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Dans la maison de paix

1 Juin 2014 10:50 pm

Revenant sur son pèlerinage au Proche-Orient, du 24 au 26 mai, le pape a rappelé la prière pour la paix à laquelle il a invité les présidents israélien et palestinien. Le pape a demandé « pardon pour ce que nous avons fait pour provoquer les divisions » entre chrétiens, estimant que son pèlerinage a stimulé l’œcuménisme et conforté les chrétiens présents dans cette région troublée

 
L’audience publique du pape mercredi dernier a été l’occasion pour lui de dresser un bilan de son voyage en Terre sainte, dont il est revenu lundi. Devant une place Saint-Pierre bondée, il a énuméré trois grands thèmes qu’il retient de son pèlerinage : la paix encouragée, l’unité des chrétiens stimulée et la présence chrétienne dans la région confortée.
À l’égard du processus de paix israélo-palestinien, le pape a rappelé qu’il avait « invité les présidents d’Israël et de la Palestine à venir dans sa «maison» au Vatican afin de prier pour la paix », sans indiquer la date de cette initiative qui a créé la surprise lors de son annonce dimanche 25 mai depuis Bethléem. Échangeant avec la presse dans le vol retour de son voyage, le pape avait précisé qu’il ne s’agissait pas d’une « médiation » mais de « prier seulement ».
Le pape, qui fait toujours la distinction entre le « médiateur » et l’« artisan de paix », montre une confiance dans l’action de la prière, à l’exemple de la veillée qu’il avait organisée le 7 septembre pour la Syrie. Mercredi, il a invité les fidèles présents à l’audience à « prier (avec lui) pour la paix en Terre Sainte et dans tout le Moyen-Orient ». Il a aussi remercié l’accueil que la Jordanie accorde aux réfugiés syriens, irakiens et palestiniens.
PARDON POUR LES DIVISIONS ENTRE CHRÉTIENS
« Que la prière de tous soutienne aussi le chemin vers la pleine unité de l’Église », a-t-il également déclaré. Rappelant que le but principal de son pèlerinage en était le 50e anniversaire de la rencontre prophétique entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras, le pape s’est félicité d’avoir pu « exprimer le désir de persévérer sur le chemin vers la pleine communion » avec le patriarche de Constantinople, Bartholomeos, citant leur prière commune au Saint-Sépulcre dimanche 25 mai. Le pape François a parlé de Bartholomeos comme d’un « ami ».
Toujours évoquant l’unité à rechercher, le pape François a demandé « pardon pour ce que nous avons fait pour provoquer les divisions » entre chrétiens. Un pardon qui reprend ceux faits par Jean-Paul II à l’occasion du Jubilé en 2000.
Troisième enseignement de son voyage en Terre sainte, le pape a expliqué que son but avait été aussi « de confirmer dans la foi les communautés chrétiennes de cette région et leur dire la reconnaissance de toute l’Église pour leur présence et leur courageux témoignage ». Le vocabulaire choisi rejoint le rôle premier d’un pape qui est de « confirmer dans la foi » les fidèles.
Trois raisons d’aller en Terre sainte:
Il y a cinquante ans, en janvier 1964, un pape —Paul VI — foulait pour la première fois le sol d’Israël et de cette «Terre sainte» de Jordanie et de Palestine où se trouvent la plupart des lieux bibliques. Mais, au cours de cette visite, il ne prononça pas une seule fois le nom d’Israël. Et il ne parla des juifs que dans une allusion très sibylline aux «fils du peuple de l’Alliance».
François, le premier pape non-européen, «venu du bout du monde», a entrepris à son tour, le week-end et lundi dernier, le pèlerinage de Terre sainte, successivement en Jordanie, dans les territoires palestiniens et en Israël. Il a plongé ainsi pour la première fois dans l’arène proche-orientale, dans un contexte politique et religieux dégradé, où chacune de ses paroles, chacun de ses gestes était pesé et millimétré.
1. Relancer le processus de paix
Le pape François pouvait se prévaloir de cette nouvelle amitié de l’Eglise catholique avec Israël et le monde juif pour faire valoir son charisme propre en faveur des «pauvres», palestiniens et syriens. Samedi en Jordanie, où vivent 1,4 million de Syriens, chrétiens et musulmans, il a rendu visite à un camp de réfugiés. Le lendemain, en Cisjordanie, dans un camp de réfugiés palestiniens près de Bethléem —lieu de naissance présumé de Jésus-Christ— , il a été témoin d’autres drames et de privations, d’atteintes à la liberté de circuler et de travailler en Israël, à la liberté même, pour les croyants, d’accéder aux lieux saints —chrétiens et musulmans— de Jérusalem.
