Dernières nouvelles

Décès de l'écrivain politique égyptien prolifique et initié

18 Février 2016 2:10 pm

L’éminent journaliste égyptien Mohamed Hassanein Heikal est décédé mercredi au Caire à l’âge de 92 ans. Né en 1923 au village de Bassous à Qalioubiya, Heikal a pratiqué le journalisme en 1942 quand il a écrit pour l’Egyptian Gazette, une publication anglaise d’Al-Gomhouriya. Il a fermement soutenu la candidature présidentielle d’Al-Sissi, le qualifiant de “président de l’inévitable”, citant sa capacité à mettre fin à l’agitation politique du pays et au déclin économique.
Il a été interviewé par la présentatrice de télévision Lamis el-Hadidi pendant plusieurs saisons dans une émission surnommée “L’Egypte où se trouve-t-elle, et où va-t-elle?” où il a fourni un aperçu de la situation de l’Egypte et des affaires arabes. Evoquer un personnage aussi important, qui a vécu, observé et analysé les  vicissitudes de l’Égypte et de la région n’est pas chose aisée. Mohamed Hassanein Heikal était plus qu’un brillant journaliste, plus qu’un témoin averti d’un monde  en perpétuel mutation, un intellectuel exceptionnel qui ne s’est pas  contenté de commenter et d’expliquer les événements ayant marqué le monde  arabe. Il a su exercer une influence certaine sur les décideurs qu’il a côtoyés de par ses conseils mais aussi ses connaissances des aléas de l’histoire politique des  États de la région et sa maîtrise de la géopolitique du Moyen-Orient.
Il est loin d’être un produit du nassérisme comme certains voudraient le faire  croire. Sa carrière débuta en 1942 dans l’Égypte de Farouk, monarchie parlementaire où le souverain tient les rênes du pouvoir mais où le multipartisme existait et la vie politique foisonnait.
Le jeune homme aura le grand mérite et ce tout au long de sa vie de constituer sa propre culture, solide et variée à la fois. C’est un vrai autodidacte. Il fut très marqué à l’adolescence par la figure du leader Moustapha el-Nahhas qui dirigea le  Wafd après le décès de Saad Zaghloul.
En 1944, il rejoignit le journal arabophone Akher Saa, qu’on peut traduire par La Dernière Heure, où il fut surnommé Le magicien du fait de sa polyvalence. Ce journal fusionna en 1946 avec Akhbar el Youm des frères Ali et Moustapha Amine.
En juin 1952, il succéda à Ali Amine en tant que directeur de la rédaction d’Akhbar el Youm. Le 23 juillet de la même année, les officiers libres renversèrent le Roi Farouk. Dans la  mêlée Nasser lui propose de prendre le contrôle du nouveau journal al Gomhouriya, il déclina poliment l’offre et c’est Sadate qui lancera ce journal. Mais le 1er août  1957, il prit la tête du prestigieux quotidien Al Ahram avec pour défi principal  de relancer le journal qui était en chute libre. Il réussit son pari, de 60 000 exemplaires, Al Ahram tirera 350 000 exemplaires. L’édition du vendredi atteint 750 000 exemplaires. Il régna sur le journal durant 17 ans au point que les  marchands de journaux surnommèrent le quotidien Ahram Heikal.
Il fut emprisonné par Sadate en 1981 avec un certain nombre d’intellectuels et de figures politiques et religieuses égyptiennes. Après l’assassinat du président au  mois d’octobre de la même année, le nouveau raïs Hosni Moubarak libéra tous les  prisonniers politiques dont Heikal. Al Ostaz (le professeur) comme on le surnomme dans le monde arabe avec l’article défini bien  sûr, continuera d’écrire. Ses livres sont des best-sellers. Il cultivera toujours ses  amitiés de par le monde. Son rôle de conseiller et de stratège, il le mettra au service de son ami feu Hussein de Jordanie et d’autres. Il rencontrait  fréquemment le président Al-Sissi, le journaliste Abdallah Sinawi dira que  Heikal est l’auteur du discours de destitution de Morsi prononcé à l’époque par le général Al-Sissi. Cela reste à confirmer mais ce qui est certain c’est que  l’influence d’al ostaz est bel et bien existante. Il demeura très écouté dans une région et un monde complexes où les conflits font rage et la compréhension  des enjeux n’est pas donnée à tout le monde.