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Temer nouveau président du Brésil, Rousseff destituée

 Karim Felli

1 Septembre 2016 12:29 pm

Michel Temer est devenu mercredi le nouveau président du Brésil, quelques heures après la destitution de Dilma Rousseff pour maquillage des comptes publics. Ancien vice-président de Rousseff dont il a précipité sa chute, l’homme fort du PMDB, a prêté serment au Sénat et devra diriger un Brésil dans la tourmente jusqu’aux prochaines élections législatives et présidentielles fin 2018.
Tout aussi impopulaire que sa rivale, Michel Temer, 75 ans, n’a pas fait de déclarations après cette courte cérémonie, à l’issue de laquelle il s’est envolé vers la Chine pour un sommet du G20, pour tenter de redorer le blason terni de la première économie d’Amérique latine.
Une majorité de plus des deux tiers requis des sénateurs ont voté sans surprise pour la destitution de la dirigeante de gauche, première femme avoir été élue à la tête du Brésil en 2010, puis réélue de justesse en 2014. Sur les 81 parlementaires, 61 ont voté pour sa destitution et seulement 20 ont voté contre. “Dilma Rousseff a commis des crimes de responsabilité importants, elle a été condamnée et perd ainsi son mandat de présidente de la République”, a conclu le président de la Cour suprême (STF) Ricardo Lewandowski, qui dirigeait les débats du Sénat transformé pour l’occasion en tribunal.
Rousseff a en revanche conservé ses droits civiques à la faveur d’un second vote, où la majorité des deux tiers requise pour l’en priver pendant huit ans n’a pas été atteinte. Seuls 42 sénateurs ont voté pour, 36 contre et 3 se sont abstenus. “Cela signifie qu’elle reste éligible. Elle pourra être candidate à des mandats de sénatrice, de députée, mais pas à la présidence en 2018 puisqu’elle a déjà été élue pour deux mandats consécutifs”, a expliqué un universitaire en droit de Rio, Rogerio Dultra dos Santos. Englué depuis la réélection de Rousseff fin 2014 dans une crise politique et économique de magnitudes historiques, sur fond de méga-scandale de corruption, le Brésil, également cinquième pays le plus peuplé de la planète, rompt ainsi avec 13 ans de gouvernements du Parti des travailleurs (PT) initiée en 2003 par Lula. Une longue page d’histoire marquée par le “miracle” socio-économique des années 2000 qui a vu sortir 29 millions de Brésiliens de la misère, avant les affaires de corruption et un brutal retournement économique qui ont précipité le Brésil et Mme Rousseff dans l’abîme. Les chiffres officiels publiés mercredi ont confirmé que la récession s’installe au Brésil, avec un sixième trimestre consécutif de baisse du PIB.
Le verdict est tombé au sixième jour d’un procès marathon, de dizaines d’heures de débats techniques et passionnés où le droit de la défense et la Constitution auront été scrupuleusement respectés sur la forme, sans forcément convaincre de la culpabilité de Mme Rousseff au plan strictement juridique.
Le vice-président avait porté un coup fatal à l’ex-guérillera de 68 ans torturée et emprisonnée sous la dictature (1964-1985) en poussant en mars son grand parti centriste, le PMDB à claquer la porte de sa coalition. La démonstration de combativité administrée lundi par Dilma Rousseff, répondant pendant plus de 14 heures au feu roulant de questions des sénateurs avec calme et fermeté, n’était donc qu’un baroud d’honneur pour la postérité.