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Émouvantes obsèques officielles et populaires  

4 Décembre 2014 4:06 pm

 

Adieu à la Diva de la musique du monde arabe

Chanteuse et actrice célèbre dans tout le Moyen-Orient, la diva Sabah, de son vrai nom Jeannette Gergi Féghal, est décédée mercredi 26 novembre à l’âge de 87 ans.

 

La chanteuse Sabah s’est éteinte avec calme et paix, laissant derrière elle un art riche et un sourire inoubliable.Elle a donné tellement d’amour à son public, qu’il le lui a rendu au centuple, transformant ses funérailles en une véritable fête. Une fête comme elle l’avait rêvée, avec feux d’artifice, chansons populaires à tue-tête, fanfares, sons de cloches, youyous et applaudissements.

C’est à la cathédrale Saint-Georges des maronites, dans le centre-ville de Beyrouth, que d’émouvantes obsèques officielles et populaires ont été réservées à Sabah, en présence de plusieurs personnalités officielles, dont notamment le Premier ministre Tammam Salam et de nombreux artistes libanais et égyptiens.
Le convoi funèbre avait quitté le lieu de résidence de Sabah – un hôtel de Hazmieh – en milieu de la matinée.

La dépouille mortelle a été transportée à bord d’une voiture blanche sur laquelle étaient déposés des bouquets de fleurs.
À l’arrivée du convoi devant la cathédrale Saint-Georges, la fanfare de l’armée a joué certains des airs folkloriques et populaires qui avaient contribué à faire la renommée de Sabah. C’est sur ces airs, passés dans le patrimoine musical libanais, que des jeunes ont dansé la traditionnelle dabké, conformément aux dernières volontés de la diva libanaise qui avait exprimé le souhait que les adieux qui lui seraient réservés s’accompagnent non pas de lamentations, mais de danses de dabké et de chansons du folklore libanais qu’elle a tant aimé.

“Je les veux heureux en permanence, en ma présence mais aussi avec mon départ, comme j’ai toujours réussi à les mettre de bonne humeur. Souvenez-vous toujours de moi et aimez-moi”. Elle a demandé à ses fans, dans ce message-testament, de ne pas la pleurer, de rester heureux et de danser la dabké.

Au terme de cet hommage populaire, marqué par des applaudissements et des jets de pétales de fleurs au passage du convoi,  la cérémonie funèbre a été présidée à la cathédrale par le patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, qui était secondé de l’archevêque maronite de Beyrouth, Mgr Boulos Matar.  
 Dans son oraison funèbre, le patriarche Raï a évoqué le riche parcours professionnel de Sabah, soulignant notamment qu’elle avait « porté haut les couleurs du Liban aux quatre coins du monde par le biais de l’art musical libanais et arabe». «Elle a été la première à chanter des chansons purement libanaises sans l’influence de la chanson arabe, elle a été la première à chanter en franco-arabe dans le monde arabe, et elle a été la première chanteuse libanaise à se produire à l’Olympia», a souligné également le patriarche maronite. “Nous disons adieu à la chahroura avec joie, comme elle a demandé avant de partir, a déclaré le patriarche. Sa voix restera immortelle, elle qui avait accompli sa mission de semer la joie dans les cœurs de ses fans.” Et de noter que “Sabah a soutenu les pauvres et est morte pauvre”.

Après les obsèques, le cortège funèbre a quitté la capitale sous les applaudissements et les jets de riz et de pétales de roses. Les chansons les plus populaires de Sabah ont également été jouées une deuxième fois par la fanfare de l’armée. Le convoi s’est par la suite arrêté quelques minutes devant l’église Sainte-Thérése, patronne de Sabah, à Fiyyadiyé.

Au terme de la cérémonie, et avant le départ du convoi pour le village natal de la grande disparue, la fanfare de l’armée a rendu un dernier hommage à la diva libanaise en entonnant des chansons folkloriques sous les applaudissements de la foule.

Sabah retourne à son village

Après la fête populaire, émotion et prière  pour l’enterrement de la « fiancée du ciel ». Ultime étape de ces funérailles nationales et populaires, la dépouille mortelle de Sabah a été transférée à Bdadoune, son village natal

 Arrivé à Bdadoun, le convoi funèbre a fait son entrée au village, sous une salve de feux d’artifice, précédant le cercueil recouvert d’un drapeau libanais et porté à bout de bras par les proches de la grande dame de la chanson populaire. Mais ni la nuit ni le froid hivernal n’ont refroidi la détermination de la foule qui attendait debout depuis des heures, devant l’église Notre-Dame, bougie à la main, en fredonnant les chansons de « sa chahroura » diffusées par les haut-parleurs.

C’est au son de la chanson “Tallou Hbabna” (Ceux qu’on aime sont arrivés) qu’est arrivé le cercueil de Sabah sur le parvis de l’église. De longs applaudissements ont retenti, accompagnés de youyous et de lancers de fleurs, alors que les hommes faisaient danser le cercueil, une dernière fois, au son du glas. Dans l’église bondée Notre-Dame de Bdadoun, réputée pour être la première et la plus ancienne de la région, lui a été rendu un dernier hommage religieux. Un hommage empreint de ferveur et de piété, non seulement à la grande Sabah qu’elle était, la diva de tous, immortelle et éternelle, mais à la fillette qui, à 12 ans, chantait des cantiques à la Vierge dans cette même église.

La chanteuse repose désormais en paix aux côtés de son oncle, Chahrour el-Wadi, et de son père, Gergi Féghali. « Un musée honorera bientôt sa mémoire », promet le président de la municipalité, Élie Hoyek. « Je retourne au village, à cette terre qui m’a élevée, embrasser cette terre que j’ai aimée et qui m’a aimée », disent pour elle les paroles de ses chansons, tracées sur de larges banderoles. Ou encore « Je m’en vais auprès de ceux que j’aime, souvenez-vous de moi en mon absence ».