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Après son enlèvement, le Père Mourad vit sans haine pour Daech

14 Janvier 2016 3:12 pm

Détenu puis surveillé par l’organisation terroriste durant plus de quatre mois, ce prêtre syrien-catholique n’éprouve pas de haine envers ses ravisseurs, qu’il considère comme des « victimes »
 
 « L’amour des ennemis » n’est pas qu’une formule abstraite pour le Père Jacques Mourad. Au contraire, cette parole évangélique a soutenu ce prêtre syrien-catholique, enlevé par Daech le 21 mai dernier avant d’être placé en liberté conditionnelle sous la menace constante de l’organisation terroriste islamiste, à partir du 1er  septembre. Ce jour-là, « j’ai serré la main de celui qui m’avait enlevé », raconte le Père Mourad, mimant la mine stupéfaite de son ravisseur. Une poignée de main qui n’avait pourtant rien d’évident…
Ayant réussi à échapper à la surveillance de Daech, quelques semaines plus tard, le 10 octobre, de passage le mois dernier à Rome et au Vatican avant de repartir en Syrie, le Père Mourad détaille volontiers les violences subies. Les quatre jours, après son enlèvement, gardé dans une voiture. La pression constante pour qu’il renie sa foi chrétienne ou paye l’impôt, sous peine d’être décapité – un « piège » dans lequel il n’est jamais tombé.
Ses 250 paroissiens d’Al-Qaryatayn (ville à 110 km de Homs), des hommes et femmes de tous âges, « y compris des enfants ou des personnes en chaise roulante », enlevés à leur tour début août. Son monastère de Mar Elian, non loin d’Al-­Qaryatayn, détruit au bulldozer alors qu’il avait patiemment contribué à le restaurer, ces quinze dernières années.
Si, en fin de compte, environ 200 habitants d’Al-Qaryatayn ont pu, après lui, fuir Daech et les bombardements de l’armée d’Assad, le curé et prieur n’oublie pas les onze personnes encore en prison et les huit mortes le mois dernier, certaines par décapitation. Il ne parle jamais pour autant de l’organisation terroriste d’une voix haineuse. « Je ne considère pas Daech comme un ennemi », déclare-t-il : « Ils sont victimes eux aussi. » Victimes« de leur chef Abou Bakr Al Baghdadi, de cette guerre, de la puissance de l’Occident à l’égard du tiers-monde ».
« Jésus a pardonné à ceux qui l’ont crucifié », plaide-t-il encore, considérant même aujourd’hui sa souffrance récente « comme une bénédiction, une grâce ». Cette épreuve lui a en effet permis de ressentir« l’amour de Dieu en (lui) », et sa libération comme « une seconde naissance ».
Il faut sans doute la foi et l’expérience sacerdotales du PÈRE Mourad pour garder ainsi le sourire et un regard pétillant. Avoir aussi le souvenir d’une enfance heureuse pour souhaiter aux futures générations de pouvoir vivre en paix. Né à Alep en 1968, dans une famille nombreuse, catholique pratiquante, Jacques Mourad a longtemps évolué dans un milieu chrétien protégé, à l’école comme dans son quartier. Mûrissant une vocation précoce avant d’être ordonné prêtre en 1993, toujours à Alep, il a longtemps tout ignoré de l’islam.
C’est en rejoignant durant les années 1990 le jésuite italien Paolo Dall’Oglio dans la restauration du monastère de Mar Moussa que le PÈRE Mourad a été au contact de cette autre religion. Non sans de grandes difficultés, au début, et la crainte que « l’on puisse trouver une autre vérité que dans le christianisme ».
Partageant les fêtes musulmanes plus tard comme curé, le prêtre syrien-catholique a découvert « des gens bons » et noué « une belle relation fraternelle ». Il n’oublie pas non plus que c’est un ami musulman qui l’a aidé à fuir Daech sur sa moto, un service rendu ensuite par d’autres musulmans à des chrétiens. Il ne confond pas l’islam avec cette organisation : « Eux, ce sont des fanatiques, des terroristes. »
Comme il l’a expliqué à Benoît XVI, qu’il a rencontré au Vatican comme, très brièvement, le pape François, le Père Mourad croit plus que jamais au besoin d’« efforts sérieux pour s’ouvrir au dialogue avec les musulmans »comme antidote à la violence actuelle.