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Wadih el-Safi rejoint le chœur des anges et des saints

17 Octobre 2013 2:08 pm

Le Liban a fait ses adieux lundi dernier au grand Wadih el-Safi, véritable légende de la chanson folklorique libanaise, décédé vendredi dernier à l##âge de 92 ans des suites d##un malaise qu##il eut alors qu##il était en compagnie de son fils, après plus de 70 ans de don artistique.

Des obsèques officielles et populaires  ont été organisées pour les adieux à celui qui a été célébré durant sa vie comme une véritable légende. Chanteur, oudiste et compositeur libanais, une voix exceptionnelle et un répertoire musical qui regroupe près de 5000 titres, il est considéré comme le chanteur consensuel du monde arabe.
 Wadih El Safi est un artiste qui a pu préserver la splendeur de la musique et la tradition musicale arabe et considéré comme l’un des pionniers du «tarab».
Les funérailles de l’icone libanaise, Wadih el-Safi, ont eu lieu à la cathédrale Saint-Georges au Centre-ville de Beyrouth, sous la présidence du patriarche maronite, Béchara Boutros Rahi. 
Le cortège funèbre du chanteur est passé lundi matin par plusieurs artères de Beyrouth avant les obsèques.
Le convoi a quitté l’hôpital Bellevue à Mansourieh. Il a été accueilli au rond-point Mkallès par des feux d’artifice et des jets de riz. A Dékouané, le corps du chanteur a été reçu par des dizaines d’élèves de l’école des Pères Antonins portant des drapeaux libanais et applaudissant au passage du convoi.
Les obsèques ont eu lieu en présence de nombreux officiels, responsables politiques, ainsi que d’une foule d’amis et de fans.
Raï salue la mémoire du chanteur
“Adieu Wadih el-Safi, le Libanais par excellence”, a déclaré le patriarche maronite Mgr Béchara el-Raï lors de son homélie prononcée pour les obsèques du chanteur.  “Wadih el-Safi chantait pour Dieu et les gens. Avec sa voix d’or, il a enchanté le monde. Maintenant que sa voix s’est tue, il a rejoint les anges et les saints, lui qu’on appelle le saint du tarab”, a déclaré Mgr Raï. 
“Lorsque nous entendons Wadih el-Safi, nous entendons le Liban lui-même chanter. Il faudra attendre 6.000 ans pour voir émerger un nouveau Wadih el-Safi”, a-t-il ajouté, dans son vibrant hommage au chanteur libanais.
“Il a chanté pour de grands poètes et pour de grands noms de la chanson, dont les Rahbani. Wadih el-Safi était un homme modeste, aimable, aimant et pauvre”, a souligné Mgr Raï.
“Il a été l’ambassadeur du Liban dans le monde, il a chanté le Liban et sa beauté. Wadih el-Safi nous a appelés à protéger le Liban”, a encore dit le patriarche. “Il a chanté en Egypte, au Brésil, et à Paris. Ils lui ont accordé trois nationalités”.
Après la messe, le ministre sortant de la Culture Gaby Layoun a décerné à Wadih el-Safi, au nom du président de la République Michel Sleiman, l’Ordre du mérite libanais du plus haut degré.
Le frère du chanteur a ensuite prononcé un discours dans lequel il a remercié tous ceux qui ont participé aux funérailles et tous les Libanais “qui ont aimé Wadih el-Safi”. Puis la famille a reçu les condoléances dans le salon de l’église. Wadih el-Safi  a été enterré   à Niha, son village natal dans le Chouf.
Légende éternelle
Le Jeune Wadih débute sa carrière à la fin des années 1930 et choisit la voie de la chanson militante nationale libanaise. En 1938, à l’âge de 17 ans il participe à un concours de chant, organisé par la station « Chark el Adna », qu’il remporte avec succès, il débute dans la chanson.
Il a commencé par mettre en musique la poésie dialectale libanaise, mais s’est aussi orienté plus tard vers l’arabe littéraire et s’est mis à puiser ses textes dans les recueils des grands poètes arabes. Pendant ces années là Farid El Atrache lui composera aussi quelques chansons célèbres. Il utilise le Zajal pour inspirer le patriotisme, la dévotion, la morale et les valeurs.
En 1947, Wadih vit et travaillera au Brésil où il reste jusqu’en 1950. Il est remarqué pendant son séjour par la diaspora libanaise établie dans ce pays.
La notoriété de Wadih El Safi s’est confirmée en 1957, lors du fameux Festival de Baalbek. Voix de baryton, après des études au Conservatoire national il se met à composer et à chanter des airs folkloriques et des mélodies traditionnelles.
Le grand compositeur et chanteur égyptien, Mohammad Abdel Wahab, s’extasiera devant son talent, affirmant qu’il est impossible que quelqu’un soit doté d’une telle voix.
Il laisse en héritage plus de 3.000 chansons mêlant poésie et “zajal” et une forme modernisée du folklore libanais. 
Parmi ses œuvres musicales les plus importantes au théâtre, on se souvient de: “mawsam el izz”, “ardouna ila el abad”, “kasidat hob” (un poème d’amour), “Al anwar” (les lumières), et “Ayyam sayf” (Jours d’été) …
Wadih est réputé pour l’interprétation musicale avec une extrême spontanéité, simplicité appuyée par une voix d’une extrême flexibilité qui peut changer de forme d’une note à l’autre en plus de l’expression voulue donnant une démonstration peu commune qu’elle n’a pas de limites en conservant la même qualité d’interprétation.
C’est un jeu qu’il livrera d’ailleurs en se jouxtant musicalement au chanteur gitan de flamenco José Fernández dans son célèbre “endak bazrea” en écoute dans son “Myspace”, La “Ouyouni Gharibah”, ou encore dans “jannat”. Les prouesses communes aux deux chanteurs marquent un souvenir de l’origine Mozarabe du flamenco qui apparaît pleinement dans la poésie des troubadours appelée « muwashah». 
Wadih El Safi obtient le titre de docteur honoris causa de l’Université de Kaslik, au Liban, en hommage à son immense talent.
La mairie de Paris, sous les auspices de Bertrand Delanoë a rendu un vibrant hommage à ce chanteur lors d’une cérémonie annuelle organisée par la Maison franco-libanaise où Wadih el-Safi reçoit une médaille d’honneur et un certificat d’appréciation en signe de reconnaissance pour son apport artistique pendant plus d’un demi-siècle. Wadih El Safi à cette occasion a entonné plusieurs chansons issues de son répertoire.
Wadih el-Safi était marié et père de quatre fils et deux filles. Il a deux fils musiciens qui l’accompagnent lors de certaines tournées : Antoine (pianiste) et Georges (violoniste). Ce maître de la chanson restera immortel…