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Le Festival International du Film du Caire riche en créativité

13 Novembre 2014 3:41 pm

 
La diva égyptienne Yousra a été sélectionnée pour présider le jury de huit membres pour la compétition du Festival International du Film du Caire. Il s’agit de la première fois que cette tâche est consacrée à un Egyptien d’être affecté en tant que président du jury dans l’histoire du festival. Dans ce contexte, le festival a consacré l’édition de cette année à la vétérane actrice Mariam Fakhr Eddine, qui est décédée le 3 novembre 2014.
La légendaire actrice égyptienne Nadia Loutfy était au sommet de la liste des lauréats de Naguib Mahfouz “Prix de carrière”(Pyramide d’or) avec des cinéastes de renom y compris l’ex-ministre de la Culture français Jack Lang, le réalisateur italien Simone Massi, l’auteur allemand Volker Schlöndorff et la cinéaste marocaine Noureddine Sail.
La Pyramide d’or sera attribuée le 18 mai à l’Opéra du Caire.
 Le programme du Festival International du Film du Caire comprend six premières mondiales et 55 premières arabes.
La sélection officielle comprend 28 films en provenance d’Europe et d’Asie, dix sept du monde arabe, six de l’Amérique latine, cinq d’Amérique du Nord et un autre de l’Australie. Les films les plus notables sont par le réalisateur franco-suisse Jean-Luc Godard, le réalisateur canadien David Cronenberg, le défunt cinéaste français Alain Resnais, le cinéaste allemand Volker Schlöndorff et l’Anglais Michael Winterbottom.
Tous les films du festival sont présentés au public à l’Opéra du Caire exclusivement.
L’équipement de cinéma dans sept salles de l’opéra, qui est l’hôte du festival, a subi une rénovation ayant coûté un million de livres dans un effort pour fournir une salle pour tous les films.
 
The Cut
 
Dans un geste sans précédent, le film de la soirée d’ouverture, intitulé “The Cut”, a été projeté le 10 novembre, un jour après la cérémonie d’inauguration.
 Le film allemand, dirigé par le réalisateur germano-turc Fatih Akin, est une survivance sombre d’un drame qui se déroule dans le milieu du génocide arménien.
The Cut évoque le “diable”, c’est à dire le mal inhérent à l’humanité, qui nous pousse à faire du mal, involontairement ou délibérément, parce que la frontière entre le bien et le mal n’est pas toujours nette. “The Cut est devenu un film très personnel. 
The Cut n’est pas seulement un drame épique, c’est aussi un film d’aventure et un western. Bien que l’action du film se déroule il y a 100 ans, le sujet est absolument d’actualité : c’est un film sur la guerre et l’émigration forcée. Mais c’est aussi un film sur la force de l’amour et sur l’espoir qui nous permet d’accomplir des choses incroyables. Le personnage de Tahar ne prononce pas un mot de tout le film. C’est un peu une figure à la Charlie Chaplin, mais en même temps, c’est un personnage typique des western de Sergio Leone.
L’histoire se situe en 1915 à Mardin, un village turc où une nuit, alors que la gendarmerie turque rassemble tous les hommes arméniens, le jeune forgeron Nazaret Manoogian (Tahar Rahim) se retrouve séparé de sa famille. Des années plus tard, ayant survécu à l’horreur du génocide, il apprend que ses deux filles jumelles sont elles aussi encore en vie. Hanté par l’idée de les retrouver, il suit la piste qui, il l’espère, va le conduire jusqu’à elles.  Son aventure va l’emmener, à travers le désert de Mésopotamie, jusqu’à la Havane, pour finir dans les plaines du Dakota du Nord. Au cours de son odyssée, il rencontre une série de personnes, certaines bienveillantes, certaines qui sont le diable incarné. 
 
Nazareth Manoogian
 
The Cut nous plonge dans l’essence-même du génocide, à savoir la coupure, au sens propre et figuré, physique et existentiel, telle une cicatrice qui vous accompagne, lancinante et inguérissable.
Il n’est pas indifférent que le personnage principal perde la voix, lors d’un égorgement collectif, au pied d’une falaise, dans ces bataillons de mort que furent les camps de travaux forcés, où la Turquie ottomane enrôlait de force les Arméniens. Car perdre la voix, se faire muet, ne pas pouvoir dire, quitter le monde des mots pour celui des signes, comment ne pas y voir la traduction directe de cette réduction au silence des corps et des âmes, qu’est tout génocide ?
Il n’est pas indifférent que cette odyssée, qui va des rues de Mardin au camp de mort de Ras-ul-Aïn, des orphelinats du Liban à l’exil cubain, puis aux plaines du Dakota du Nord, emprunte les routes, les chemins de fer, les océans, les déserts comme les étendues neigeuses. Comment ne pas voir dans ce dédale de Babel, ce camp à murs ouverts, que devient le monde pour celui qui n’a plus de repères, plus d’attaches, plus d’ancrage, la métaphore, à l’échelle de la planète, de cet arrachement au sens qu’est tout génocide ?
Il n’est pas indifférent que dans cette nuit de l’histoire, des nationalismes réducteurs, ici et là, des soleils de générosité se lèvent, des bras s’entrouvrent, des regards se reconnaissent. Les Justes y ont leur part. Malgré les basculements, toujours possibles, jusque dans cette Amérique des immigrants, où les réflexes de jungle ne sont jamais bien loin. Malgré les tentations de l’ignorance et de la lâcheté. Car il n’est jamais de génocide impuni, ni oublié. Car il est toujours des témoins et des résistants. Car il est toujours un sillon. Celui qui fait renaître précisément. Qui fait se retrouver les êtres.
Film fleuve, à la fois elliptique – oiseaux se suivant dans le ciel, traces de pas dans le sable, horizons flous – et procédant par ruptures – à l’image des errances et des mémoires blessées -, The Cut nous convie à la réconciliation des âmes, que seule la force créatrice des poètes, des musiciens et des cinéastes parvient à faire émerger, par delà la nuit des consciences.
 
Barakat honoré
 
Le Festival international du film du Caire a organisé une publication du livre et une exposition commémorant le centenaire de la naissance de réalisateur égyptien renommé Henri Barakat, décédé en 1997. L’exposition a été tenue le 9 novembre, le jour d’ouverture du festival.
L’exposition a présenté des photographies du réalisateur et ses œuvres les plus célèbres, en plus d’un documentaire de 30 minutes sur sa vie. Le livre du critique de cinéma égyptien du livre de Magdy Al-Tayeb sur Barakat a également été publié au cours de l’exposition.
Tout au long de sa carrière de cinéaste, Barakat a réalisé 92 films, scénarisé 49 films et produit 12 films. Il a commencé comme un éditeur de film, puis a travaillé comme assistant réalisateur. En 1942, il réalise son premier film «Al-Charid” (sans-abri), qui dépeint l’histoire d’un homme qui a une aventure avec une femme qui se livre à un autre homme. La femme donne naissance à une fille illégitime, et tente de garder l’affaire secrète. Un jour, la vérité se dévoile et les conflits entre les deux hommes éclatent.
Les films réalisés par Barakat ont discuté de plusieurs enjeux de société tels que les relations et la lutte contre les traditions conservatrices. Son film reflète également la corruption morale et l’hypocrisie dans certaines communautés égyptiennes. Les autres films de Barakat comprennent “Hekayet Bent Esmaha Marmar” (L’histoire d’une fille appelé Marmar), “Leilet Al-qabd Ala Fatma” (La nuit de l’arrestation de Fatma) et “Doaa Al-Karawan” (la prière du rossignol).