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"Timbuktu" remporte le César du meilleur film

Michael Victor

28 Février 2015 9:48 pm

Vibrant cri de résistance contre la terreur jihadiste dans le nord du Mali, le film du Mauritanien Abderrahmane Sissako a glané sept César, dont celui du meilleur film et du meilleur réalisateur.

Nommé à huit reprises, “Timbuktu” – qui a aussi reçu les César du scénario, du montage, du son, de la photo et de la musique -, était le grand favori de la soirée.

Le film franco-mauritanien “Timbuktu”, chronique de la vie quotidienne dans le nord du Mali sous la coupe des jihadistes, a ainsi triomphé à la 40e cérémonie des César, au cours d’une soirée qui a voulu célébrer la liberté d’expression.
“La France est un pays magnifique, parce qu’elle est capable de se dresser contre l’horreur, contre la violence, l’obscurantisme”, a dit Abderrahmane Sissako, en référence aux immenses manifestations dans le pays qui ont suivi les attentats du 7 au 9 janvier à Paris.

“Il n’y a pas de choc des civilisations, ça n’existe pas. Il y a une rencontre des civilisations”, a ajouté celui qui est devenu le premier cinéaste d’Afrique noire à recevoir le César du meilleur réalisateur.

“Il faut croire que l’Humanité est capable d’un sursaut” face à l’horreur, a-t-il encore dit devant la presse. “Le cinéma joue son rôle dans ce sursaut là et c’est merveilleux”.

Le Premier ministre français Manuel Valls a salué sur son compte Twitter le “sacre mérité” du film, soulignant qu’il fallait “résister à la barbarie”.

La ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, a adressé ses “chaleureuses félicitations” aux lauréats et a déclaré dans un communiqué que “dans un monde qui tend à s’uniformiser, la France fait entendre une autre voix, celle de la diversité de la création, de l’audace, de l’ouverture”.

“Après l’épreuve que la France vient de traverser, le dialogue des cultures, la découverte de l’autre, la création sous toutes ses formes sont une réponse forte au sectarisme, à l’intolérance et à tous les fanatismes”, a-t-elle ajouté.
Timbuktu, éclairage sur l’extrémisme qui trouve une résonance politique particulière dans l’actualité, était également en course pour l’Oscar du meilleur film étranger.

Célébrant la tolérance face à l’obscurantisme, le film est inspiré de faits réels : le nord du Mali est bien tombé en 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, qui en ont été chassés en grande partie par l’opération militaire “Serval”, à l’initiative de la France.

Dès le début de la cérémonie au théâtre du Châtelet à Paris, son président Dany Boon avait donné le ton, en soulignant que “en ces temps troublés, nous nous devons de montrer l’exemple et de faire preuve d’ouverture d’esprit, de tolérance, de respect, de générosité et d’amour”. “Le monde a bien besoin en ce moment qu’on lui raconte des histoires, de belles histoires pour que le monde continue de croire en son humanité”, a-t-il ajouté.

Synopsis


Né d’un père malien et d’une mère mauritanienne, Abderrahmane Sissako retrace le passé récent de Tombouctou, l’historique ville du nord Mali, victime de l’invasion des djihadistes. Ils ont détruit les derniers mausolées classés patrimoine mondial par l’Unesco, dans une cité habitée par une population métissée et réputée pour son accueil chaleureux. Tombouctou est désormais considérée comme la terre des martyrs.
“Timbuktu”, aussi appelé “Le Chagrin des oiseaux”, est un film dramatique franco-mauritanien réalisé par Abderrahmane Sissako, sorti en 2014.

Non loin de Tombouctou tombée sous le joug des extrémistes religieux, Kidane mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Satima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans.

En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques.

Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à “GPS” sa vache préférée.
Il doit alors faire face aux nouvelles lois de ces occupants venus d’ailleurs…