s’ils ne partaient pas. Les chrétiens de la ville irakienne de Mossoul ont été trompés par les djihadistes de l’Etat islamique, leur ayant accordé dans un premier temps une paix relative avant de les contraindre à fuir en les menaçant de mort. Les chiites subissent également des persécutions, comme d’autres minorités. Plus de 200 Turkmènes, Shabaks et Yézidis ont été enlevés par l’EI, qui en a tué au moins onze depuis la prise de la ville en juin dernier, selon Human Rights Watch.
Lors de son Angelus hebdomadaire depuis le balcon du Vatican sur la place Saint Pierre, le pape François a dénoncé les persécutions des chrétiens d’Irak qui sont ”dépouillés de tout”: “Nos frères sont persécutés, chassés, ils sont forcés d’abandonner leurs foyers sans pouvoir emporter quoi que ce soit avec eux. J’assure ces familles que je suis proche d’elles et en prière constante”. “Je sais combien vous souffrez, je sais que vous êtes dépouillés de tout”.

Conversion forcée
Dans un communiqué de l’ONU, Ban Ki-moon s’est déclaré “particulièrement troublé par les informations sur des menaces contre les chrétiens à Mossoul”. Ban Ki-moon a réaffirmé que les attaques systématiques contre des civils en raison de leur origine ethnique ou de leur appartenance religieuse peuvent constituer un crime contre l’humanité dont les auteurs doivent rendre des comptes.
L’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui représente 57 pays musulmans, a également dénoncé “comme un crime intolérable” la persécution des chrétiens en Irak par les djihadistes de l’Etat islamique (EI) et offert son assistance aux déplacés. Le secrétaire général de l’OCI, le Saoudien Iyad Madani, a jugé que “le déplacement forcé des chrétiens de Mossoul est un crime intolérable” de la part de l’EI, dont “les pratiques n’ont rien à voir avec l’islam et ses principes de tolérance et coexistence”. La France a condamné avec la plus grande fermeté l’ultimatum lancé par l’Etat islamique aux chrétiens de Mossoul. Il s’agit d’une nouvelle illustration de la véritable nature de cette organisation terroriste, a déclaré le porte-parole du Quai d’Orsay Romain Nadal, évoquant des ”menaces intolérables”.
Des habitants sunnites de Mossoul, bravant leur peur de s’exprimer, ont signifié leur solidarité avec les chrétiens et affiché leurs distances vis-à-vis de l’EI. Des responsables des villes saintes chiites de Kerbala et Najaf, accueillant déjà de très nombreux réfugiés chiites, ont déclaré que les portes de leurs cités étaient ouvertes aux chrétiens.
Avant l’invasion américaine de 2003, plus d’un million de chrétiens vivaient en Irak, dont plus de 600 000 à Bagdad, 60.000 à Mossoul, mais également dans la ville pétrolière de Kirkouk (dans le nord) et dans la cité méridionale de Bassora. La population chrétienne de Mossoul était estimée à 5.000 avant la prise de la cité par les djihadistes le mois dernier. Autrement dit, en Irak, les chrétiens ont diminué de moitié en 20 ans
Les hommes d’Abou Bakr Al-Baghdadi, le chef djihadiste qui se présente comme le “calife Ibrahim”, n’ont guère laissé le choix aux chrétiens d’Irak qui avaient, en onze ans de chaos et de montée de l’islamisme radical, résisté au départ en exil. Ils leur ont donné une journée, pour quitter le territoire du califat, les autres options étant de se convertir à l’islam, de payer un impôt spécial pour les non-musulmans, ou de périr ”par le glaive”. L’annonce concernait principalement les chrétiens de Mossoul, devenu le quartier général du califat qui s’étend désormais des faubourgs d’Alep, en Syrie, à ceux de Bagdad.
. DESTRUCTION D’UN PATRIMOINE MILLÉNAIRE
Au-delà de la tragédie humaine qui touche également d’autres communautés religieuses, l’archevêque émérite de Mossoul s’insurge contre la destruction du patrimoine culturel. Les djihadistes islamiques menacent non seulement les chrétiens, en tant que groupe social, mais ils menacent également la civilisation, le patrimoine culturel, artistique et historique de l’Irak, conclut-il. Leur idéologie biffe 1’400 ans d’histoire de l’humanité en détruisant tout apport culturel, artistique et historique du pays, pour faire retourner les peuples à l’obscurantisme du début du VIIème siècle.
Il est temps d’insérer ces groupes dans la liste des organisations terroristes condamnées par les organismes internationaux, mais également de rendre publics les noms des pays et des forces qui les financent. Les services de renseignement et les gouvernements de différents pays savent certainement d’où arrivent les armes et l’argent qui permettent de maintenir ces groupes. Il suffirait d’interrompre les flux pendant un mois et ces groupes n’auraient plus aucune force.