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Le pape en Corée, l’élan de la jeunesse

13 Août 2014 7:57 pm

La Croix : Dorian Malovic, à Séoul

Le pape François entame jeudi 14 août un voyage de cinq jours en Corée du Sud, à la rencontre d’une Église dynamique et de la jeunesse asiatique.

Au cœur de Séoul, trois colonnes de pierre s’élancent vers le ciel. Comme un défi à la modernité de la société coréenne, le monument aux martyrs de Seosomun (Porte de l’Ouest) dont les noms sont gravés dans le bronze, incarne une spiritualité chrétienne aux sanglantes origines. Ses sculptures illustrant les tortures et la crucifixion symbolisent la violente persécution des premiers catholiques coréens de 1791 à 1866.

« Une fois condamnés par la cour, après avoir été torturés pour les contraindre à l’apostasie, les chrétiens étaient promenés et exposés à la foule depuis la place Gwanghwamun, jusqu’ici où les attendait leur bourreau », explique le P. Joseph Lee Joon-seong, responsable actuel du site, posé dans un joli petit parc encerclé de tours de bureaux et d’immeubles.

Les origines de l’Église catholique de Corée puisent ses racines dans le sang de plus de 10 000 victimes exécutées pendant près d’un siècle par un royaume coréen y voyant l’arrivée d’une religion étrangère menaçant son pouvoir fondé sur le confucianisme.

RÉHABILITATION DES MARTYRS
Deux jours après son arrivée en Corée le 14 août, le pape François fera exactement le chemin inverse des chrétiens condamnés, sur près de deux kilomètres : « un désir de symboliser l’annulation de la condamnation des martyrs et leur réhabilitation », explique encore le P. Lee, qui assure qu’au moins un million de personnes seront témoins de ce « chemin de rédemption » avant d’assister à la cérémonie de béatification de 124 martyrs laïcs, célébrée par le pape François sur la place Gwanghwamun.

Trente ans après le premier voyage de Jean-Paul II en Corée, en 1984, durant lequel il avait canonisé 103 martyrs dont trois Français des Missions étrangères de ­Paris (MEP), « le pape François va venir nous rappeler la force des origines de notre Église et de notre foi », confie le jeune P. Gabriel Kim San-wook, né l’année même de la visite de Jean-Paul II et ordonné l’année passée.

Singularité coréenne, le catholicisme fut introduit au « Pays du matin clair » en 1784 par des laïcs lettrés pétris d’écritures saintes en langue chinoise, découvertes en Chine auprès de missionnaires jésuites. Après leur voyage en Chine, ces laïcs issus de familles aristocratiques évangélisent, au péril de leur vie, sans prêtres jusqu’à l’arrivée des premiers missionnaires français des MEP cinquante ans plus tard.

BETHLÉEM DE CORÉE
« Les histoires de martyrs peuvent vous sembler de l’histoire ancienne, à vous Occidentaux, mais moi je sens leur esprit vibrer en moi, explique le P. Kim, ils ont donné leur vie pour leur foi comme Jésus a été crucifié pour nous sauver… » Et de sortir son téléphone portable pour montrer une image : « ma figure historique de martyr est ce prêtre chinois, Jacques Chu, venu clandestinement en Corée en 1794 pour soutenir les communautés chrétiennes, baptiser et enseigner. C’est mon idole ».

Le P. Chu se dénoncera de lui-même à la police, avant d’être torturé et exécuté en 1801. Un autre métissage spirituel chinois que le jeune prêtre met en première place dans son cœur juste, avant même le vénéré P. André Kim, saint patron de la Corée, premier prêtre de Corée décapitée en 1846 à l’âge de 25 ans.

Dans la « petite Bethléem de ­Corée », à Solmoe, village natal du Père Kim, à deux heures et demie de voiture de Séoul, on prépare avec enthousiasme et sérénité la venue du pape François le 15 août. Le Père Paul Lee Yong-Ho, responsable du sanctuaire qui reçoit près de 100 000 visiteurs par an, tond la pelouse du grand parc où a été préservée la maison natale du premier prêtre coréen. « Le christianisme coréen est né ici, assure en souriant le jeune prêtre, et sur les 124 martyrs que le pape va béatifier, 49 viennent de cette région et c’est ici que le pape viendra également à la rencontre des jeunes chrétiens asiatiques réunis tout autour de ce sanctuaire ».

« JEUNESSE D’ASIE, RÉVEILLE-TOI ! »
Au milieu du parc se tient une belle statue toute blanche du jeune André Kim, né en 1821 dans une famille de propriétaires terriens et qui partit à l’aventure en Chine à la découverte des écritures bibliques. Séminariste à Macao chez les MEP, il rentre en Corée mais il n’est pas encore ordonné prêtre et ne peut pas célébrer, baptiser ou marier. Il repart en bateau vers la Chine et sera ordonné en 1845 près de Shanghaï par l’évêque français Mgr Jean Joseph Ferréol.

« À peine rentré en Corée, il se fait arrêter et sera exécuté à l’âge de 25 ans, un an et un mois après avoir été ordonné », raconte encore sœur Chiara, religieuse de la Congrégation des martyrs de Corée, en pleine jubilation à l’idée de rencontrer le pape. Elle offre des cartes postales à l’effigie du P. Kim, « béatifié par Pie XI en 1925 et canonisé par Jean-Paul II en 1984… »

PAIX ET RÉUNIFICATION
Après un court silence, sœur Chiara se tourne vers les immenses photos du pape affichées dans le sanctuaire sur lesquels on peut lire le slogan des 6e Journées de la jeunesse asiatique : « Jeunesse d’Asie, réveille-toi ! La gloire des martyrs brille sur toi ». Le pape François célébrera la messe de clôture de ces Journées qui auront commencé sept jours plus tôt, dans le village forteresse de Seosan, à un kilomètre du grand sanctuaire des martyrs de Haemi, tués à la fin du XVIIe siècle.

« Nous prions et nous ne sommes pas stressés à l’idée d’accueillir le pape le 17 août pour un repas traditionnel coréen avec les évêques et les prêtres », sourit le P. Simon Paek Sung-soo, responsable de ce sanctuaire qui accueille chaque année plus de 100 000 visiteurs. « À partir de 1798 ici, les autorités ont enterré vivants plus d’un millier de chrétiens et c’est un prêtre français, le P. Barraux, qui a découvert les fosses en 1935 ».

À ce moment précis, un avion de chasse de la base militaire voisine survole le sanctuaire. La Corée, pays de martyrs et aussi nation divisée, toujours officiellement en guerre avec son frère du Nord : « Grâce à la venue du pape, j’espère que pourra être relancé un mouvement de réunification et de paix ».