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Trump en route pour la Maison blanche après une victoire éclatante

Karim Felli - Michael Victor

10 Novembre 2016 1:28 pm

Donald Trump a remporté l’élection présidentielle américaine, déjouant tous les pronostics et les sondages qui prédisaient la victoire de son adversaire, Hillary Clinton. Le succès inattendu de l’homme d’affaires new-yorkais de 70 ans, qui deviendra le 20 janvier le 45e président des Etats-Unis et succédera à Barack Obama à la Maison blanche, met fin à huit années d’administration démocrate et place la première puissance mondiale sur une voie nouvelle.
S’exprimant à son QG new-yorkais, le nouveau président élu des Etats-Unis a lancé un appel à l’unité au terme d’une campagne qui a mis en lumière de manière souvent crue des divisions profondes de la société américaine.
“Il est temps pour nous de nous rassembler”, a-t-il déclaré. “Je serai le président de tous les Américains.”
Devant la Maison blanche, quelque 400 à 500 personnes se sont rassemblées, beaucoup choquées ou en larmes, en brandissant des banderoles contre le racisme ou affirmant “L’amour surpasse la haine” (Love trumps hate).
Mercredi en début de matinée, c’est à cet électorat qu’il s’est adressé en célébrant sur Twitter une “soirée tellement belle et importante”. “L’homme et la femme oubliés ne le seront plus jamais”, a-t-il assuré.
Dans son discours de victoire, il a déclaré avoir en tête un grand projet économique pour reconstruire les infrastructures américaines et doubler la croissance du pays.
Il s’est aussi dit prêt à travailler avec tous les pays qui y seraient disposés, afin de privilégier le partenariat plutôt que le conflit.
Défiant tous les pronostics, le républicain Donal Trump a remporté la quasi-totalité des États-clés, à l’instar de la Floride, de l’Ohio ou de la Caroline du Nord. Au bout d’une longue nuit électorale, sa rivale démocrate Hillary Clinton lui a téléphoné pour reconnaître sa défaite.
Les républicains ont également remporté le Sénat et continueront ainsi de contrôler l’ensemble du Congrès des États-Unis, fournissant une majorité parlementaire à Donald Trump.
Appel à l’unité
Le président américain Barack Obama et Hillary Clinton, candidate malheureuse à sa succession, ont tenté mercredi de panser les plaies d’une campagne acrimonieuse, appelant l’Amérique à l’unité et souhaitant au républicain Donald Trump une présidence réussie. Après le séisme mondial causé par l’élection du milliardaire populiste, Obama, qui avait évoqué la menace que représentait ce dernier pour la démocratie, a assuré avoir été “encouragé” par ses propos conciliants après la victoire. Il a exhorté les Américains à ne pas céder au découragement ou à la panique.  “Nous sommes d’abord Américains. Nous voulons tous le meilleur pour ce pays”, a-t-il déclaré lors de brèves remarques depuis les jardins de la Maison Blanche, insistant, dans un message clair à l’attention de son successeur, sur l’importance “du respect de institutions” et “du respect des uns pour les autres”.
Réaffirmant qu’il avait des différences de vue “très marquées” avec Donald Trump, il a rappelé qu’il y a huit ans, il avait également des divergences profondes avec son prédécesseur George W. Bush, et que cela n’avait pas empêché une transition “exemplaire” du pouvoir. 
Mme Clinton, nettement battue à la surprise générale au terme d’une nuit dont le suspense restera gravé dans la mémoire des Etats-Unis, a choisi mercredi pour s’exprimer un hôtel de Manhattan, non loin de l’endroit où elle aurait célébré sa victoire si les sondages ne s’étaient pas trompés à ce point sur son compte.  L’ancienne Première dame a ajouté que les Américains devaient faire preuve d’”ouverture d’esprit” à la perspective d’une présidence Trump, à qui ils devaient “offrir sa chance de diriger” le pays.
