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Disparition de Béart, maître de la chanson française

17 Septembre 2015 3:37 pm

Le chanteur Guy Béart auteur-compositeur-interprète français est décédé mercredi dernier à l’âge de 85 ans. Le chanteur qui avait écrit «L’Eau vive», une chanson entrée dans le patrimoine français est décédé en allant chez le coiffeur. Il est tombé sur le trottoir, il n’a pas pu être ranimé. Avec Brel et Brassens, Guy Béart est considéré comme le troisième grand B de la chanson française. Raccourci un peu rapide mais si Béart ne bénéficie pas d’une auréole aussi prestigieuse que ses compagnons Jacques et Georges, son talent n’en est pas moindre. Que ce soit par l’universalité des thèmes abordés ou par des mélodies dont chacun se souvient, Guy Béart appartient indéniablement au panthéon des maîtres de la chanson française.
C’est au Caire, en Egypte, que naît Guy Béart, de son vrai nom Béhar, le 16 juillet 1930. Son enfance est ponctuée de déménagements autour de la Méditerranée et jusqu’au Mexique. Son père, expert-comptable, participe à la création d’entreprises. Après donc l’Egypte, la Grèce, la France, l’Amérique, c’est au Liban que la famille se fixe. Guy y demeure de l’âge de 10 à 17 ans. Cette enfance voyageuse lui vaut une vaste culture générale qui s’étend des sciences aux arts. Quant à la musique, elle est en bonne place dans les passions de l’adolescent.
Guy Béart avait fait une carrière de soixante ans, des cabarets parisiens aux plus grandes scènes françaises. Il a produit 18 albums, dont le premier fut enregistré en 1957. En 1958, «L’Eau vive», composée pour le film du même nom, lui apporte le succès. Il fait cette année-là ses débuts à l’Olympia.
En 1968, il avait sorti l’album «La Vérité», avec la fameuse chanson éponyme.
Avant de percer dans la chanson, il a exercé plusieurs métiers à son arrivée en France : copiste de musique, professeur de mathématiques, ingénieur des ponts et chaussée. Il a écrit pour les grands noms de la scène de l’époque, de Patachou à Juliette Gréco en passant par Zizi Jeanmaire.
Des bas

Si Guy Béart connaît un début de carrière réussi, les années 1960 et les nouvelles modes venues d’Amérique (rock’n’roll, yéyé, et autre twist) sont la cause de quelques soucis professionnels. Certains chanteurs de sa génération (Gainsbourg, Bécaud, Aznavour) passent très bien ce cap où la chanson française traditionnelle connaît une rude concurrence. Ce n’est pas le cas de Guy Béart. Les maisons de disques se désintéressent de lui, à tel point qu’il ne peut plus enregistrer. Il décide donc en 1963 de monter son propre label autogéré, l’APAM (Auto Production des Artistes du Micro) avec l’aide de Jacques Canetti. De plus, son ancienne maison de disques, Philips, refuse de lui rendre les droits de ses chansons. Le procès durera jusqu’en 1978 !
A défaut de réussir dans la chanson, Guy Béart créé une émission pour la télévision qui va devenir extrêmement populaire au cours des années 60, “Bienvenue”. De 1963 à 1970, il reçoit sur son plateau de nombreux artistes du monde du spectacle et des arts. De Duke Ellington à Yves Montand, tout le gratin de l’époque se croise “chez Guy Béart”. Ce dernier en profite d’ailleurs pour continuer à faire connaître ses propres chansons.
En 1965, sa compagne Geneviève Galéa donne naissance à leur fille Emmanuelle qui, vingt ans plus tard, deviendra une des actrices françaises les plus célèbres dans le monde.
1966 : “Vive la rose”

