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Mathias Enard, lauréat du Goncourt 2015

5 Novembre 2015 3:17 pm

 
Le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone a distingué le roman « Boussole » de Mathias Enard. Fasciné par l’Orient, l’écrivain, qui était l’un des favoris, a obtenu 6 voix. Le prix a été annoncé, comme chaque année au restaurant Drouant à Paris devant la presse internationale. 

 

Mathias Enard remporte le prix Goncourt 2015 avec son dixième roman Boussole, publié chez Acte Sud. L’écrivain succède ainsi à Lydie Salvayre et son œuvre Pas pleurer.

Face à la cohue des journalistes du monde entier, l’écrivain, large carrure et favoris broussailleux rappelant à certains Balzac, s’est dit “surpris” et “extraordinairement heureux”. “Je reviens d’Alger, figurez-vous, et de Beyrouth”, a ajouté l’auteur de Boussole. “Et peut-être la baraka de Cheikh Abderrahmane, le patron d’Alger, et Saint Georges de Beyrouth ont fait ça et j’en suis extraordinairement heureux”.
Le Premier ministre Manuel Valls a félicité sur Twitter le lauréat, qui “avec son phrasé musical transmet l’amour de l’Orient et de ses trésors à préserver. Une Boussole pour l’époque”. En 2010, Mathias Enard avait déjà reçu le Goncourt des lycéens pour “Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants
Boussole, un livre exigeant et parfois ardu, plonge le lecteur, le temps d’une nuit, dans les rêveries opiacées d’un musicologue épris de l’évanescente Sarah. Un des objectifs du roman, selon Enard, est de lutter contre l’image simpliste et fantasmée d’un Orient musulman et ennemi, en montrant tout ce qu’il nous a apporté.
Insomniaque, sous le choc d’un diagnostic médical alarmant, Franz Ritter, musicologue viennois épris d’Orient, fuit sa longue nuit solitaire dans les souvenirs d’une vie de voyages, d’étude et d’émerveillements. Nuit mélancolique et mélodieuse, sur un motif de fugue à deux voix puisqu’entrelaçant le fil de son attachement pour le grand est (Alep, Palmyre, Damas, Istanbul, Beyrouth, mais aussi l’Iran et le désert), avec celui de sa grande histoire avec Sarah – la passionnée des fous d’Orient – que Franz se raconte, comme pour la réinventer mieux qu’il n’a su la vivre.
Tissée de destinations lointaines et de rencontres marquantes au fil de destins voyageurs – séjours universitaires ou archéologiques, débats historiques ou philologiques -, cette histoire est celle d’une main tendue, d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Voyage autour d’une chambre, panorama d’un double amour impossible, d’un double rendez-vous manqué, Boussole est le témoignage d’une rencontre déterminante, de métissages profonds et d’infernales folies – l’inventaire amoureux de l’incroyable apport de l’Orient à la culture et à l’identité occidentale. Sur le pouvoir et les impuissances de la fascination, sur la solitude de l’esthète et l’élusive préservation des traces, l’auteur de Zone orchestre une quête éperdue et délibérée de l’autre en soi et s’y montre vertigineux d’érudition, irrésistible de mélancolie et déchirant de lucidité.
.Les trois autres finalistes du Goncourt, dévoilés le 27 octobre au musée du Bardo à Tunis, étaient Hédi Kaddour et son roman Les prépondérants (Gallimard), Tobie Nathan pour Ce pays qui te ressemble (Stock) et Nathalie Azoulai, la seule femme du groupe, avec Titus n’aimait pas Bérénice (POL). Les relations compliquées entre l’Occident et l’Orient étaient au cœur des romans des quatre écrivains.
Pour mériter le Goncourt, il faut “une histoire, une écriture, une ambition”, a résumé Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt, sur France Inter. “J’aime bien les prix Goncourt qui parlent du monde dans lequel nous vivons”, a-t-il dit.
“Un bon Goncourt est un livre qui va rencontrer plusieurs centaines de milliers de lecteurs, qui va les divertir et surtout les faire entrer dans le monde par une autre porte que celle avec laquelle ils entrent d’habitude. Un bon Goncourt, c’est pousser une porte inattendue pour le lecteur, même si elle ne s’ouvre pas facilement”.
Le lauréat du Goncourt recevra un chèque de… 10 euros. Mais l’enjeu est ailleurs. Un roman estampillé Prix Goncourt se vend en moyenne à environ 400.000 exemplaires, le Renaudot à un peu moins de 200.000.