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À Erbil, une Vierge géante pour veiller sur les chrétiens d’Irak

17 Août 2014 2:10 pm

 

La croix – Agnès Richieri (à Erbil)

Situé à quelques dizaines de kilomètres seulement du front avec l’EIIL, le monument est un pied de nez aux destructions perpétrées par les djihadistes dans les villages voisins d’Irak et un signal fort que les chrétiens ont leur place au Kurdistan irakien.

Correspondance particulière

“Le projet était prévu de longue date, explique John, un jeune chrétien d’Ainkawa, le quartier où fut inaugurée la statue hier soir. Il y avait avant une statuette que l’on ne voyait pas bien. Maintenant, tout le monde sait que c’est une terre chrétienne.” Près de 30 000 chrétiens, principalement des chaldéens, vivent depuis plusieurs générations sur le territoire kurde, répartis entre ce quartier d’Erbil et le village voisin de Shaqlawa. Une cohabitation difficile, notamment pendant la guerre civile kurde des années 1990, a finalement laissé place à une reconnaissance de leur présence sur le territoire. En témoigne cette Vierge, juchée sur une fontaine de 10 mètres de haut et tournant lentement sur elle-même, comme pour offrir sa protection aux quatre vents.

DES RÉFUGIÉS VENUS DES VILLAGES VOISINS D’IRAK

L’inauguration célébrée en grande pompe par l’évêque d’Erbil, Bashar Mate Warda, s’est tenue à quelques mètres de l’église Saint-Joseph dont les jardins sont toujours occupés par une centaine de familles réfugiées. C’est la communauté chrétienne locale, rassemblée hier autour de la Vierge, qui héberge depuis dix jours les 90 000 réfugiés venus ici des villages voisins d’Irak. « Nous avons même prêté notre maison à Shaqlawa pour héberger des familles, précise John, assis dans l’église bondée lors de la messe célébrée pour l’occasion. La majorité des réfugiés sont des assyriens. Nous sommes avant tout des chaldéens. Mais peu importe, nous sommes tous chrétiens. » Une solidarité vivement encouragée par l’Église d’Erbil. La liturgie en langue syriaque, commune aux deux communautés, facilite l’appel à la fraternité. « Soutenez vos frères meurtris, harangue le père Salim pendant son homélie. Suivez le chemin de Marie qui prit soin du Christ persécuté. »

« NOUS NE SOMMES PAS CHEZ NOUS ICI »

Pourtant, peu nombreux furent les réfugiés présents à la cérémonie hier soir. « Depuis que je suis arrivé ici, je ne mets plus les pieds à l’église, raconte Mekhail, un réfugié irakien qui a fui Qaraqosh avec toute sa famille. La fête de Marie est très importante chez nous, chaque année les cloches de nos dix églises tonnent à l’unisson. Mais comment puis-je aller prier sur ces bancs maintenus au frais pendant que ma famille crève de chaud sous une tente ? ».

Difficile pour Mekhail, chassé de chez lui il y a à peine dix jours, d’accepter sa nouvelle situation. « L’Église d’Erbil veut nous garder au Kurdistan mais nous ne sommes pas chez nous ici, précise ce professeur de langue syriaque. Ils ne pensent qu’à élargir leur communauté de croyants. » Mekhail n’a donc pas rejoint les célébrations du 15 août cette fois-ci. Il a fait son rosaire comme chaque année, auprès de sa famille, avec une seule prière en tête : l’exil pour sauver ses enfants.