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Rapprochement historique entre les Etats-Unis et Cuba

Karim  Felli

18 Décembre 2014 2:05 pm

 
Les Etats-Unis ont annoncé mercredi dernier un rapprochement historique avec Cuba, vers une normalisation des relations diplomatiques et commerciales. Voici le détail des principales annonces. Relations diplomatiques: Les Etats-Unis vont ouvrir une ambassade à La Havane “dès que possible”, selon un haut responsable de l’administration américaine. Les relations diplomatiques étaient rompues depuis janvier 1961, et les Américains ne disposent aujourd’hui que d’une section d’intérêts à Cuba. De sa part, le président cubain Raul Castro a annoncé mercredi s’être “mis d’accord” avec son homologue américain Barack Obama sur “le rétablissement des relations diplomatiques” entre les deux pays, tout en soulignant que la question “principale” de l’embargo américain restait à régler. Dans le même temps, le président Barack Obama s’est engagé à examiner avec le Congrès américain la levée de cet embargo strict imposé depuis 1962 par les Etats-Unis à l’île communiste.
 
Espionnage, prisonniers et terrorisme
Le rapprochement historique entre les deux pays survient au moment de l’annonce par les deux pays d’un échange de prisonniers: un espion américain détenu à Cuba depuis 20 ans et trois Cubains écroués aux Etats-Unis. “Gerardo (Hernandez), Ramon (Labañino) et Antonio (Guerrero) sont arrivés aujourd’hui dans notre patrie”, a annoncé M. Castro au sujet de ces trois agents qui faisaient partie d’un groupe de cinq Cubains condamnés en 2001 à de lourdes peines de prison pour espionnage. “Cette décision du président américain mérite le respect et la reconnaissance de notre peuple”, a ajouté le président cubain, avant de confirmer la libération “humanitaire et unilatérale” d’Alan Gross, un Américain détenu depuis 5 ans à La Havane. Washington a toujours conditionné une détente avec Cuba à la libération de cet ancien contractuel de l’agence fédérale américaine pour le développement international (USAID), qui avait été condamné en 2011 à 15 ans de prison pour avoir introduit du matériel de transmission satellitaire interdit dans l’île.
Washington va également engager un processus pour retirer Cuba de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, à laquelle l’île fut ajoutée en 1982. Enfin, le président Barack Obama participera au sommet des Amériques de 2015, à Panama. Cuba a également annoncé sa participation, une première depuis son lancement en 1994.
 
Tourisme, commerce et échanges économiques
Les voyages touristiques indépendants vers Cuba resteront interdits, bien que les Américains soient aujourd’hui déjà capables de se rendre à Cuba via des visites organisées, en passant par des agences habilitées par le gouvernement américain. Mais l’administration Obama va lever dans les prochaines semaines les restrictions de voyage vers Cuba pour les 12 catégories de voyageurs qui sont actuellement autorisées sous conditions, dont les visites familiales, les journalistes, chercheurs, activités d’éducation, religieuses, sportives, humanitaires, l’exportation ou l’importation de matériels d’information. Certaines de ces catégories, comme les visites familiales, avaient déjà vu un assouplissement en 2009, mais l’annonce de mercredi concerne l’ensemble de ces catégories de voyageurs. Le plafond pour l’envoi d’argent depuis les Etats-Unis vers Cuba passera de 500 à 2.000 dollars par trimestre.
La question principale de l’embargo reste à régler, a mis en garde Raul Castro tandis que Barack Obama s’est engagé à examiner avec le Congrès la levée du blocus commercial instauré en 1962. Mais la Maison Blanche a décidé que les Américains pourraient désormais utiliser leurs cartes de crédit à Cuba. Les institutions américaines pourront ouvrir des comptes dans les institutions financières cubaines afin de faciliter les paiements pour des transactions autorisées.
L’exportation de matériaux de construction pour des projets immobiliers privés, de biens à destination des entrepreneurs du secteur privé cubain, et de biens agricoles pour les petits exploitants agricoles sera autorisée. L’exportation de certains matériels de communication et télécommunication sera aussi permise, dans le but de développer l’internet sur l’île. Enfin les voyageurs américains pourront rapporter 400 dollars de biens aux Etats-Unis, dont un maximum de 100 dollars de tabac, ce qui inclut les cigares cubains.
 
Colère au Congrès
Alors que la Maison Blanche souhaite que la levée de l’embargo se fasse avant la fin du mandat de Barack Obama, en 2017, des parlementaires démocrates et républicains, partisans de l’isolement du régime cubain ont déploré, mercredi 17 décembre, la décision de Barack Obama d’engager une normalisation des relations avec Cuba. Ils ont notamment promis de résister à la levée de l’embargo réclamé par le président américain.
Sénateur de Floride, où vivent de nombreux réfugiés cubains très hostiles au régime de Raul Castro, le républicain Marco Rubio a dénoncé la naïveté de l’initiative états-unienne. Marco Rubio présidera à partir de janvier la sous-commission des affaires étrangères qui sera chargée d’interroger et confirmer le prochain ambassadeur américain à Cuba, et a sous-entendu que cette confirmation s’avérerait délicate. “Ce Congrès ne lèvera pas l’embargo”, a en outre affirmé Marco Rubio. Le président républicain de la Chambre des représentants, John Boehner, a regretté “une longue série de concessions irréfléchies à une dictature qui brutalise son peuple et complote avec nos ennemis”. “Cela va encourager tous les pays qui soutiennent le terrorisme”, a-t-il déclaré.
Les démocrates n’étaient pas en reste, notamment le sénateur Robert Menendez, qui présidait jusqu’à présent la commission des affaires étrangères et fait partie du groupe de parlementaires viscéralement hostiles à une levée des sanctions contre Cuba. Le rapprochement “cautionne le comportement brutal du gouvernement cubain”, a-t-il déclaré dans un communiqué sévère. Trois parlementaires sont allés chercher Alan Gross, libéré mercredi par Cuba après cinq ans de détention à la faveur du rapprochement : le sénateur démocrate Patrick Leahy, le sénateur républicain Jeff Flake et le représentant démocrate Chris Van Hollen. Patrick Leahy a engagé ses collègues à ne pas “s’accrocher à une politique en échec”. “Le temps du changement est venu”, a-t-il déclaré à son retour aux Etats-Unis.
Il aura fallu dix-huit mois de négociations, l’entremise du Canada et l’intervention du pape François pour obtenir cet accord historique.  Pour parvenir à cet accord, des délégations des deux pays se sont rencontrées à de nombreuses reprises, dans le plus grand secret, entre juin 2013 et novembre 2014. La plupart des entrevues ont eu lieu au Canada, mais le Vatican a également joué un rôle important. Le pape François, premier souverain pontife originaire d’Amérique latine, s’est ainsi personnellement impliqué auprès des deux pays.