Le transfert pacifique du pouvoir a une “valeur sacrée” dans la démocratie américaine, a également assuré la candidate malheureuse, qui a finalement échoué à devenir la première femme présidente des Etats-Unis et dont les ambitions nationales ont probablement été enterrées à jamais mardi.  D’autres signes mercredi montraient que la démocratie américaine se préparait à digérer l’élection choc de Trump dans le respect des institutions et de la tradition.  Le président de la Chambre de commerce américaine, Thomas Donohue, a ainsi adressé un message de félicitation à Donald Trump, ainsi qu’aux nouveaux élus au Congrès, dont les deux chambres sont restées mardi à majorité républicaine.  Après avoir été ballotés par la tourmente, les marchés financiers ont aussi repris pied mercredi, dans la foulée d’une ouverture de Wall Street dont l’indice vedette s’est offert le luxe d’une hausse.
Prudence européenne
L’élection de Donald Trump à la Maison Blanche a été accueillie mercredi avec inquiétude et souvent froideur dans le monde où l’extrême droite s’est a contrario félicitée – la Française Marine Le Pen en tête – de l’avènement d’une nouvelle ère.  La victoire de Trump “ne me réjouit pas” mais, “librement élu”, il a droit “à ce qu’on lui donne une chance”, a observé le président du Parlement européen, Martin Schulz.  Plus pessimiste, le président français François Hollande a jugé que “cette élection américaine ouvrait une période d’incertitude”.  Il a appelé l’Europe à resserrer les rangs peu après une réaction enthousiaste du Premier ministre hongrois Viktor Orban, populiste de droite, qui se félicitait d’une “excellente nouvelle”.  Une réunion spéciale des ministres des Affaires étrangères de l’UE a été convoquée dimanche à Bruxelles.
L’ONU compte sur le président élu des Etats-Unis Donald Trump pour l’aider à lutter contre le réchauffement climatique et à promouvoir les droits de l’homme, a pour sa part déclaré mercredi le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.
Le P-O appelle Trump à s’engager
Des dirigeants du Moyen-Orient ont appelé mercredi Donald Trump à les aider à résoudre les nombreuses crises de leur région, sur lesquelles le futur président américain s’est peu exprimé durant la campagne.
“Si vous regardez le Moyen-Orient, c’est le chaos total”, avait jugé le candidat républicain lors de la campagne, en qualifiant de “désastre” la politique de l’administration Obama.
Il est probable que, lorsqu’il entrera à la Maison blanche en janvier, les Etats-Unis soient toujours impliqués, plus ou moins directement, dans les quatre guerres de la région (Syrie, Irak, Libye et Yémen) sans oublier le conflit israélo-palestinien et les suites de l’accord nucléaire avec l’Iran.
Face à ces incertitudes, le roi Salmane d’Arabie saoudite, l’une des grandes puissances régionales, a souhaité à M. Trump “le succès dans sa mission pour réaliser la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient”.
Pour le Premier ministre irakien Haider al-Abadi, l’essentiel est “la poursuite du soutien” des Etats-Unis dans la lutte “contre le terrorisme”. Avec des milliers de conseillers militaires et les frappes aériennes, l’armée américaine joue en effet un rôle crucial dans l’offensive en cours pour reprendre Mossoul au groupe Daech.
En Syrie, la victoire de M. Trump a été accueillie à Damas comme “une bonne surprise”, a indiqué à l’AFP Waddah Abed Rabbo, directeur du quotidien Al Watan, proche du régime du président Bachar al-Assad.
Ne cachant pas son admiration pour le président russe Vladimir Poutine, un allié du régime syrien, Donald Trump avait déclaré en juillet au New York Times: “Assad hait l’EI, l’EI hait Assad. Ils se battent l’un contre l’autre, et on est censé combattre les deux? L’EI est une bien plus grande menace contre nous qu’Assad”.
De leur côté, des groupes rebelles réclament aussi une nouvelle politique américaine car “l’expérience avec l’administration Obama n’a pas été bonne”, selon Bassam Moustapha, membre du conseil politique de Nourredine al-Zinki, l’un des principaux groupes rebelles.
