Dernières nouvelles

Une crise des déchets très politique

2 Septembre 2015 1:27 pm

Les manifestations contre la mauvaise gestion des déchets qui s’amoncellent à Beyrouth virent à la contestation du gouvernement et à la dénonciation de la corruption.

Qu’a-t-il pu monter au nez des milliers de manifestants qui ont inondé puis enflammé le centre-ville de Beyrouth ces derniers jours, au point de réclamer la chute du régime et la fin du système confessionnel au Liban? Une odeur nauséabonde: celle des déchets ménagers de la capitale et de plus de 300 municipalités perchées sur le Mont Liban, contenue pendant 17 ans sous le sol de la décharge de Naameh, ville côtière du Sud. Ouvert en urgence en 1998, ce lieu d’enfouissement des déchets devait fermer dix ans plus tard et ne jamais dépasser les 2 millions de tonnes d’ordures. Le 17 juillet dernier, quand les habitants des villages voisins ont barré la route aux camions poubelles de l’entreprise Sukleen, elle avait été agrandie à quatre reprises et contenait 18 millions de tonnes de déchets.

 

«RIEN NE MARCHE»
Depuis ce jour, l’odeur qui étouffait le quotidien à Naameh s’est déplacée dans les rues de Beyrouth. Dix jours sans collecte des poubelles, cela représente 3 000 tonnes de déchets quotidiens encastrés sous les balcons, une puanteur diffuse et la vérité qui éclate: «Les hommes politiques n’ont jamais voulu résoudre le problème des déchets car chacun d’entre eux a pris sa part du gâteau», pointe Fifi Kallab, directrice de l’ONG Byblos Ecologia.
Derrière son doigt accusateur: les liens entre Averda, l’entreprise aux commandes de Sukleen, et la puissante famille Hariri. Proche de feu l’ex-Premier ministre Rafic Hariri, Maysarah Sukkar a créé Averda quelques mois avant d’obtenir son premier contrat au Liban. Avec un chiffre d’affaires de 20 000 dollars, il met alors la main sur le marché multimillionnaire des déchets de Beyrouth et du Mont Liban, sans appel d’offres public. Renouvelé à plusieurs reprises dans l’opacité générale, le contrat d’Averda est finalement arrivé à échéance le 17 juillet.

 

PARALYSIE POLITIQUE
Depuis, le conseil des ministres a confirmé sa paralysie chronique. Incapable de se choisir un nouveau président depuis plus d’un an, le Liban n’a pas non plus su recycler sa politique de gestion des déchets. «Au ministère de l’Environnement, nous avons proposé une loi de gestion des déchets solides en 2005, mais elle est toujours dans les tiroirs. Pourquoi? Dès qu’un camp politique prône une solution, le camp adverse la bloque. Résultat, rien ne marche», éclaire Bassam Sabbagh, chef du service de l’environnement urbain au sein du ministère de l’Environnement.
Sans accord politique sur un nouvel espace où enfouir les déchets, les camions de Sukleen ont commencé à les déverser dans les cours d’eau, les espaces verts ou dans le port de Beyrouth. «Nous avons stoppé de justesse des camions qui se dirigeaient vers la forêt de Baabda, l’un des derniers îlots de biodiversité au Liban!», s’insurge Paul Abi Rached, directeur de l’ONG T.E.R.R.E. D’après “Libération”