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Intervention pour éviter un génocide

Michael Victor

21 Août 2014 12:23 pm

 
Mardi dernier, l’envoyé personnel du Pape était à Bagdad où il a rencontré le président irakien Fouad Massoum afin de lui remettre une lettre du Pape.
Alessandro Gisottin, de Radio Vatican, a pu joindre le cardinal Fernando Filoni juste après sa rencontre avec le président irakien. Ci-dessous un extrait de l’interview avec l’envoyé du pape :
Cette lettre adressée par le Saint-Père au président irakien arrive alors que le Pape ne cesse d’appeler à la paix.
Cardinal Filoni : Ceci est au cœur, à l’esprit et dans l’action pastorale du Pape. Donc, le Saint-Père, face à une situation d’urgence aussi grave, ne lésine pas sur la possibilité d’une intervention personnelle pour souligner combien la situation en faveur des pauvres lui tient à cœur.
Ici en Irak, il ne s’agit pas seulement d’une tragédie pour le peuple irakien, pour nos chrétiens ou pour les Yazidis, mais il s’agit d’une situation qui concerne tous les hommes qui ont à cœur l’humanité. Petites ou grandes minorités, fois différentes, religions différentes : il n’y a, pour personne, aucune autre façon de penser que de se dire que nous sommes tous dotés de la même dignité humaine qui doit être sauvegardée, défendue et accrue.
Le pape a dit « arrêter l’agresseur injuste est licite ». Comment ces paroles ont été reçues en Irak ?
Cardinal Filoni : Je crois que le Saint-Père n’a rien fait d’autre que de manifester la requête qui est celle de tous les chrétiens, de tous les Yazidis, de toutes les personnes réfugiées qui désirent reprendre le cours de leur vie, leur dignité. Maintenant, face à une situation à ce point précaire, et je voudrais dire si dure, je crois qu’ici, il ne s’agit pas de guerre. Nous ne pouvons jamais être en faveur de la guerre, mais il y a des situations de conflits où les plus pauvres (ayons à l’esprit le fait que nos chrétiens n’avaient pas d’armes, tout comme les Yazidis) ont été expulsés de leurs terres, violentés dans leurs dignités, volés de leurs familles… Voilà, pouvons-nous rester indifférents ? Alors qu’il s’agit de droits qui doivent être défendus par toute personne de bonne volonté.
Chacun doit le faire selon ses propres capacités. Le Saint-Père le fait avec toute sa capacité spirituelle et morale. Chacun, au niveau civil, social, à des postes de responsabilité, doit faire sa part avec à l’esprit qu’il ne s’agit pas de faire la guerre mais de sauvegarder le droit des peuples. Si nous n’intervenons pas, alors nous aurons un génocide et peut-être après quelques semaines nous aurons des remords, comme cela est déjà arrivé dans le passé dans certaines situations dramatiques en Afrique, pour ne pas évoquer des situations encore plus lointaines, ou qui se passent encore aujourd’hui sur le continent africain.
Je ne pense pas, par exemple, que la situation dramatique des quelques 450 jeunes filles enlevées à leurs familles soit un fait qui s’arrête là. Ce sont des situations dans lesquelles, n’importe quelle personne pourrait penser «  cette enfant pourrait être ma sœur, un membre de ma famille. Pourrais-je rester indifférent ? Je ne ferais pas n’importe quoi pour la libérer ? »