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Retrouver un vieil ami au Proche-Orient

Felli

14 Novembre 2013 2:02 pm

Les ministres russes des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et de la Défense, Sergueï Choïgou, se sont rendus au Caire mercredi et jeudi derniers pour rencontrer leurs homologues égyptiens, le général Abdel Fattah Al-Sissi et Nabil Fahmy, afin de renforcer la coopération entre les deux pays.

 Il est important de préciser que les ministres ont abordé de nombreuses questions, régionales et internationales, ainsi que le renforcement de leur coopération militaire, économique et politique. Lavrov a indiqué que la Russie est attachée à sa relation de longue date de respect mutuel et d’amitié avec l’Egypte. Le chef de la diplomatie égyptienne Nabil Fahmy a déclaré que Le Caire veut renouer des relations privilégiées avec Moscou.
 
Crise avec Washington
 
Plusieurs politologues ont signalé que l’Égypte tient à renforcer sa coopération avec la Russie dans la foulée de la crise diplomatique entre Washington et Le Caire déclenchée par l’éviction de Morsi. Alors que par mesure de rétorsion, Washington a gelé partiellement son aide au Caire. De sa part, Nabil Fahmy a estimé que les tensions entre les Etats-Unis et un de leurs principaux alliés arabes s’étaient apaisées à la faveur de la récente visite du secrétaire d’Etat américain John Kerry.
Si la visite de Kerry le 3 novembre –à la veille de l’ouverture du procès de Morsi– “a laissé une bonne impression en Egypte”, elle ne “signifie pas que tout est réglé et qu’il n’y aura pas de soubresaut dans les relations”, a souligné Fahmy, indiquant que l’Egypte souhaite développer son indépendance”.”L’indépendance, c’est avoir le choix. L’objectif de notre politique étrangère est donc de dégager plus d’options pour l’Egypte. Je ne vais pas remplacer, mais plutôt ajouter”, a expliqué Fahmy.
 
Délégation populaire à Moscou
 
Une délégation de politiciens égyptiens représentant le nouveau gouvernement  était justement à Moscou en fin de semaine dernière à cet effet, et a promis que le Caire ferait la promotion des intérêts de Moscou au Moyen-Orient et serait prêt à accueillir des “amis russes” sur son territoire en échange de cette aide. Cette seconde visite en deux mois des émissaires égyptiens à Moscou, qui se qualifient de “diplomates populaires”, était appelée à “redonner aux relations bilatérales leur nature stratégique – comme à l’époque soviétique”.
Autre objectif, plus terre-à-terre : préparer le terrain pour les négociations à venir au Caire au format 2+2 “entre les ministres russes des Affaires étrangères et de la Défense, Sergueï Lavrov et Sergueï Choïgou, et leurs homologues égyptiens, Nabil Fahmy et Abdel Fattah al-Sissi”.
Cette délégation de membres de la révolution de janvier – y compris les représentants du parti de l’ancien commandant de l’armée de l’air Ahmed Chafiq – a rencontré plusieurs dirigeants russes, dont les représentants du président russe pour le Proche-Orient et pour l’Afrique Mikhaïl Bogdanov et Mikhaïl Marguelov.
 
Leader au Moyen-Orient
 
Les Egyptiens suggèrent à la Russie qu’elle reprenne son rôle de “leader au Moyen-Orient”.  “Le Caire apprécie particulièrement le soutien que le président Poutine a apporté à la révolution du 30 juin”, a déclaré Ahmed al-Fadali, membre de la direction du parti al-Istiqlal. “La Russie a ses intérêts dans la région, elle a besoin d’un nouvel ami et d’un allié puissant.  Les Frères musulmans étaient en faveur du jihad en Syrie mais aujourd’hui l’Egypte soutient entièrement la position de Poutine sur ce dossier”, a-t-il ajouté. “Nous estimons qu’il doit s’agir d’un règlement politique et nous attendons donc la conférence de paix Genève-2. Le Caire a également besoin d’un ami fiable: nous espérons que Moscou nous aidera à résister à la pression occidentale”, a souligné de sa part l’ex-ministre égyptien des Affaires étrangères, Mohammed Al-Orabi, évoquant la coopération future entre les deux pays.
 
En octobre, les USA ont annoncé une réduction considérable de l’aide militaire annuelle de l’Egypte, qui s’élevait jusque là à près de 1,4 milliard de dollars. Le Caire a notamment perdu ses livraisons d’hélicoptères Apache pour plus de 500 millions de dollars, de chasseurs F-16 et de missiles antinavires Harpoon, de pièces détachées pour chars et son aide financière de 250 millions de dollars. Bien que les experts soient sceptiques au sujet d’un véritable partenariat stratégique entre Moscou et le Caire, et que même les Egyptiens reconnaissent ne voir aucune alternative aux USA, la Russie pourrait en tirer certains avantages.
 
Contrats pour 4 milliards de dollars
 
Les interlocuteurs égyptiens n’ont pas écarté la possibilité de voir apparaître des “sites amis russes” sur leur territoire. Le thème central des négociations 2+2 au Caire pourrait porter sur les fournitures d’armes russes : la presse égyptienne parlait de contrats pour 4 milliards de dollars.
Moscou est prêt à étudier la possibilité d’accorder un prêt à l’Egypte.
Les interlocuteurs égyptiens ont affirmé que de ce côté le Caire comptait plutôt sur l’aide des pays du Golfe (hormis le Qatar qui a soutenu les Frères musulmans). Cet été, l’Arabie saoudite avait accordé à l’Egypte 12 milliards de dollars d’aide et a promis en octobre 5 milliards de dollars supplémentaires.
Moscou et Le Caire vont conclure des accords à long terme sur les exportations du blé russe pour les 3 à 5 ans à venir. L’Egypte a également fait appel au ministère d’investir dans la construction d’un certain nombre de silos à grains sur son territoire. L’Egypte est le plus grand importateur de blé dans le monde. Le pays achète plus de 10 millions de tonnes de blé à l’étranger. La Russie en fournit près d’un quart. Lors de l’appel d’offre du 10 septembre, l’Egypte a acheté 235 000 tonnes de blé, dont 60 000 tonnes de blé russe. L’Egypte a également acheté du blé de Roumanie et d’Ukraine. Le délai de fourniture est situé entre le 11 et le 20 novembre.