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Le duel Clinton-Trump, tout sauf académique

10 Juin 2016 9:11 am

 

 

 

Pour la première fois dans l’histoire des Etats-Unis, une femme est la candidate d’un des deux grands partis à l’élection présidentielle. C’est une date qui compte pour la démocratie américaine, et au-delà. Sortie gagnante d’une élection primaire difficile, la démocrate Hillary Clinton (68 ans) affrontera, le 8 novembre, Donald Trump (69 ans), qui, maniant l’injure et un programme peu orthodoxe, a terrassé les autres prétendants républicains. De l’affrontement qui s’annonce, on ne sait que deux choses. La première est qu’il n’aura rien d’un débat académique sur les mérites des propositions de l’une et de l’autre. M. Trump a, dès le début, donné le ton de la saison politique 2016 : l’insulte personnelle, le propos raciste, les menaces physiques, les mensonges éhontés, l’ensemble emballé au nom du refus d’un politiquement correct qu’on finira par regretter, et qui serait celui des « élites ». La seconde est que rarement, depuis 1945, deux candidats à la présidentielle ont eu des cotes de popularité aussi basses. Ni Mme Clinton ni M. Trump ne sont des postulants aimés : ils accumulent les perceptions « négatives », disent les sondeurs, le promoteur immobilier plus encore que l’ex-Première Dame, ex-sénatrice et ex-secrétaire d’Etat. L’un et l’autre sont des candidats faibles. Jugée manipulatrice et peu sincère, Mme Clinton incarne la quintessence d’une élite politique proche des milieux financiers, exactement ce que rejette l’électorat. Vulgaire, volontiers démagogue et sans la moindre expérience politique, M. Trump est porté par des électeurs masculins, plutôt pauvres et majoritairement, sinon exclusivement, blancs, à l’opposé de l’évolution démographique du pays. Mme Clinton mérite sa victoire. La bataille pour l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités, elle la mène depuis sa jeunesse. Personne ne peut lui contester un passé militant exemplaire. Elle a la passion de la chose publique. Technocrate hyper compétente, elle a acquis la patience et la science du compromis qui sont en politique la voie de la réforme. Constamment soumise à une pression médiatique sans pitié depuis l’élection de Bill Clinton à la présidence (1992-2000), elle a fait montre d’une ténacité sans égale. Cette femme s’est forgée dans l’épreuve : elle encaisse et sait répondre, dignement. Mais son adversaire, le pugnace septuagénaire Bernie Sanders, a mis le doigt sur les faiblesses de la candidate Clinton. Il pourrait à la rigueur lui pardonner d’avoir le goût de l’argent à titre personnel, encaissant des sommes astronomiques, voire indignes, pour prononcer des discours insipides devant la clientèle huppée de grandes banques de Wall Street (ce serait donc cela, le porte-drapeau du centre gauche ?) En revanche, à ses yeux, elle représente et accepte ce qu’il y a de plus négatif dans le système politique américain : le financement des campagnes électorales par des intérêts privés. Cette élection se déroule sur fond de critique de la mondialisation : immigration et libre-échange. Souvent de manière ouvertement raciste, M. Trump a fait bouger les lignes républicaines sur ces sujets. Bousculée par M. Sanders, Mme Clinton conteste aujourd’hui un libre-échangisme international incontrôlé et qui laisse trop d’Américains sur le bas-côté de la route. L’Europe est aux prises avec les mêmes questions. Hélas, Donald Trump risque d’escamoter ce débat, essentiel, au profit d’attaques personnelles contre Hillary Clinton.

 

 

Le Mondefr.