En 1966, il enregistre un album de vieilles chansons françaises traditionnelles, “Vive la rose”. Puis l’année suivante, c’est au contraire vers la science-fiction qu’il s’oriente avec un disque pour les plus jeunes, “Guy Béart chante l’espace”. Autour de ces deux thèmes, il monte en 1967 un spectacle nommé “Chansons d’avant-hier et d’après-demain” qui est donné à la Comédie des Champs-Elysées. Lorsqu’il met fin à son émission “Bienvenue” en 1970, le public a un peu oublié le chanteur. Pourtant, Guy Béart n’a guère cessé de sortir des albums au cours des années 1960 et en sortira huit dans les années 1970. Artiste à l’esprit scientifique, il s’intéresse à de nombreux thèmes aussi divers que l’architecture, la philosophie, l’amour ou la religion. Il ne cesse d’écrire et son inspiration court toujours autant de la tradition la plus classique (“Les Chansons gaies des belles années”, 1982) au futurisme le plus abstrait (“Futur-Fiction Fantastique”, 1977) en passant par l’actualité la plus chaude vaguement empreinte de mysticisme (“Les Nouvelles Chansons”, 1978).
Eclipse

Pendant les années 1980, Guy Béart va de nouveau rencontrer maints problèmes avec les maisons de disques. Il sort trois albums de 1980 à 1982, mais de graves problèmes de santé l’obligent à se retirer dans sa grande villa de Garches en banlieue parisienne.
Il réapparaît en 1986 à l’occasion de l’album “Demain je recommence”. Puis l’année suivante, il évoque sa maladie dans un ouvrage, “L’Espérance folle”, qui obtient le Prix Balzac. En dépit, d’une série de récitals à l’Olympia en décembre 1987 et d’un Grand Prix de la chanson française, commence à cette époque une longue période pendant laquelle Guy Béart se retrouve à nouveau sans maison de disques. Il vend ses droits à une compagnie qui l’escroque, et décide alors de sortir de sa retraite. Mais il a du mal à décrocher des concerts. On le voit en juillet 1991 au festival de Pau puis en 1993, au Festival de la chanson de Sauve. L’accueil est excellent à chaque fois. En mars 1994, c’est chez lui à Garches qu’il organise un concert pour présenter les chansons d’un nouvel album. Récompensé peu après par le Grand Prix de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre, Guy Béart retrouve les feux de la rampe. En 1995, sort sur le label Trema, l’album “Il est temps” avec douze chansons inédites. Puis, il remonte sur la scène de l’Olympia du 20 au 25 février 1996 pour des concerts de parfois trois heures !
Début 1999, Guy Béart remonte sur scène à Bobino pour plus d’un mois du 21 janvier au 27 février. Le succès est énorme et le spectacle est prolongé. Peu de nouveaux titres cependant dans ce spectacle construit sur les tubes d’antan. A cette occasion, ressort le double live de l’Olympia 96.
Les années suivantes, il les consacre à préserver sa santé, luttant notamment contre le cancer. L’artiste, retiré du monde, vit toujours dans sa grande maison de style Bauhaus à Garches en région parisienne. Il écrit aussi de nombreuses chansons, pas du tout décidé à les faire paraître sur disque. En 2008, il commence pourtant à en enregistrer certaines dans un home studio installé au rez-de-chaussée de sa maison.  
2010 : “Le meilleur des mondes”

Il faut attendre septembre 2010 donc, pour que Guy Béart sorte à nouveau un disque de chansons originales. C’est “Le meilleur des mondes”. S’accompagnant à la guitare, le chanteur propose douze textes enlevés qui traduisent tous le regard aiguisé et malicieux qu’il porte sur la société.
Le 17 janvier 2015, le chanteur se produit à l’Olympia à Paris pour une soirée d’adieu à la scène. Ce passage unique à l’Olympia est une remarquable façon de clore une carrière scénique de près de 50 ans.
Le 16 septembre, l’artiste fait une mauvaise chute non loin de son domicile et ne peut être réanimé. Celui qui avait fait ses adieux à la scène en janvier dernier, meurt donc à Garches ce même jour.