Le processus de paix est en panne. A sa manière, le pape a tenté de le réactiver en rencontrant les dirigeants palestiniens et israéliens, Mahmoud Abbas, Shimon Peres, Benjamin Netanyahou. Il a rappelé la position constante du Vatican en faveur d’un règlement négocié et de la reconnaissance de deux Etats: l’Etat d’Israël qui doit jouir de la paix et de la sécurité à l’intérieur de frontières reconnues internationalement ; l’Etat souverain auquel a droit aussi le peuple palestinien pour vivre dans la dignité et se déplacer librement.
Dans les territoires palestiniens, les 60.000 chrétiens restants (38.000 en Cisjordanie, 10.000 à Jérusalem, quelques milliers dans la bande de Gaza) ne représentent plus que 2% de la population, contre 10% en 1948 à la naissance de l’Etat d’Israël.
2. Sensibiliser aux chrétiens dans le monde arabe
0Un dialogue sans naïveté: en novembre 2013, il avait exigé des pays musulmans qu’ils accordent « la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi », à l’instar de « la liberté dont les croyants de l’islam jouissent dans les pays occidentaux ». Les communautés chrétiennes du Proche-Orient ne sont pas des colonies étrangères. Elles sont bien antérieures à l’arrivée de l’islam au VIIème siècle, fortement enracinées dans l’histoire et la géographie de l’Orient.
Elles pensent leur situation aujourd’hui non plus en terme de minorité, mais de citoyenneté. Pour leurs responsables —et le pape en particulier— l’émigration (en Amérique du Nord et du Sud, en Australie, en Europe) n’est pas la solution. Les pays arabes ont besoin de leurs citoyens chrétiens et d’un vrai pluralisme religieux.
La minorité chrétienne de Terre sainte (350.000 personnes, sur quinze millions d’habitants en Jordanie, en Palestine et en Israël) est non seulement réduite et même menacée d’extinction, mais profondément divisée. Elle est représentée par une mosaïque de… treize Eglises, divisées par leur histoire, leurs langues, leurs rites, leur patrimoine.
3. Refaire l’unité avec les Eglises orthodoxes
L’un des buts de cette visite à Jérusalem du pape François était de célébrer le cinquantième anniversaire de l’historique réconciliation, dans cette même ville fondatrice du christianisme, entre le pape de Rome, Paul VI, et le patriarche Athénagoras de Constantinople, «primat» de toute l’orthodoxie.
A Jérusalem, le pape François et l’actuel patriarche de Constantinople, Bartholomeos Ier, ont fait le bilan de ces retrouvailles. Ils ont témoigné de leur engagement commun en vue d’aboutir à une réunification complète des Eglises chrétiennes. Leurs relations sont au beau fixe. Le pape François, depuis son élection en 2013, réforme énergiquement le Vatican, met l’accent sur une gouvernance collégiale et la responsabilité propre de ses Eglises locales. C’est un pas considérable en direction de l’orthodoxie qui fonctionne sur un mode décentralisé et refuse de reconnaître la «primauté universelle» de l’évêque de Rome (du pape). C’est même le seul élément qui la sépare encore aujourd’hui des catholiques.
La rencontre a eu lieu dans la même pièce où Paul VI avait rencontré le patriarche Athénagoras, à Jérusalem. Suivit ensuite la signature d’une déclaration commune. Puis les deux hommes ont participé ensemble à la célébration œcuménique au Saint-Sépulcre. Là, a eu lieu la grande nouveauté de ce voyage : une prière commune, dans ce même lieu. Le pape et le patriarche ont pris ensuite la même voiture pour aller dîner au patriarcat latin. François a pris congé du patriarche le lendemain, lundi dans l’après-midi, dans une petite église gréco-orthodoxe, sur le Mont des Oliviers.
A noter que le Pape s’est déplacé en jeep découverte et non en voiture blindée, un choix assumé par le Saint-Père, tout comme cela avait été le cas au Brésil lors des JMJ de Rio. Le Souverain pontife a également tenu à souligner l’aspect interreligieux de ce voyage jusque dans sa délégation. A ses côtés se trouvaient un rabbin et un responsable musulman. Ce sont deux Argentins, des proches du pape : le rabbin Skorka et Omar Ahmed Abud, le secrétaire général de l’institut du dialogue interreligieux, en Argentine.
Parmi les autres rendez-vous marquants de ce voyage : la rencontre avec le grand mufti, sur l’esplanade des mosquées. Le pape s’est aussi rendu pour prier au Mur Occidental (autrement appelé Mur des Lamentations), et y glisser une prière dans la roche, comme le fit son prédécesseur Jean-Paul II.