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Un Noël en Terre Sainte sous le signe de la sobriété

17 Décembre 2015 2:15 pm

 
 
 
Dans la ville de naissance du Christ, les préparatifs s’activent en vue des fêtes de Noël, avec une volonté « d’équilibre » entre l’esprit de joie propre aux festivités et le climat de tension palpable en Israël et Palestine.
L’arbre de Noël richement décoré trône sur la place de la Mangeoire, et brille chaque soir de mille feux ; les décorations ornent les rues du centre-ville, mais elles sont moins nombreuses qu’à l’accoutumée, et pour cause : les festivités de cette année seront placées sous le signe de la « modération ». Plusieurs événements ont été ainsi déprogrammés.
A la place du traditionnel feu d’artifice, les églises de Bethléem ont fait sonner leurs cloches, samedi 5 décembre, pour la paix.
Ce choix d’une certaine sobriété s’explique par le regain de violences observé depuis quelques mois en Terre Sainte depuis le 1er octobre. « En célébrant Noël, nous célébrons la Vie, la Joie et l’Espérance, mais nous devons le faire dans un esprit de compassion avec ceux qui souffrent, et de respect pour nos morts », affirme Vera Baboun, maire chrétienne de Bethléem. « La situation est critique, ajoute-t-elle encore, mais nous devons continuer à crier notre message de paix ; le message d’une ville qui, pourtant, ne connaît pas paix ».
La procession du Patriarche latin, quant à elle, se déroulera a priori comme prévue, prend soin d’assurer la municipalité. Le 24 décembre, S. B Fouad Twal partira de Jérusalem, fera une halte au monastère Mar Elias, franchira le mur de séparation et arrivera enfin à Bethléem. Cette entrée solennelle marquera le début des célébrations de Noël. « Il est bon de voir que ces traditions demeurent, malgré la situation », se réjouit le père Jamal Khader, recteur du séminaire de Beit Jala. Cette procession du patriarche, de Jérusalem à Bethléem, doit se concevoir selon lui comme un « voyage spirituel ». « Malgré la présence du Mur, ces deux villes, celle de la naissance du Christ, et celle de sa mort et de sa Résurrection sont inséparables », soutient-il.
Interrogé sur la situation des chrétiens en Terre Sainte, le père Khader affirme que le nombre de chrétiens « n’est pas important ». « Pour moi, la question doit être celle-ci : quelle sorte de présence devons-nous être ?  Quel témoignage devons-nous donner ? ».
 Le recteur du séminaire de Beit Jala confie toutefois son inquiétude face à la montée en puissance de l’extrémisme juif, manifestée par la récurrence d’attaques et d’actes de vandalisme contre des lieux chrétiens, et même musulmans. « Ces attaques nous inquiètent, mais plus encore l’impunité dont bénéficient leurs auteurs. Ces criminels sont connus des autorités mais ne sont pas poursuivis », observe-t-il avant de s’interroger : « Quel état de droit en Israël, et surtout pour qui ? ». « Ces groupes menacent la coexistence entre religions, prévient-il, l’Etat doit faire quelque chose, et surtout protéger ses citoyens »
Dimanche 29 novembre, des activistes du groupe d’extrême-droite et anti-assimilation Lehava avaient manifesté devant l’YMCA de Jérusalem contre la tenue d’un marché de Noël, dénonçant le « meurtre d’âmes juives », et demandant aux chrétiens de quitter la Terre Sainte.
Par ailleurs, le mardi 8 décembre, en la Solennité de l’Immaculée Conception, et cinquante après la clôture du Concile Vatican II, le Pape François a inauguré l’Année sainte extraordinaire du Jubilé de la miséricorde.
Le Pape François, poussant les battants de la sculpturale Porte sainte de la basilique St Pierre, avant de la franchir et de se recueillir en silence quelques instants, immédiatement suivi par le Pape émérite Benoît XVI : voilà sans conteste, l’image qui restera de cette cérémonie d’inauguration de l’Année de la Miséricorde, au Vatican.
Auparavant, le Pape François avait présidé une messe Place St Pierre, retransmise en direct et en mondovision, devant des dizaines de milliers de fidèles, et un parterre de personnalités.
« Si tout restait cantonné au péché, nous serions les plus désespérées des créatures, alors que la promesse de la victoire de l’amour du Christ enferme tout dans la miséricorde du Père », a affirmé le Saint-Père dans son homélie. Et d’expliciter le sens de cette année jubilaire proposée aux croyants : « un don de grâceune année pour grandir dans la conviction de la miséricorde ». Aussi, a-t-il encore soutenu, « nous devons faire passer la miséricorde avant le jugement, et dans tous les cas, le jugement de Dieu sera toujours à la lumière de sa miséricorde ».
Le Pape François a également tenu à évoquer le 50e anniversaire de la clôture du Concile Vatican II ; un événement qui ne doit pas s’appréhender uniquement à l’aune des documents produits, mais pour ce qu’il a véritablement été : « une rencontre entre l’Église et les hommes de notre temps. Une rencontre marquée par la force de l’Esprit qui poussait son Église à sortir des obstacles qui pendant de nombreuses années l’avaient refermée sur elle-même ». Il est temps pour l’Eglise de retrouver « avec enthousiasme » l’élan missionnaire, a exhorté le Pape. Ce Jubilé, a-t-il enfin conclu, « nous provoque à cette ouverture et nous oblige à ne pas négliger l’esprit qui a jailli de Vatican II, celui du bon Samaritain ».
Le 13 décembre, le Pape a ouvert la porte sainte de la Basilique St Jean de Latran, cathédrale de l’évêque de Rome. Ce même jour, les évêques diocésains ont ouvert une Porte sainte dans leur église cathédrale ou dans une église très significative. A Jérusalem, le Patriarche latin, S.B Fouad Twal a ouvert la Porte de la Miséricorde de la Basilique de l’Agonie, à Gethsémani, au terme d’une messe solennelle qu’il a concélébrée avec les évêques présents.