L’Iran a été prompt à réagir en jugeant que “le plus important” était “que le futur président respecte les accords, les engagements pris à un niveau multilatéral”, selon son ministre des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.
Le président Hassan Rohani a ainsi affirmé que M. Trump ne pourrait pas revenir sur l’accord nucléaire de 2015 entre l’Iran et les grandes puissances car il avait été “entériné” par l’ONU.
Pendant la campagne électorale, M. Trump avait déclaré qu’il “déchirerait”, s’il était élu, cet accord.
Un impétueux businessman
Magnat de l’immobilier, ex-vedette de la téléréalité, businessman à l’ego surdimensionné… Donald Trump a réalisé à 70 ans son plus gros coup : devenir président des États-Unis sans aucune expérience politique.

On lui a longtemps prédit une carrière politique fulgurante. Mais Donald Trump a réussi à s’inscrire dans la durée. Celui que l’on considérait comme un “feu de paille” médiatique a résisté à tous les vents, toutes les polémiques, tous les scandales. Faire des gros coups, voilà ce qui anime le businessman depuis le plus jeune âge. Quatrième enfant d’une fratrie de cinq, Donald Trump a grandi à New York, dans le quartier du Queens, où son père, Fred C. Trump, mène de florissantes affaires dans l’immobilier. L’impétueux Donald entend bien suivre sa voie mais, sans doute dans l’espoir de dompter son esprit un brin rebelle, ses parents l’envoient d’abord à l’académie militaire de New York. Réformé à plusieurs reprises, il échappe toutefois à l’armée et, partant, à la guerre du Vietnam qui fait rage alors.
Ce n’est qu’une fois diplômé, en 1968, de la prestigieuse Wharton School – l’école de Finance de l’université de Pennsylvanie –, qu’il rejoint l’entreprise paternelle et Manhattan, où il concentre ses activités. Au fil des ans, le fils Trump se fait remarquer par le caractère pharaonique de ses projets. En 1984, son ambition dévorante atteint son apogée avec l’édification à New York, sur la mythique 5e Avenue, des 68 étages d’une tour portant son nom : la Trump Tower (où il réside encore actuellement).
C’est peu de dire que l’ambition (ou l’ego) de Trump ne connaît pas de limites. Via sa holding The Trump Organization, l’homme s’est essayé à tout ou presque : tourisme et l’hôtellerie de luxe, les casinos et les terrains de golf, les compagnies aériennes et les concours de Miss. “La définition même de la ‘success story’ à l’américaine”, selon son site de campagne.
L’omniprésence de Donald Trump dans l’espace médiatique ne date cependant pas de son arrivée fracassante dans l’arène politique. Avant de se porter candidat à la Maison Blanche, le milliardaire occupait depuis 2004 le petit écran en tant qu’animateur d’une émission de téléréalité, “The Apprentice”, dans laquelle il mettait à l’épreuve de jeunes gens désireux d’intégrer sa holding. La phrase “You’re fired !” (“Tu es viré !”) qu’il lançait alors aux candidats malheureux est, depuis, entré dans la culture populaire américaine.
Sur le plan de la politique comme sur celui des affaires, Donald Trump s’est essayé à presque tout, adaptant ses convictions à ses propres intérêts. On l’a connu démocrate, puis indépendant. Autrefois flexible sur les questions de l’avortement et du contrôle des armes à feu, il a durci son discours afin d’incarner la ligne radicale du Parti républicain.
Au chapitre “programme politique”, le magnat new-yorkais se distingue aussi par sa démesure. Après avoir traité les immigrés clandestins de “violeurs”, Donald Trump s’engage à faire construire, aux frais de Mexico, un mur à la frontière mexicaine afin d’empêcher toute immigration clandestine. Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, il propose d’interdire l’entrée des musulmans sur le territoire américain.
Il devient le 45e président des États-Unis sans bénéficier d’aucune expérience politique. Plus qu’un gros coup, un séisme politique.