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Sabbahi pour un Etat fort et une armée puissante

Karim Felli

16 Mai 2014 11:17 am

Hamdeen Sabbahi, militant de la gauche nassérienne, se présente à l##élection présidentielle égyptienne qui aura lieu les 26 et 27 mai. Il a forgé sa posture politique sur une sensibilité nationaliste et populaire.

  Son slogan fétiche “Wahed menena hankamel maa baedna” (l’un d’entre nous, on continuera ensemble) et le nom de son mouvement, le Courant Populaire Egyptien (CPE), confirment cette réalité d’homme du peuple. C’est cette “authenticité” populaire qui lui a valu son score important aux dernières élections présidentielles égyptiennes. Il avait en effet obtenu 21,1% des suffrages exprimés, soit près de 4,8 millions de voix, talonnant de très près le candidat Ahmed Chafik, et Mohamed Morsi, candidat des Frères Musulmans et président destitué en 2012.
 
Militant et révolutionnaire
Sabbahi représente les jeunes qui veulent encore réaliser les idéaux pour lesquels ils ont manifesté en 2011. Des jeunes chauffés à blanc par les récentes poursuites contre des figures de la “révolution”, mais chez qui l’abstention atteint des records. Même s’il a reçu le soutien d’Al-Dostour, un parti libéral fondé par le prix Nobel de la paix Mohamed El-Baradei, Sabbahi a peiné à rassembler les 25.000 parrainages d’électeurs nécessaires à sa candidature. Al-Sissi, lui, en a produit 200.000.
Son parcours politique est cohérent: Militant et activiste d’opposition durant l’époque de Sadate et de Moubarak, Sabbahi n’a cessé de développer, depuis ses années d’étude à l’Université du Caire jusqu’à la campagne présidentielle de 2012, des discours tournés vers la justice sociale et le renforcement du système démocratique. En cela, il est peut-être le dernier symbole politique encore debout du 25 janvier 2011, celui d’un pouvoir civil, par opposition au pouvoir militaire mais aussi religieux.Pourtant, en bon Nassérien historique, il n’a jamais attaqué l’armée ni ses représentants et dit aussi souvent que possible son respect pour la personne d’Al-Sissi. Alors Sabbahi est-il un figurant destiné à rendre cette élection plus crédible aux yeux du monde – les Egyptiens ayant semble-t-il avoir déjà fait leur choix – ou est-il un vrai candidat et donc un opposant déterminé?
Emprisonné 17 fois sous Anouar el-Sadate puis Hosni Moubarak, tour à tour syndicaliste et politicien, il n’a jamais cessé de fustiger le néolibéralisme égyptien, préférant les barreaux au mutisme. Le Nassérien n’a jamais pu digérer les successeurs du président nationaliste des années 60.
 
Le candidat et les jeunes
Les partisans de Hamdeen Sabbahi sillonnent le pays pour présenter son programme. Dans le quartier huppé d’Héliopolis au Caire, comme à Choubra, des dizaines de jeunes militants forment une chaîne humaine, brandissant des portraits du candidat souriant sous son épaisse chevelure blanche et appelant à voter pour celui qui “réalisera les objectifs de la révolte : démocratie, liberté, dignité”. “C’est le candidat qui s’occupera des pauvres, lance Mahmoud Alaa, étudiant de 21 ans. Hamdeen ne nous ramènera pas au temps de l’État policier de Moubarak. Il combat pour la liberté et a été en prison 17 fois.”
 
Etat fort et armée puissante
D’un autre côté, Hamdeen répète inlassablement son attachement à l’Etat et au sein de cet Etat fort, une armée puissante capable de protéger l’intégrité territoriale du pays. Il compare la lutte des militants et activistes lors des trois dernières années aux luttes de l’armée pour assurer la sécurité du pays. Le sang versé durant les trois ans ans de la révolution vaut celui des soldats morts pour la patrie. En faisant ce parallèle et en mettant sur le même pied d’égalité la sécurité et les revendications sociales, il légitimise une candidature “civile”, la sienne en l’occurrence. Sabbahi se voudrait une incarnation du 25 janvier 2011. Il ne dit pas que l’armée est incapable de gérer le pays. Il réaffirme l’idée que les civils peuvent aussi le faire et qu’une révolution n’aboutit que lorsque l’un des siens est porté au pouvoir.
 
Le candidat de l’avenir
Mais Sabbahi pourrait capitaliser sur les craintes d’un retour au pouvoir autoritaire de l’époque de Hosni Moubarak avec la répression, qui vise désormais jusqu’aux progressistes ayant soutenu l’éviction de Morsi, et la guerre judiciaire contre les voix dissidentes. “Nous sommes devant une situation claire: il y a d’une part le candidat de l’avenir et de l’autre celui qui voudrait nous ramener dans le passé”, assurait ainsi Amr Badr, un porte-parole de Sabbahi, alors que ce dernier, le gros des troupes de sa campagne, qui scandaient “La justice avant la force” ou “Pas besoin d’être maréchal pour être fort”.
Pour ses partisans, ce militant de longue date est celui qui mettra en place les politiques de justice sociale inspirées du charismatique président Gamal Abdel Nasser, champion des Non-Alignés dans les années 1960.
 
Sécurité et droits de l’Homme
Pourtant, note Michele Dunne, du Carnegie endowment for international peace, “les Egyptiens ne savent pas où Sissi se situe” sur “la sécurité, les droits de l’Homme et les questions politiques et économiques  ni ce qu’il prévoit de faire une fois élu”. Le gouvernement intérimaire a jusqu’à présent fait de la “gestion de crise”, “la vraie question est: est-ce que Sissi, une fois président, va commencer à prendre des mesures pour résoudre ces problèmes?”, écrit-elle. Et “contrairement à la présidentielle de 2012″, qui comptait une dizaine de candidats, “il y a peu de chance qu’il y ait en 2014 un débat sérieux entre les deux adversaires”, regrette-t-elle.
 
Soutien à la cause palestinienne
Après avoir obtenu un master de journalisme en 1985, Sabbahi a aidé à fonder le Parti nassériste arabe démocratique, qui se réclame de l’héritage de l’ancien président socialiste Gamal Abdel Nasser. Le parti, qui voit le jour en 1992, prône l’unité du monde arabe, rejette le libéralisme et souhaite la fin des privatisations des services publics. Après des querelles internes, Hamdeen Sabbahi finit par quitter le parti en 1996 et fonde son propre parti, Al Karama (La Dignité) en 1998. Membre actif du Syndicat des journalistes, il est nommé à la tête du comité des médias. En 2000, il est élu député indépendant puis forme, en 2005, le mouvement Kefaya (Assez) avec des intellectuels et militants de gauche. Il déclare son soutien à la résistance libanaise à Israël en 2006 et se rend dans la bande de Gaza en 2008 où il appuie la cause palestinienne et la position du Hamas contre Israël.