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Non plus esclaves, mais frères

Michael Victor

18 Décembre 2014 2:13 pm

 
Au début d’une nouvelle année, que nous accueillons comme une grâce et un don de Dieu à l’humanité, le Pape François 1er a adressé à chaque homme et femme, ainsi qu’à chaque peuple et à chaque nation du monde, aux Chefs d’État et de Gouvernement ainsi qu’aux responsables des diverses religions, ses vœux fervents de paix, accompagnés de sa prière afin que cessent les guerres, les conflits et les nombreuses souffrances provoqués soit par la main de l’homme soit par de vieilles et nouvelles épidémies comme par les effets dévastateurs des calamités naturelles. Il a prié de manière particulière pour que, répondant à la vocation commune de collaborer avec Dieu et avec tous les hommes de bonne volonté pour la promotion de la concorde et de la paix dans le monde, les hommes sachent résister à la tentation de se comporter de manière indigne de l’humanité.
Travailleurs et travailleuses esclaves, migrants, personnes contraintes de se prostituer, victimes de prélèvement d’organes, otages des groupes terroristes, enfants soldats sont autant de personnes auxquelles le Pape « ne peut pas ne pas penser », autant d’exemples et de facettes d’un « crime de lèse-humanité ». Pour François, il faut donc considérer les hommes « non plus esclaves, mais frères », une phrase qui est le thème de ce message pour la Journée Mondiale de la Paix 2015. Cette année, le Pape veut montrer comment la fraternité peut être une réalisation concrète de la paix dans les rapports interpersonnels.
Pour le développement de l’homme, « un être relationnel » selon François, il est donc fondamental que « soient reconnues et respectées sa dignité, sa liberté et son autonomie ». Revenant sur plusieurs passages de la Bible, comme la Lettre de Saint Paul à Philémon ou le fratricide entre Caïn et Abel, le Pape relève que la fraternité exprime « la multiplicité et la différence qui existent entre les frères, bien que liés par la naissance et ayant la même nature et la même dignité ». Mais cette fraternité est menacée par la « réalité négative du péché » qui « déforme continuellement la beauté et la noblesse du fait d’être frères et sœurs de la même famille humaine ».
Traité comme fin
Or, pour le Pape, aujourd’hui comme hier, à la racine de l’esclavage, il y a une conception de la personne humaine qui admet la possibilité de la traiter comme un objet, comme un moyen et non comme une fin. La pauvreté, le manque d’accès à l’éducation ou encore les faibles opportunités de travail sont autant d’autres raisons : fréquemment, les victimes de trafic et d’asservissement sont des personnes qui ont cherché une manière de sortir d’une condition de pauvreté extrême, en croyant souvent à de fausses promesses de travail, et qui au contraire sont tombées entre les mains de réseaux criminels qui gèrent le trafic d’êtres humains. Ces réseaux utilisent habilement les technologies informatiques modernes pour appâter des jeunes, et des très jeunes, partout dans le monde, écrit François.
Pour vaincre l’esclavage, le Pape invite chacun à avoir le courage de toucher la chair souffrante du Christ et à faire des gestes de fraternité à l’égard de ceux qui sont tenus en état d’asservissement, même un sourire ou un “bonjour”, qui ne nous coûtent rien mais qui peuvent donner l’espérance, ouvrir des voies, changer la vie d’une personne qui vit dans l’invisibilité, et aussi changer notre vie par la confrontation à cette réalité.
La forte mobilisation
Certains ferment les yeux, d’autres agissent, comme, rappelle le Pape, citant l’immense travail silencieux que de nombreuses congrégations religieuses, surtout féminines, réalisent depuis de nombreuses années en faveur des victimes. Cet immense travail, qui demande courage, patience et persévérance, mérite l’estime de toute l’Eglise et de la société. L’Eglise a sa part de responsabilité dans ce combat contre l’esclavage, pour amener à changer le regard sur le prochain, à reconnaître dans l’autre, quel qu’il soit, un frère et une sœur en humanité.
On doit reconnaître que nous sommes en face d’un phénomène mondial qui dépasse les compétences d’une seule communauté ou nation, poursuit François, pour le combattre, il faut une mobilisation de dimensions comparables à celles du phénomène lui-même.
Chacun peut agir
Pour y parvenir, le Pape dresse une liste de solutions : un triple engagement au niveau institutionnel, de la prévention, de la protection des victimes et de l’action judiciaire à l’égard des responsables » des trafics et de l’esclavage moderne. De la part des Etats, le Pape espère de nouvelles législations avec des textes justes, « centrés sur la personne humaine. Le devoir de sensibiliser et de stimuler les consciences incombe aux organisations de la société civile, tandis que les entreprises ont le devoir de garantir à leurs employés des conditions de travail dignes et des salaires convenables. Enfin, reprenant les mots de Benoît XVI dans son encyclique Caritas in veritate, François rappelle la responsabilité sociale du consommateur : « chaque personne devrait avoir conscience qu’acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral ». C’est en mettant cette fraternité au cœur des relations sociales, et en luttant contre la mondialisation de l’indifférence, qui aujourd’hui pèse sur les vies de beaucoup de sœurs et de frères que le monde pourra suivre le chemin de la paix,  à la lumière de la Parole de Dieu, conclut le Pape François.